REFLEXIONS-ANECDOTES

La Tauromaquia de GOYA - Détail de l'eau forte n°19

IVÁN FANDIÑO

Le chant du cygne

Nestor GARCÍA, apoderado, dans son ouvrage « IVÁN FANDIÑO  Demain je serai libre », relate une vie tauromachique avec son ami et alter-ego le torero Iván FANDIÑO, une vie semblable à un pèlerinage semé d’embûches certes, mais avec une foi immense chevillée au corps et au coeur.
Hommage à Iván FANDIÑO, guerrier face aux toros, guerrier face aux ombres des coulisses du système tauromachique.

A chaque en-tête de chapitre, Nestor GARCÍA transcrit les paroles d’Iván FANDIÑO (il le précise à la page 13). Dès lors, au travers de ces mots et de ceux du torero, il scelle la beauté, la sincérité, l’émotion, l’amour du toro et du toreo.

Bientôt Noël, bientôt le solstice d’hiver qui marque, dans toutes les Grandes Traditions, l’ouverture de la Porte des dieux. A cet espace temporel dans lequel la lumière se fraie un chemin dans l’allongement des jours, les civilisations lui ont rendu hommage avec la création d’un dieu solaire qu’ils font naître d’une vierge (symbole lunaire) le 25 décembre : Mithra, Horus, Attis, Jésus….
Alors c’est un cadeau déposé à la Porte des dieux. C’est un cadeau pour l’esprit et l’âme que de lire, de se laisser toucher par les paroles sensibles d’Iván FANDIÑO, être solaire des arènes terrestres.
Ces paroles sont d’une intensité, d’une philosophie de vie profondes. Elles ne sont pas seulement celles d’un torero. Elles sont le chant d’un homme, d’un philosophe, d’un artiste, d’un être spirituel. Et c’est le toreo, rencontre mystérieuse de l’Homme et de l’Animal, qui en a ciselé la substance, l’essence de Vérité…

(Toutes les citations sont fidèles et en intégralité issues du livre et par conséquent encadrées par des guillemets. Mon intervention s’est limitée à les imbriquer de telle façon à créer un texte dont la structure stylistique est celle d’un petit traité…)

TRAITE DE VIE INTERIEURE DU TORERO IVÁN FANDIÑO

« Ne renonce jamais à un rêve, suis les signes qui te conduisent vers lui.

Je ne veux point m’en aller, je resterai dans le souvenir, dans les esprits, dans les âmes, là où je ne meurs jamais.

Je ne suis pas là pour être un de plus.
Je ne veux pas être un torero quelconque de plus. N’est-ce pas normal ? Cela est peut-être unique, ou pas. J’aime rêver  de mes illusions. Pour parvenir à mes fins ? Faire parler le cœur, assurément !

C’est dans le coin de mes rêves que je fais défiler le temps. Je ne sais pas ce que le futur me préparera mais je sais ce que je lui donnerai.
A chaque instant je rêve que j’y suis arrivé et je ne veux pas me réveiller.

Moi, je lutterai vraiment contre les éléments, je veux changer mon histoire

Chaque instant est une chance pour se dépasser.
Ne demande pas des défis à la hauteur de ta force, demande de la force à la hauteur de tes défis.
Les obstacles m’ont fait mûrir ; les succès, réfléchir et les échecs grandir.
Il y a dans la vie des moments difficiles, mais je les aime ! Surtout pour voir la capacité que nous avons de les surmonter.
Si tu ne fais pas un maximum d’efforts, comment vas-tu savoir où sont tes limites ?
Je peux perdre la vie pour obtenir ce que je veux, mais je ne veux pas perdre la tête pour obtenir ce que je désire.

Pour gagner, je souffre ; pour sentir, je rêve ; pour profiter, je lutte ; pour toréer, je meurs.

Je sais d’où je viens, je sais où je vais, je sais ce que j’ai et je sais où je veux arriver.

Parfois, il n’y a pas de prochaine fois ou de seconde chance, et parfois, c’est maintenant ou jamais.
Le vrai guerrier sait qu’il n’a qu’un choix : gagner ou mourir dans sa tentative.

De l’autre côté de la peur se cache la liberté.
Le secret du bonheur est dans la liberté, le secret de la liberté est dans le courage.
On n’implore pas la liberté à genoux, on la conquiert sur les champs de bataille.

Je suis le maître de mon destin et le capitaine de mon âme. Et mon âme est seulement en quête de solitude et de silence. »

                      Iván FANDIÑO
                       Sol Invictus

 Solitude et Silence des dieux

Picaflor  30 novembre 2018

La Minotauromachie

La Minotauromachie

(Gravure réalisée par Picasso en 1935)

 

La quête de la métamorphose

L’aficion de Picasso pour les toros, pour la corrida, s’exprime dans un nombre incalculable de ses œuvres. A travers cette passion, l’artiste y a vu, senti, ressenti, vécu, exprimé sa propre quête d’intériorité, de spiritualité. Quête que tout aficionado vit dans la catharsis qu’est le combat de l’Homme et de la Bête.

« Don Pio » cité dans « El Gallo » de Jacques Francés (Santiaguito) écrivait en parlant de ce toréro talentueux et facétieux :« Dans son art sont concentrés la lumière de Vélazquez, la vérité de Goya et la délicatesse exquise de Léonard de Vinci. »

Dans la Minotauromachie, œuvre gravée la plus importante du XXe siècle, Picasso révèle la puissance de création, de transmutation que révèle le médium qu’est la corrida. Cette rencontre de l’homme et de l’animal, il la relie au mythe du Minotaure.

