La TAUROMAQUIA DE GOYA commentée...Pl. 10 à 17

Planche N°10  Charles Quint lançant un taureau dans la place de Valladolid

Goya s'inspire souvent des lettres de Moratin pour exécuter ses gravures. A propos de la planche 10, ce dernier écrit: "L'Empereur Charles Quint lui-même, né et élevé hors d'Espagne, met à mort un taureau d'un coup de lance sur la place de Valladolid, lors de la célébration de la naissance de son fils, le roi Philippe II"
Ce fait historique se situe en 1527, les historiens de l'empereur, Fray Prudenciode Sandoval et D. Luis Zapata en font mention. Mais Goya ne cherche pas à rendre vraisemblable l' image de Charles Quint, lequel par son uniforme a plutôt l'air d'un hussard de Napoléon que du roi d'Espagne et empereur d'Allemagne. Ce que la gravure offre de mieux, c'est le mouvement merveilleux du taureau fonçant sur le cavalier qui le pique de sa lance entre les cornes. l'attitude du cheval, la tête tournée vers le taureau et répondant par la vivacité du mouvement à l'attaque de celui-ci, est tout à fait réussie.

Planche N°11  Le CID CAMPEADOR fait de même.

Du Cid à Charles Quint, il n'y a pas grande différence. Le premier se sert de sa lance comme le second, sans grande diversité de costumes. Le mouvement du cheval est plus heureux et plus vif que dans la gravure 10, et le corps du taureau montré de profil, est plein d'élan et d'élégance. L'artiste s'est souvenu du Cid parce qu'il a trouvé, encore une fois, dans les textes de Moratin "Nous passons des on-dit à l'histoire. Dans celle de l'Espagne, le fameux Ruy ou Rodrigue Diaz de Vivar, dit le Cid Campeador, passe pour avoir été le premier à combattre les taureaux à la lance". La place de la gravure, laisse à penser que Goya, ne devait pas être bien sûr de l'antériorité du Cid par rapport à Charles Quint et vice versa.

Planche N°12  Le taureau est harcelé avec des lances, des demi-lunes, des banderilles ...

Nous voici passés du toreo chevaleresque à la plus abjecte scène populaire que puissent offrir les arènes. Au milieu de l'image, un taureau, fier et beau, est assailli de toutes parts par des armes traîtresses aux mains d'une foule où ne manque même pas un "négre". Goya s'inspire toujours de Moratin : "On commençait d'abord par les seuls chevaliers, et ensuite on donnait le signal du desjarrete. Au son de ce signal, les gens à pieds (il n'y avait pas de toreros professionnels) tiraient l'épée et tous à la fois se ruaient sur le taureau, suivis de chiens; les uns lui coupaient les jarrets (desjarrete) les autres l'achevaient avec épieux et lances, en passant, et à la course, sans idée préalable, ni habileté. »
Moratin explique la présence du "négre": "Ceux qui pratiquaient le desjarrete étaient des esclaves maures; par la suite, ce furent des négres et mulâtres que leurs maîtres faisaient instruire dans le maniement des armes pour en faire leur gardes"
Enfin Moratin, pour apaiser nos scrupules, fait remarquer que c'était là une coutume disparue, ce qui donne à la gravure de Goya un caractère historique.

Planche N°13  Sans l’aide de ses serviteurs, un chevalier espagnol place des javelots.

Nous sommes franchement dans l'arène. Nous voyons une scène de combat au javelot tout à fait semblable à ce qui est encore en usage. Le chevalier se prépare à piquer son javelot, cheval au galop, face au taureau qui fonce fort rapidement; l'habile cavalier évite le taureau. Celui- ci est habillé à la mode conventionnelle des règnes de Philippe III et Philippe IV, conservée chez les alguazils de nos corridas actuelles. Par rapport aux gravures précédentes, Goya nous rapporte ce qu'il a vu, et ne abandonne l'illustration historique. Mouvement du cavalier et du taureau, façon concentré de montrer la scène, distribution de l'ombre et la lumière sur l'arène, tout y concourt à un effet magistral. Les personnages que l'on voit derrière la barrière, donne une ambiance de place de taureau.

Planche N°14  L’étudiant de FALCES, très habile escrimeur, se couvrant le visage, évite la charge du taureau par une simple inflexion du corps.

