La TAUROMAQUIA DE GOYA commentée...

LA TAUROMAQUIA DE GOYA

Don Francisco GOYA compta au nombre de ses amis les principales « épées » de son époque.
« Don Francisco de los Toros » ainsi baptisé par le public de Madrid, devait nous laisser cette admirable série d'eaux-fortes (quarante pièces) composant « LA TAUROMAQUIA » (1815-1816), procédé que Goya manie en maître. Sa pointe facile et légère accuse d'abord le contour, donne le relief, le modelé à ses formes, à ses groupes et en détache les personnages; la lumière fixe vigoureusement l'effet.

En 1771, Goya déclarait à son ami le poète Moratín : « Dans mon temps, j'ai su toréer, et je ne crains personne avec une épée à la main ». Il s'est d'ailleurs lui-même peint en torero dans le tableau : La Novillada (1779-80). La réalisation des trente-trois gravures consacrées à la tauromachie s'est étalée sur plusieurs années. Vers 1777, Goya voulait montrer l'histoire et l'évolution de la corrida, inspiré en cela par la Charte sur l'origine et l'évolution des courses de taureaux en Espagne de son ami Moratín.
Ce n'est qu'après la parution du livre de Pepe Hillo qu'il a développé ce qui n’était au départ qu'un projet ébauché de quelques gravures.
Outre les trente-trois gravures de l'ouvrage original, 11 autres devaient s'y ajouter, mais Goya les a écartées, les jugeant défectueuses.
Sept cuivres furent utilisés par Goya au recto et au verso. Les versos correspondent à la Tauromaquia, A / G, ont été écartés par l'artiste en 1816, raison pour laquelle la première édition est sortie avec 33 gravures, et non 40. Le coût élevé des plaques de cuivre importées de Londres incita Goya à réutiliser les plaques rejetées, gravées sur l'autre côté. Des compositions mises à l’écart, l'artiste réalisa au verso d’autres versions finalement admises. Mais il ne les garda pas non plus dans la deuxième édition de 1855, tirée sur les presses de la Real Calcografia. À partir de la troisième édition, réalisée à Paris en 1876 par l'éditeur E. Loizelet, le nombre a été porté à quarante gravures - Tauromachie, 1/33 + A / G.

La cinquième édition a été imprimée en 1921 par la Calcografia National, à l'initiative du Cercle des Beaux-Arts de Madrid qui avait acquis les cuivres l'année précédente pour 17.000 pesetas au graveur Francisco Esteve Botey. Cette cinquième édition fut tirée en deux cents exemplaires, publiés en documents entoilés gris, avec la mention «Goya / Tauromachie / Circulo de Bellas Artes / Madrid" sur la couverture et le cachet des Circulo de Bellas Artes au dos. Cette édition était précédée par un frontispice avec le nom de l'auteur, le titre, "Année MCMXXI" et le portrait de Francisco de Goya d’après un tableau de Vicente López, gravé par Antonio Lobo. A la fin du catalogue descriptif de la collection des quarante gravures Esteve Botey déclare: «Pour la description des feuilles, nous avons suivi, en règle générale, les explications judicieuses de M. Conde de la Viňaza, dans son catalogue de l'œuvre de Goya… …Les sept dernières gravures de cette collection, marquées par les lettres de l'alphabet simples, sans titre jusqu'à aujourd'hui, et en l'absence d'autres nouvelles nous avons consenti à combler cette lacune, plus exactement, nous a donné à chacun le titre ici résumé du cas représenté…  …Et nous terminons notre note disant que cette édition du Cercle des Beaux-Arts de Madrid -propriétaire- a été imprimé dans l'atelier de calcografia de la Escuela National de Arte Gráficas. F. Esteve Botey ».

Commençons
(donc pour une fois par la fin …!) en montrant ces sept planches. Suivront dans les pages qui suivent les 33 gravures originales :
                              N°1 à 9 - N°11 à 17 - N°18 à 25 - N°26 à 33


Planche A- Un cavallero en plaza plantant une javeline avec l’aide de ses serviteurs.

Dans cette "scène de combat au javelot" on retient la silhouette du taureau à contre jour, au premier plan, presque comme une ombre plate, faisant contraste avec le cheval blanc du réjoneador. Nous voyons sur cette planche que ces chevaliers attaquant le taureau au javelot, avaient recours aux feintes d'un toréro à pied qui attirait le taureau de sa cape geste dont le cavalier profite pour planter son arme. Rien de plus beau dans le travail des réjoneadores d'aujourd'hui que le merveilleux spectacle du corps-à-corps entre le taureau et le cavalier, celui-ci déjouant à force d'adresse la fougueuse attaque du taureau par sa dextérité à gouverner le cheval.