Le Minotaure, monstre hybride, incarne les tensions latentes qui mettent en lumière notre dualité, entre homme et animal, rationnel et irrationnel, conscient et inconscient. Cette référence lui permet de mener sa quête intérieure. Dès lors son œuvre transcende un état personnel pour aller vers l’Universel où chacun peut se reconnaître.

A Evian, sur les bords du lac Léman aux eaux d’une couleur émeraude, se trouve le Palais de Lumière. Dans cet écrin, de juin à octobre, loin de la tradition taurine de l’arc méditerranéen, s’est lovée l’exposition « L’Atelier du Minotaure » : dessins, gravures de PICASSO sur ce mythe, et expressions diverses autour de son œuvre, dans lesquels légende crétoise, mythes et corridas s’entremêlent et s’étayent.

Sur le plan international, de nombreux textes et analyses ont été écrits sur l’œuvre qu’est la « Minotauromachie ».

Nonobstant, comme le dit si bien DUCHAMP : « L’œuvre appartient à celui qui la regarde. »

Dès lors, dans ces lignes, je partage avec vous, lecteurs du Torolibre, une interprétation personnelle très synthétique, non exhaustive. En effet, la richesse artistique et symbolique de cette oeuvre est importante et ne peut être commentée par quelques lignes. En outre, l’élaboration non pas d’une mais de plusieurs grilles de lectures est possible. J’espère simplement vous donner l’envie de la découvrir, d’y poser votre regard et de la faire vôtre… Tout comme chaque oeuvre d’art et tout comme chaque corrida appartiennent à celui qui la regarde.

 Mon interprétation se focalise seulement sur les personnages centraux et leur interaction.

 Le contenu de ce que représente la gravure se construit dans deux espaces qui sont dévoilés par une opposition du premier et du deuxième plan : fond obscur-personnages éclairés, fond éclairé-personnage sombre.

 Sur un fond clair, Picasso est l’homme-taureau, sombre, viril, puissant. Sa tête, tête de taureau, noire, massive, sauvage révèle son Animalité. Son dos lourd, courbé vers l’avant, dans une horizontalité, symbole de matérialité, dénote une demande aux yeux ronds, implorants, que concrétisent le bras et la main hypertrophiés dirigés vers la Lumière, symbole de l’esprit, matérialisée par la flamme de la bougie tenue par une petite fille.

 Sur un fond sombre, cette dernière est éclairée. Elle se tient droite, pieds joints, ancrés, sans expression affective. Dans la main droite, bras replié, elle serre un bouquet de fleurs. Dans sa main gauche au bras tendu vers le haut, elle tient une bougie dont l’aura de la flamme épouse la paume de la main droite du Minotaure, unité recherchée dans la complémentarité « gauche-droite » et entre ce qui « est en bas » et ce qui est « en haut ». La verticalité dans laquelle s’inscrit sa personne et son attitude hiératique révèlent le symbolisme qu’elle incarne : symbole de pureté, de clairvoyance, de paix intérieure, d’élévation…

 Entre ces deux personnages, au centre, sous l’arc formé par les bras de la bête et de la fillette, ombre et lumière, une torera est étendue sur l’échine d’un cheval. Les deux corps semblent s’unir. La torera, visage serein de l’Ailleurs, dans l’expression de toute sa sensualité (seins ronds découverts), dans l’expression de sa fécondité (ventre rond), brandit une épée vers la tête du cheval. Que veut-elle tuer ? La croupe du cheval est sombre comme est sombre la tête du Minotaure et le poitrail est éclairé recevant la lumière de la flamme…Cette mise à mort mène-t-elle au début d’une métamorphose grâce au sang répandu, semence générant la vie ? Est-ce l’évocation de la naissance du Centaure ? Est-ce le passage de l’animal vers l’humain, de la victoire de l’esprit sur la matière ?

Ernest Pignon-Ernest, Picasso-Mihra 1992, Collection pariculier N'Guyen

 Par l’indication de la fécondité, par la mise à mort, Picasso nous emmène sur la Voie de MORT-RENAISSANCE…sur la voie de nos métamorphoses successives…dans le creuset de nos transmutations intérieures… Mourir à nos Ténèbres pour renaître à la Lumière… Il nous reconnecte avec le mythe de Mithra, dieu-Soleil, dieu-Lumière, qui par le sacrifice du taureau féconde la terre. L’essence de ce mythe traverse la plupart de ses œuvres reliées à la tauromachie. Dans un dessin, Ernest Pignon-Ernest représente Picasso en Mithra sacrifiant le taureau, conférant à l’artiste ce rôle de créateur de l’Universalité du fleurissement de la Vie…

L’artiste tourmenté cherche à s’équilibrer. Dans son expression picturale, il accentue la présence de l’aspect féminin (femmes, fillette, colombes) pour symboliser le Principe Féminin dont il a besoin pour sortir de la brutalité, de la violence de son Animalité. Il sait qu’il fait partie d’un cosmos qui doit son existence, sa vitalité grâce à l’équilibre des Principes Féminin et Masculin, dans la Tradition Orientale du Yin et du Yang… C’est cette Union Sacrée, épousailles alchimiques, qui lui permet de s’élever en gravissant l’échelle dans la nudité de l’Ame, Homme Accompli acceptant ses Hier, Aujourd’hui et Demain (côté droit de la gravure, homme montant à l’échelle).

Picasso est ce Minotaure, l’homme-taureau, dans une quête perpétuelle pour sortir de l’obscurcissement généré par son animalité. Il ne renie pas sa virilité, sa violence, sa brutalité, mais elle ne le satisfait pas, elle le frustre, l’endolorit, et il l’exprime par sa main tendue vers la Lumière.