Que ce qu'il représente soit entièrement conforme au vrai, on en trouve la confirmation dans un classique de la littérature taurine, D. José Gomarusa .
Dans sa lettre apologétique de 1793, celui-ci décrit l'épisode représenté par Goya: "Il déjoua, dit-il du licencié de Falces, plusieurs fois le taureau sans sortir du cercle qu'il avait lui-même tracé sur l'arène et cela, sans se dégager de sa cape rejetée sur son épaule". Ce qui suppose, non seulement du courage, mais la parfaite connaissance de ce que les amateurs appellent "les terrains".
La renommée du licencié fut durable et encore à l'époque de Goya, célébrée par D. José de la Tixera, ami et collaborateur de Pepe Hillo.
On peut enfin constater que Goya ajoute de la vraisemblance et de la précision dans cette gravure.

Planche N°15  Le fameux MARTINCHO plaçant des banderilles en un écart (al quiebro).

Nous sommes toujours dans le domaine de l'histoire, mais de l'histoire contemporaine de l'artiste. Goya maintenant, alimente sa création de ses propres souvenirs de jeunesse. L'identification de ce Martincho a donné lieu à discussion. En effet, au XVIIIe siècle, il y a deux toreros de ce nom.
Le premier, Martin Barcaiztegui, né à Oyarzun en 1740 et mort à Tudela en 1800. Il fit partie de la cuadrilla d'un torero navarrais, Jose de Leguregui, dit le Pampelunais de 1778 à 1785, puis toréa pour son propre compte en Castille
Le deuxième,un érudit taurin  D. Ignacio Baleztena, assure que le Martincho de Goya est un torero aragonais, nommé Antonio Ebassum qui était de "Ejéa de las Caballeras" et parent d'un Martin Ebassum bien connu. Si cela est exact, Martincho ne serait qu'un surnom patronymique. Les érudits taurins prétendent que cet Ebassum fut le plus connu des deux toreros à porter le nom de "Martincho" et que cela expliquerait l'épithète de "fameux" que Goya met dans son titre.
C'était un torero plein d'invention et de fantaisie, et disait parlant de lui:
" je ne trouve personne qui l'emporte sur moi dans mes trouvailles" ridicules" dans le toreo" A propos de cette planche, des historiens des courses font remarquer qu'il porte ici des banderilles très courtes, et qu'il les tient trop près du harpon, ce qui donne à penser qu'il pourrait s'agir de la variante que note D. Jose de la Tixera ou il loue le torero Melchor Calderon qui, prétend il, brisait les banderilles par le milieu et les enfonçait ensuite à coup de poing, ce qui semble cadrer avec ce que Goya a représenté sur cette gravure.
Il faut remarquer à nouveau son habileté à resserrer le groupe taureau et torero, sa vivacité à saisir le mouvement, le jeu de lumière et d'ombre et sa façon d'envelopper, non sans quelques artifices, la partie supérieure de la planche dans une ombre mystérieuse.

Planche N°16  Le même MARTINCHO luttant avec un taureau dans les arènes de Madrid.

Cet épisode du taureau renversé, fréquent dans les courses portugaises, ne l'était pas dans les espagnoles, et permet d'identifier Antonio Ebassum exécutant cette figure fantaisiste, qualifiée par l'auteur lui-même de "ridicules". On aperçoit un autre personnage, sans doute en protection, mais les spectateurs ont disparus.

Planche N°17  Pour se défendre contre un taureau emboulé, des maures utilisent des ânes en guise de barrière.

Goya revient à ses corridas populaires, qui sont plus désordonnées et moins artistiques que les exploits des grands professionnels. Fait curieux, les costumes des Maures reparaissent, ce qui laisse à penser que Goya alterne l’ordre historique de sa suite, dont la progression narrative n’est nullement rigoureuse.
A l'époque de Goya, les corridas avaient lieu le lundi et duraient toute la journée.  En fin d'après midi, et après les professionnels, on terminait spectacle avec des taureaux emboulés, réservés aux amateurs qui pouvaient tenter leur chance en descendant dans l'arène.
Dans ce dessin, on peut remarquer les yeux pleins d'épouvante, de l'âne blessé et accroupi au fond de l'arène.

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Commentaires

10.12 | 21:17

Bravo à Maurice Daussant ainsi qu'à toute son équipe de bénévoles pour son film sur Gabin Réhabi. Très beau film.

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29.11 | 15:15

Ne porte pas de nom particulier. C'est simplement un confort lors d'exécution des STATUAIRES que vous appelez "litrasos" (de Miguel Baez Litri) Q? pertinente.

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29.11 | 14:57

On ne trouve pas à la vente ces petits mouchoirs qui sont distribués aux arènes. Ils sont souvent supports publicitaires ou témoins d'évènements exceptionnels.

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29.11 | 09:49

Quel nom porte l'action de ficher l'épée dans le sable avant de faire des "litrasos"
(?) Merci d'avance pour votre réponse. J-M François

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