Planche B - Dangereuses attaque d’un taureau puissant.

Cette gravure d'un picador encorné est la première idée de Goya. Il a reprendra dans les planches 26 et 32 qui sont nettement meilleures. La netteté du groupe du N°26 et la dramatique continuité en frise du N° 32 sont infiniment plus heureuses que l'amas confus de formes de taureau, cheval, toreros entassés sur la gauche, sans compter la taille disproportionnée du cheval. Nous pouvons  voir également, cette masse serrée de têtes qui serait l'une des caractéristiques des premiers essais dans l'élaboration de La Tauromaquia.

Planche C - Chiens au taureau.

Les chiens attaquant le taureau a été évoqué dans la gravure 25 de la suite.
Cette planche est nettement en dessous de l'autre. les chiens, le taureau, le cheval, et les toreros qui regardent le spectacle ne sont pas réussis.

Planche D - Un picador, à dos d’homme, pique le taureau.

L'artiste se souvient d'un passage de la lettre de Moratin a propos de pique.
"Juanijon piqua les taureaux à Huelva, à la pique longue, monté sur les épaules d'un autre homme". Il y eut un fameux picador, Juan Gomez Hijon appelé Juanijon qui se produisit vers 1783. Moratin a pu le voir, mais cela parait plus difficile pour Goya. Cependant un autre picador nommé Juan Jorge alias Juaniquin combattait à la pique longue monté sur les épaules d'un autre torero
L'affiche d'une course du 18 Novembre 1776 annonce que "le dixième taureau sera attaqué à la pique par Juan Jorge, frère de Lorencillo, monté sur les épaules d'un aficionado amateur". La date nous autorise à croire que Goya put assister à ce spectacle, ou tout au moins il en a peut-être entendu parler.

Planche E - Mort de PEPE HILLO (première variante).

Le taureau encorne Pepe -Hillo, le soulève de terre après sa chute et le secoue de différentes manières. Le malheureux torero y apparaît pris de dos, par la corne gauche, celle-ci enfoncée dans le corps, pieds en l'air. De loin un picador accourt prêt à combattre le taureau avec sa pique, tandis que les toreros à pieds s'efforcent de le détourner avec la cape.

Planche F - Mort de PEPE HILLO (deuxième variante).

La composition est meilleure que la précédente, mais elle est trop sombre, et la lumière maladroite. Les deux groupes sont mieux équilibrés, et l'expression tragique de Pepe-Hillo, essayant de saisir la corne qui lui déchire les entrailles est bien rendue. Goya s'efforce, toujours, d'illustrer exactement la scène. Do José de la Tixera fait l'éloge de la vaillance et de la fermeté en ces moments tragiques
"Nous l'avons vu, avec admiration, faire effort de ses bras, les mains sur la cornes qui lui traversait le corps, essayant de se dégager, à terre, objet d'indicible pitié."

Planche G - Solennelle mascarade.

Cette scène bizarre représentée par cette planche, peut surprendre un amateur de courses de nos jours. C'est en effet une singulière fantaisie que de faire travailler à la pique un taureau par un picador monté sur l'une des deux mules attelées à un carrosse. Il y a deux conducteurs, armés de piques, au cas où le taureau les attaquerait. A la portière se penche un " réjoneador" prêt à se servir de son arme, le cas échéant. Deux laquais se tiennent debout à l'arrière du carrosse, selon l'usage à cette époque, et des toreros, la cape rejetée sur l'épaule, semblant contempler de loin cette amusante scène. Ce style fantaisiste de course appartient au genre dit "inventions à pantomimes ou mieux encore mojigangas" terme exact fort en vogue au XVIIIe siècle.
Une de ces courses fut célébrée le 27 Juin 1787 sur la place d'Aranjuez.

VOIR LES GRAVURES SUIVANTES 1 à 9 ...

Écrire un nouveau commentaire: (Cliquez ici)

123siteweb.fr
Caractères restants : 160
OK Envoi...
Voir tous les commentaires

Commentaires

26.09 | 09:44

Merci de votre apport.

...
25.09 | 13:59

N'oubliez pas mon compatriote Nikko Norte, "El Holandès" novillero sans picadors jusqu'en 2005, qui va publier ses mémoires le mois prochain (octobre 2018)!

...
18.09 | 12:07

Une dernière précision : après le tirage des lots, chaque matador (ou son représentant) choisit l'ordre de sortie de ses toros

...
10.12 | 21:17

Bravo à Maurice Daussant ainsi qu'à toute son équipe de bénévoles pour son film sur Gabin Réhabi. Très beau film.

...
Vous aimez cette page