Il souhaite une Renaissance, il souhaite laisser derrière lui son Animalité et trouver la Paix Intérieure.

Chercheur, grand aficionado, Picasso a trouvé dans la corrida, mise en scène de la Vie et de la Mort, le catalyseur de ses angoisses, de ses tourments, de ses émotions…

Il nous attire dans une autre dimension. La dimension Sacrée dans laquelle l’Ame baignée de Lumière hume les Senteurs des Fleurs des Cieux… et le Chant Sacré du Mystère s’élève….

 Joseph Beuys, artiste charismatique contemporain, disait qu’il y a un artiste en chacun de nous…

Alors, regardant un Etre dans une tenue féminisée, aux broderies épiscopales, scintillante de lumière, combattant une Bête puissante, ténébreuse, sauvage, mâle, ne sommes-nous pas, nous aussi, être terrestre et éphémère, comme l’artiste, en quête de vérité du tréfonds de notre âme ?

Voir, revoir et découvrir des œuvres de Pablo Ruiz Picasso est toujours une source de grand plaisir et de révélations intimes.  Ce génie de l’Art sans frontières, puissant dans sa créativité offre sans cesse un espace renouvelé de découvertes et d’émotions …. Tout comme la corrida…Tout comme cette rencontre légendaire et mystérieuse de l’Homme et de l’Animal…

Picaflor - novembre 2018

Paroles de capote !

Paroles de capote !

C'est l'automne. Pour nous en Europe la temporada s'est achevée avec ses adieux prévus et ceux inattendus. Pour certains d'entre nous le temps est au repos pour quelques jours avec les trastos, alors que pour d'autres, l'Amérique du Sud les a déjà accueillis. Pour ma part, je commence à être un « vieux de la vieille », ça fait 2 saisons que j'accompagne mon maestro et qu'est-ce que j'ai vécu comme joies avec lui.

Au départ nous sommes deux, de couleurs différentes. Les mains expertes d'un sastre nous ont réuni pour ne former qu'un seul et même objet au service d'un maestro. Lorsque, nous attendons encore rouleaux de tissus, qu'un maître-tailleur nous découpe et nous assemble, nous ne savons pas quel type de torero nous allons servir. Bien sûr, certaines matières plus nobles comme la soie, savent dès le départ qu'elles seront dédiées à certains types de toreros. Pour ma part, j'assume mon 100 % coton.

Lors de la touche finale de ma fabrication, qu'il a été long le temps de l'écriture du nom de mon propriétaire ! Plus de 15 lettres, vous imaginez !

Ce n'est même pas la peine que je vous dise qui il est, car vous le connaissez ! Mon torero, c'est un grand, c'est un génie, c'est un artiste. Avec lui, lorsque vous vous asseyez sur un gradin vous ne savez pas ce que vous allez voir. Avec lui aucune certitude… Tout dépendra un jour du taux d'hygrométrie dans l'air, du vent qui soufflera, le lendemain de la température ambiante, du nuage qui lui fera de l'œil lors du paseillo ou alors de la condition des toros. Enfin, avec lui c'est l'imprévisible qui vous attend. Cependant parfois, malgré un toro qui ne lui correspond pas, il vous délivrera une Véronique, une Chicuelina ou ne serait-ce qu'une Media qui pourra vous mettre en pâmoison et vous faire oublier une après-midi de désillusion.

Dès que le toro sort et suivant la façon dont il m'empoigne, je sais que ça va être un grand moment de communion entre lui et moi, entre lui et son toro et entre lui et son public ou alors une tarde de bronca.

Lorsque ce génie est a gusto ses passes sont sensuelles, avec cette douceur et ce temple à nul autre pareil. Je sens le mufle du toro à quelques centimètres de moi sans que ce dernier ne me touche. C'est divin de sentir le danger juste là et savoir que le temple du maestro fera le reste pour qu'aucune corne ne m'effleure. Lorsqu'il me sert une Véronique et que toute ma superficie s'étale dans le ruedo, je suis aux anges. Quelle maîtrise de sa technique. Il capte la force brute de l'animal dans le centre de ma toile. Je virevolte lors du remate grâce à une serpentina ou à une revolera. Il faut dire qu'au capote, mon maître est loin d'être manchot. Il a un bagage technique impressionnant, il s'inspire des toreros antiques.

Mais moi, ma préférée, je l'avoue c'est sa Chicuelina. Madre mía, je me damnerais pour qu'il m'en serve à chaque sortie. Ah cette passe… Lorsque je sens que je vais me retrouver en moins de temps qu'il n'en faut pour l'écrire entre son habit de lumière et le fauve avec sa main à mi-hauteur, je me dis que toutes les cornes qui m'ont effleuré, touché ou déchiré en valaient bien la peine pour ces quelques instants ou le temps suspend son cours et où la foule est en liesse. Quel plaisir d'être le dernier rempart futile de mon torero sous les Olé de l'assistance, car je sais que rien de désagréable ne pourra m'arriver tellement son temple peut arriver à dompter la furie de son adversaire.

Et puis, avec ce Génie, nous ne sommes jamais à l'abri d'un coup du même nom. Cette année c'était à León, où nos deux parties ont été mises à l'honneur, le jaune et le rose ou le rose et le jaune, au choix. Qui se rappelait le nom de cette passe de capote, tout droit sortie d'un livre d'histoire de la tauromachie du début du XXème siècle ? Il nous a donné, face à cet exemplaire de García Jímenez un cours d'histoire en direct, le Galleo del bú, lors d'une corrida formelle.

Galleo del bú de Morente de la Puebla - Aplausos - 25/06/2018

Les plus grands commentateurs espagnols ne se rappelaient même pas l'avoir vu réalisée en direct. Ils savaient bien que mon torero l'avait réalisé lors d'un tentadero un ou deux ans auparavant, mais pas plus...

Comment ne pas être fier d'être un des capotes de brega de ce torero de génie qu'est Morante de la Puebla ? Alors oui, vous pouvez bien le railler, mais moi je suis fier de virevolter face à ses toros et ressortir grâce à lui des passes des livres d'histoire. Morante de la Puebla est unique et vos sifflets sont le prix de sa liberté ! Parole de Capote !

La Zapopina – Octobre 2018

PLUS …

PLUS …

Plus je regarde la Corrida, plus je suis subjugué par cette rencontre improbable, mystérieuse…

Une Solitude parmi une Multitude…

Un point de suspension dans une intériorité intense, sans horizon…

Parce qu’il y a la possibilité de la Mort, les sens aiguisés ne voient, n’entendent, ne ressentent que l’intensité de l’échange…

Intériorité due à une concentration abyssale qui se convertit en une intériorité spirituelle où le Moi ne peut plus tricher et doit aller jouer avec les cordes les plus profondes pour trouver l’accord avec la bête.

La bête en moi, la bête en noir, la bête au-dehors… la bête doit être conscientisée, affrontée, domptée pour s’unir avec l’Ame, pour que ce mystère de la création devienne un jaillissement de Lumière…

Se distraire de l’essentiel équivaut à ouvrir la porte à la Camarde…

Et la danse mystérieuse de ce duo éphémère qu’est le Toro et le Torero se sacralise dans la brume minérale d’une arène terrestre.

Alors, me viennent en mémoire les mots de Marie-Madeleine DAVY, dans « L’homme intérieur et ses métamorphoses » : « Grâce à la lumière projetée sur le trésor, les métamorphoses s’opèrent, elles conduisent à l’unité qui est comparable à une déification. L’homme devient vivant et par là même créateur : il est passé de la mort à la Vie… »

Picaflor  -  Octobre 2018

A la recherche du temps perdu…

C’était en mai 2018 … Un voyage à Jerez de la Frontera

9 mois, quasi complets, à attendre son retour dans le ruedo, à attendre la renaissance tel le phénix, du Genio de La Puebla (Jose Antonio Morante Camacho dit Morante de la Puebla)
Il n'avait pas fait les choses à moitié, il avait décidé de nous faire voyager, de nous faire traverser toute cette "Piel de toro". 
On l'avait dit, on y était. Où qu'il réapparaisse nous y serions. 
Il nous a donné rendez-vous un samedi après-midi de mai, lors de la feria del caballo à Jerez de la Frontera. Nous étions au comble de l'espérance. Les petits plats avaient été mis dans les grands. Pour redonner un coup de jeune à la plaza de Jerez, il n'avait pas hésité à se mettre au pinceau, payer la peinture ainsi que de sa personne pour que tout soit parfait. 
Ce samedi 12 mai sonnait son retour. 
Nous étions à l'heure au rendez-vous. Hélas un invité "surprise" était du voyage, sûrement ramené dans les bagages des biterrois présents dans les gradins... Nous étions au moins 5 !
Un vent à décorner tous les bœufs de la terre, alors que nous, nous préférons que ce soit les oreilles qui tombent. 
Ce vent ne nous mettait pas en confiance. 
Au moment du paseo, le phénix renaissant apparu, dans un habit de lumière qu'il étraînait et qui vaudrait à lui seul un commentaire. Inspiré des toreros du XIXème ainsi que d'un capote de paseo du maestro, Manolo Vázquez. C'est un travail d'orfèvre.

Il était magnifique dans cet habit noir bordé d'or avec de belles broderies florales. 
Sûrement un des plus beaux habits qu'il n'ait jamais porté. 
Au cartel, alors que Morante faisait son retour, le chef de lidia faisait lui, sur ses terres, ses adieux. Juan Jose Padilla (JJP), ou le Ciclón de Jerez à ses débuts, transformé en "El Pirata" à la suite de de terribles coups de cornes reçus tout au long de sa carrière. 
Ils étaient accompagnés par Jose Maria Manzanares (JMM). 
Après une remise de plaque et un salut au centre de l'arène de JJP, la corrida pouvait débuter. 
Mais nous pauvres hères, avions-nous envie de voir les adieux du Ciclón
Nous étions beaucoup à attendre sa réapparition, qu'il n'a pourtant pas jugé bon de faire cette année lors du traditionnel "Domingo de Resurección" dans sa Séville. 
À la sortie du 1er toro du natif de La Puebla Nous étions pleins d'espoirs, vite refroidis. Quelques détails épars tant au capote qu'à la muleta nous laissèrent sur notre fin. Ce coup-ci, ce ne pouvait être ni la faute de l'empresa, ni des vétérinaires car tout avait été étudié par et pour le maestro. Peut-être le cou du toro choisi pour la réapparition était-il trop court...??? Je ne sais pas, je ne sais plus. 
En moins de temps qu'il n'en faut pour l'écrire, le Genio de La Puebla avait envoyé ad patres son 1er adversaire. 
La pilule était dure à passer. La déception était immense. 
C'est sûr, il se rattraperait sur son second, surtout qu'il n'y a pas de "quinto malo", comme dit le proverbe. 
Quelques belles passes au capote puis plus rien, un toro sans fond, sans classe, bref, sans rien de ce qu'il faut pour faire un toro bravo. Ce n'est pas le coup qu'il se donna contre le burladero qui allait l'aider à devenir ce qu'il n'était pas. 
Le natif de La Puebla s'employa à essayer de lui extraire sa substantifique moelle et d'obtenir ce je ne sais quoi qui lui permettrait de retrouver son toreo et satisfaire ses admirateurs, en vain. 
Il fallait bien se rendre à l'évidence, si ce 12 juin restait dans les annales, ce serait plus pour le triomphe de JJP pour sa despedida sur ses terres (1o/2o) que pour le retour du Genio qui ne semblait pas remis des maux qui l'avaient éloignés des ruedos 9 mois auparavant. Ce qu'il avait le mieux réussi pour son retour, était malheureusement la réhabilitation de la plaza et son habit de lumière. 
L'Andalousie et l'affectueuse Jerez de la Frontera n'ayant pas réussi à l'excentrique de La Puebla, il nous faudrait avaler plus de 600km pour le voir dès le lendemain fouler le sable des arènes de Valladolid. 
Que la nature est belle dans le grenier de l'Espagne et que la route est longue. 
Pas plus tôt arrivées à l'hôtel, direction les arènes. Si seulement nous avions pu monter dans le coche du maestro et dormir durant le trajet. 
L'organisation ou plutôt la désorganisation de la plaza locale a eu pour effet de nous faire rater le paseo. Vu le triste spectacle de la veille, je craignais que ce soit le meilleur moment dans le ruedo pour le protégé de Manolo Lozano. 
Si la veille les spectateurs étaient partagés entre Morantistas et Padillistas, ce n'était pas pareil à Valladolid. Place chérie de l'artiste, elle avait fait le plein "hasta la bandera" bien que ce ne soit pas un "no hay billetes". 
Le vent du nord, froid et fort soufflait. 
Pour son 1er toro, nous étions dans le même rythme que la veille, peu de jeu, beaucoup de vent. Quelques rares détails à l'arrivée. 
Il ne restait qu'un toro au sévillan pour que sa fin de semaine de réapparition ne tourne au fiasco. 
Le Nuñez del cuvillo devait avoir quelques lettres en français et s'est souvenu d'un vers de V. Hugo "S'il n'en reste qu'un, je serai celui-là" car grâce à lui, le Genio de La Puebla n'a pas usurpé son surnom. 
Quelques belles Véroniques mais pas assez à mon goût, oui je sais, jamais contente. 
Capote en main et à l'abri des planches, le fumeur de cigares lui a servi un bien beau début de faena. L'assistance vivait en direct la renaissance du Phénix sévillan ou la Résurrection de son Dieu. Il avait trouvé comment se jouer du vent avec ses derechazos pleins de profondeur et de lenteur.  Chaque passe était célébrée par des Olé. On ne souhaitait pas sortir de ce rêve éveillé. Une belle estocade, hélas loin d'être foudroyante vint terminer le travail. Sans ce temps trop long, à mon goût, entre le coup d'épée et la mort, le sévillan aurait sûrement coupé les 2 appendices fortement quémandés par ses aficionados. Si tel avait été le cas, il aurait partagé la sortie à hombros avec JMM qui coupa 1 oreille à chacun de ses adversaires. Talavante a hérité au sorteo du pire lot avec lequel il lui a été impossible de composer, surtout l'invalide 6ème. 
Il restait encore une date pour clôturer la semaine de réapparition du Genio. Brihuega le samedi 19 mai... 
Brihuega, improbable village de la province de Guadalajara enserré dans de belles murailles, affichait pour sa corrida annuelle un bien beau et prometteur cartel. Le même que la semaine précédente à Valladolid, Morante de la Puebla, José María Manzanares et Alejandro Talavante face à des pensionnaires de Juan Pedro. Après les faenas servies dans les arènes de Las Ventas 3 jours plus tôt, on espérait beaucoup des deux plus jeunes toreros. Hélas, les toros au fer pourtant prestigieux, n'étaient pas au même niveau que les maestros qui les affrontaient.
Vêtu du même habit qu'il étrennait à Jerez, l'enfant de la Puebla apparu sur le sable de La Muralla, placita construite en partie dans la muraille. JMM, lui avait revêtu le même costume que lors de sa course madrilène. Alejandro Talavante, lui avait choisi un habit de lumière vieux rose.
La musique locale sonna le début de la corrida et l'entrée du 1er toro, et là, l'improbable se produisit ! Ce ne furent pas un mais deux adversaires qui se présentèrent au Genio de la Puebla. Le 6ème toro, dévolu à Alejandro Talavante ayant détruit la porte du chiquero qui l'abritait. Au bout d'une bonne vingtaine de minutes d'efforts des cabestros, des areneros ainsi que de Morante et de José María Manzanares tout rentra dans l'ordre. Quelle odyssée que de réussir à en faire rentrer un !
L'après-midi fut agréable grâce aux bonnes dispositions des maestros. Celui de la Puebla reçut son 1er adversaire avec de belles et profondes Véroniques, qui suspendirent le temps. A la muleta, les derechazos ont pris le dessus sur les naturelles et une mauvaise épée le priva d'un trophée. On voyait cependant Morante heureux dans le ruedo. Il ne nous restait qu'à espérer que son second adversaire lui permette de s'exprimer et que surtout, la mort soit réussie.
Ce tant espéré second toro de Morante arriva. Le Maestro de la Puebla, bien que faible, le torea a gusto et le fit aller a más. La faena pleine de qualités, surtout sur la droite nous régala. L'héritier des Curro et Rafael de Paula était heureux dans le ruedo, il pouvait laisser s'exprimer son art. Une estocade quasi entière permit au public de demander et d'obtenir l'oreille. Il en était fini de la semaine "folle" de Morante qui avait enchaîné 3 corridas en 8 jours. La temporada du Genio est encore longue et il est peut-être un peu tôt pour se prononcer mais comme pour un toro lors de la lidia, on pourrait dire que Morante de la Puebla est en train d'aller a más.
L'après-midi est vraiment à oublier pour José María Manzanares qui bien qu'ayant servi de bien belles faenas perdit tous les trophées aux aciers, ce qui est difficile à croire lorsque l'on sait l'estoqueador qu'il est.
Alejandro, sur sa lancée madrilène a servi la meilleure faena du jour, profonde, pleine de temple et de rotundidad. Une meilleure épée lui aurait ouvert la grande porte de la Muralla. Ne doutons pas que ce maestro fera encore parler de lui durant cette temporada.

La Zapopina - Mai 2018

Une main en or

Je ne me souviens ni du jour ni de l’heure. Cela a-t-il de l’importance ? Pour moi, non, car l’essence de ce moment merveilleux est restée gravée au plus profond de mon être. Avoir été là, l’assise sur la froideur de la pierre et pourtant emporté dans un autre espace-temps où ne vibrent que les cordes du sensible en une musique d’un autre monde.

Une main ferme empoigne le bois d’un drap rouge et se met en quête d’un dialogue d’un autre temps. Dialogue entre un homme et un fauve…

L’approche est tâtonnante. Les tentatives de compréhension des deux protagonistes s’échelonnent parfois hésitantes empreintes d’inquiétudes, de doutes, parfois quelque peu saccadées empreintes de peurs, tentatives d’écrire une histoire comme celles de la plume griffant le papier. Peu à peu, les plis du drap se tranquillisent, s’inscrivent dans une trajectoire régulière, ample et … une rencontre éclot.

L’homme et la bête s’accordent. Une communion originelle s’exprime dans des volutes d’une grâce, d’une douceur, d’une profondeur à faire frémir les anges. El Temple ! El Duende ! Dieu, Dieux, que c’est beau !

Le drap s’alanguit sur la terre. La bête, tête baissée, aimantée, suit, hypnotisée par les minuscules ondulations du tissu crissant sur le sable. La distance est maintenue, maîtrisée. La tension est à son plus haut point. Néanmoins, les passes s’enchaînent continues, fluides composant une harmonie surprenante. Plongés dans l’intensité de leur échange, l’homme et la bête n’entendent plus ni cris, ni musique; ils sont comme deux amoureux, seuls au monde, gravant le cercle de la vie et de la mort sur la terre qu’ils foulent. L’homme, dans l’engagement total de son corps et de son esprit, et par la maîtrise soutenue du mouvement, fait de la bête son alliée, sa partenaire, et ainsi tous deux inventent l’œuvre mouvante la plus incroyable qui soit, éveillant chez celui qui assiste à cette création une explosion d’émotions…

Lui, axis mundi, chaussons noirs plantés dans le sol, torse arqué vers le Ciel, bras tendu, main  vers la Terre, dirige avec une douceur infinie l’échange extraordinaire emplissant l’instant de magie. Elle, materia prima, masse sauvage, énorme, majestueuse de force, accepte avec noblesse et humilité cet accord. Et tous deux, dans un même rythme, dans une parfaite entente, créent la sphère sacrée de l’existence terrestre, élaborant ensemble un code, une langue qui émane d’un au-delà de l’histoire de l’humanité.

Me vient alors à l’esprit le vers si célèbre de Lamartine : « Ô temps, suspends ton vol ». Oui, assistant à ce moment magique, j’aurais voulu, mais en vain, être éphémère que je suis, arrêter ce temps pour continuer à ressentir vibrer en moi ce sentiment si fort d’être…

LIBRE d’ETRE

Les Grandes Traditions qui ont sculpté nos mondes disent que la Main est reliée au Cœur. Je le crois.

Gracias TORO,  Gracias TORERO
(Gracias José Mari Manzanares)

Picaflor  - Avril 2018

Don Angel Peralta

Don Angel Peralta dans les arènes de Séville (Photo Arjona)

Je n’ajouterai rien aux divers hommages envers le rejoneador Don Angel Peralta qui a, lui aussi, tiré sa révérence. Beaucoup de monde l’ont fait amplement. Cependant je pense à notre talentueuse et jolie amazone Léa Vicens qui doit se sentir orpheline, elle qui doit tant à son mentor.
Toute jeune, j’ai eu le plaisir de voir toréer les Quatre Cavaliers de l’Apothéose ainsi nommés : Angel et Rafael Peralta, Alvaro Domecq et Jose Samuel Lupi.

Don Angel, outre le cavalier, était un penseur et un poète et je ne peux résister à vous faire partager un poème  qu’il dédia à son cheval Cabriole mort d’un coup de corne en plein cœur à Alicante. Jose Luis Benlloch, chroniqueur de la revue taurine « Aplausos » nous raconte l’anecdote : Angel Peralta dit avoir tué, pour la seule fois, un toro avec agressivité, geste qu’il a regretté ensuite. Mais la mort de son cheval Cabriole lui inspira ce beau poème :

Muerte quedaste en el centro
Como mueren los valientes
Con la cornada en el pecho
Toreando frente a frente.

No tuvo la culpa el toro
La culpa la tuve yo,
Que lo desafié en publico
Con el puñal de un rejón

Y… el se murió embistiendo,
Emvistiendole a la muerte,
Como muere un toro bravo
Y ser bravo es de valientes.

ꜟAdiós « Cabriola » adiós !
A mi me toca esperar,
Lo que queda nada vale
Que lo que vale se va… *

 DEP Don Angel, vous qui avez passé plus de temps à cheval qu’à pied dans une vie riche et belle.

 Chicuelina avril 2018

 

* Mort tu es resté au centre, comme meurent les vaillants, le coup de corne en pleine poitrine, toréant face à face.
Ce ne fut pas la faute du toro, ce fut la mienne. C’est moi qui l’ai défié en public, avec le poignard d’un rejón.
Lui, il est mort en chargeant, en chargeant la mort même, comme meurt un toro brave et être brave c’est être vaillant.
Adieu Cabriole, adieu ! Il ne me reste qu’à attendre. Ce qui reste ne vaut rien, ce qui vaut s’en va…

SUR LA TEMPORADA 2017...

Bilan de la temporada 2017  par La Chicuelina

Au seuil de cette nouvelle année 2018 que nous vous souhaitons excellente sur les gradins de nos arènes, il nous a semblé utile de dresser un bilan sur l’année écoulée bien que nos avis soient personnels et par forcément les vôtres.
Ce n’est pas toujours le premier matador de l’escalafón qui reste dans les mémoires des aficionados car le nombre de corridas est indépendant du résultat qui en fait le premier, en nombre de corridas effectuées.

Jean-Baptiste Jalabert dit Juan Bautista, a incontestablement marqué cette année d’une pierre blanche. Depuis quelques temps le français s’est hissé à un niveau qui a dépassé tous les autres. Triomphateur de la saison dans le sud ouest comme dans le sud est, reconnu en Espagne par son style, son talent et sa capacité à affronter tous les élevages, en font une valeur sure qui devrait durer et se bonifier encore (comme il le dit lui-même « le meilleur est à venir »).
Parmi les artistes, Alejandro Talavante affiche une inventivité au niveau de sa tauromachie inspirée qui frôle le sublime parfois, pour moi.
Le jeune Gines Marin qui arrive parmi les grands,  surprenant par son talent, sa science et son envie, se révèle comme le torero du moment avec sa grande porte à Madrid le 25 mai pour la confirmation de son alternative et sa belle faena, le 17 juin pour la corrida de la Culture. Déclaré vainqueur de la San Isidro, il faudra compter avec lui en 2018.
Un modeste, Paco Ureña, torero humble animée d’une rage de vaincre aussi grosse que son cœur, sensible et émotif. Ce torero a beaucoup de talent et de mérite car il n’est pas débutant dans le métier mais il affronte des toros difficiles.
Encore un torero, peu connu du grand public car il est cantonné dans les corridas dites dures, c’est Emilio de Justo, qui mériterait plus de contrats et de considération. On aimerait le voir devant des toros plus faciles mais hélas, on a à faire à ce satané système qui empêche beaucoup de toreros de s’exprimer…
L’incombustible Enrique Ponce, El Rey Enrique, domine par sa science du toro, son adaptation à toute sorte d’élevage, son pouvoir et sa créativité, laissant croire à une facilité souvent trompeuse. Aucun torero n’aura autant duré avec toujours autant de régularité, on ne compte plus ses triomphes partout où il passe.
Les figuras sont toujours là mais manque parfois d’un je ne sais quoi qui ferait tilt dans nos cœurs d’aficionados parfois engourdis par la routine…
Antonio Ferrera, absent depuis deux ans faute à une blessure, a réapparu avec une tauromachie plus sereine devant des toros différents comme le victorino « Platino » de Séville ou l’élevage d’El Pilar. Hélas une cornada à Albacete a interrompu sa saison.
Bien que je ne sois pas fan du trémendisme de Roca Rey, il faut reconnaître qu’il sait toréer reste à confirmer la suite.

Dans le monde des chevaux Léa Vicens est la révélation de l’année et caracole en tête malgré la présence incontestable de Diego Ventura, Hermoso de Mendoza ou Leonardo Hernandez.

Quant aux novilladas, la situation reste inchangée, on constate la diminution des spectacles, leur coût, la pression abolitionniste et les connaissances insuffisantes des aficionados « modernes » qui oublient que sans novilleros nous n’aurons plus de matadors.
Je ne les citerai pas tous mais le chef de file avec 65 oreilles et 8 queues au compteur se nomme Jesus Enrique Colombo.
Andy Younes est passé à l’échelon supérieur en prenant l’alternative à Nîmes en septembre.
Leo Valadez a eu des prestations honorables avant de prendre son alternative à Saragosse en octobre.
Une surprise avec El Adureño (Yanis Djeniba) issu de l’école taurine Adour Aficion dont Richard Milian fut le Mentor.
Tibo Garcia et Adrien Salenc se sont distingués aussi.

Comme l’année précédente, 2017 a été encore marquée par la tragédie.
Ivan Fandiño a perdu la vie dans l’arène laissant orpheline toute une afición qui n’oublie pas qu’on meurt encore de nos jours par la corne d’un toro. Le torero d’Orduña incarnait les plus hautes valeurs du « toreo » et la France du sud-ouest qui en avait fait son torero de prédilection, fut d’autant plus affectée que le drame eut lieu chez elle.
Damaso Gonzales était un grand doublé d’un modeste qui méritait une belle place parmi les illustres toreros. Il n’est pas mort par un toro mais par une autre bête tout aussi redoutable et sa mort affligea plus d’un aficionado qui se souvenait de sa tauromachie créative.
Une autre disparition qui fit beaucoup de bruit dans le mundillo : la disparition du « Sorcier de Galapagar » Don Victorino Martin Andres. Son élevage devenu mythique est, désormais, dans les mains de son fils Victorino junior et de sa petite fille, vétérinaire passionnée de toros. Comment pourrait-il en être autrement quand on a grandi dans une telle famille.
Pour ce qui est des toros et élevages je laisse la plume au Mayoral.

La Chicuelina - Janvier 2018

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TOROS 2017..... ET TOROS 2018  par El Mayoral

On entend souvent à la sortie des arènes, et souvent dans la bouche de certains ganaderos: Sin toros no hay fiesta brava. C’est une phrase que j'affectionne particulièrement, car elle s'applique malheureusement à de trop nombreuses grandes plaza de toros.
A l'exception du grand maestro Enrique Ponce qui reste et restera pour moi le meilleur connaisseur du toro, adaptant sa faena en fonction de son adversaire (il a toréé des élevages variés) les grandes figuras quittent souvent les arènes par "la puerta grande" sans avoir livré réellement un combat.
A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire.
Certes tout toro est dangereux et peut tuer, mais si les toristes et les toréristes se sont toujours opposés, j'ai l'impression que nombreux sont ceux qui aspirent à voir des toros braves, sauvages, avec cette caste qui fait l'orgueil de l'éleveur, mais qui malheureusement, leur fait souvent défaut aujourd'hui.

Garcigrande, Domingo Hernandez, Daniel Ruiz, Victoriano... et d'autres sont les élevages favoris des vedettes. Ces toros, bien présentés, souvent trop lourds, supportent mal, hélas, le premier tiers. Une petite pique, est ce sont des chutes liées à leur faiblesse pendant la faena de muleta.
On se lasse de voir ces toros et on n’a plus envie de voir ce genre de corrida.
Par contre, à l'opposé, il y a ces corridas dites "dures" avec des élevages connus ou moins connus. Ces toros sont beaux, avec souvent des têtes impressionnantes, et une bravoure telle, qu'ils prennent trois à quatre piques, bousculant la cavalerie et continuant à aller à "más" pendant la faena de muleta et sans jamais chuter. Il y a encore de la sauvagerie chez ces toros.

Certes les faenas sont très différentes, il faut bien les comprendre, et c'est pourquoi les toreros qui les affrontent sont communément appelés "des combattants" qui ont gagné leur galons, grâce à leur volonté et à leur courage. Rafaelillo, Robleño, Castaño, Alberto Aguilar, Savalli et plus récemment, Lamelas, Chacon, Ureña, Emilio de Justo, Javier Cortes, Roman, les jeunes Vanegas et Valadez. N’oublions pas tous ceux qui voudraient toréer et qui n'y parviennent pas…
Et tous ces toreros combattent les élevages occultés par les vedettes.
Parmi ces élevages, on peut citer:
Victorino Martín qui fait une bonne saison 2017 (sauf Béziers), Adolfo Martín
Pedraza de Yeltes à Dax, les Palha et Dolores Aguirre à Vic, Los Maños, deux ans de suite, meilleur toro de la feria de Vic, Martinez Pedres et Escolar Gil etc...

En novillada on retiendra l'excellente prestation des novillos de José Cruz à Dax et le succès du premier novillo toréé en France de l'élevage basque "La Pincha"
qui ouvrira le féria de Pampelune 2018 en présentant une novillada.
Enfin n'oublions pas nos éleveurs Français qui ont marqué cette année:
Ganaderia Valverde, les toros des frères Gallon très bien sortis en Espagne La ganaderia de Jean Louis Darré et les pensionnaires des Monteilles, les très beaux et intéressants toros de Robert Margé à Saragosse obtenant le prix de la plus belle corrida.

On remarquera que ces corridas "toristes" sont souvent programmées dans le sud-ouest. On n’est pas étonné, car ces aficionados aiment ce toro, le comprennent, et soutiennent ces toreros modestes qui malgré tout, coupent des oreilles, qui à mon sens, ont peut être plus de valeurs que certaines...
Bien sur, dans le sud-est, n'oublions pas Céret, Alès, qui font de la résistance.
Certes quelques grandes arènes programment, quand même, une ou deux corridas de respect.

Tout n'est pas annoncé pour 2018, mais d'ores et déjà nous avons retenu :
les Galache à Magesq, les Valverde et Concha y Sierra à Aignan, les Pedraza, Raso de Portillo, Valdellan et Los Maños à Vic, Margé, Raso de Portillo et Hoyos de la Gitana à Boujan, les toros Portugais de "Sao Torcado ( Pinto Barreiro / Gamero Civico), Marie Gascon Martin et Juan Luis Fraile y Marin à Céret. Combien d'aficionados connaissent ces élevages ?
Certainement très peu. C'est pour cela qu'il faut venir les découvrir, vivre ainsi de nouvelles sensations, en soutenant et encourageant ces ganaderos et en remerciant ces toreros peu connus, qui veulent bien les affronter.
Tous les cartels ne sont pas sortis, mais il faut espérer que les grandes férias vont prendre un nouveau tournant, afin de redonner confiance aux aficionados et permettre ainsi à notre passion de continuer tout simplement à vivre.

El Mayoral – Janvier 2018

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Commentaires

26.09 | 09:44

Merci de votre apport.

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25.09 | 13:59

N'oubliez pas mon compatriote Nikko Norte, "El Holandès" novillero sans picadors jusqu'en 2005, qui va publier ses mémoires le mois prochain (octobre 2018)!

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18.09 | 12:07

Une dernière précision : après le tirage des lots, chaque matador (ou son représentant) choisit l'ordre de sortie de ses toros

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10.12 | 21:17

Bravo à Maurice Daussant ainsi qu'à toute son équipe de bénévoles pour son film sur Gabin Réhabi. Très beau film.

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