REFLEXIONS-ANECDOTES

La Tauromaquia de GOYA - Détail de l'eau forte n°19

Femmes et Mundillo : LES GANADERAS

Chaque année le 8 mars on n’a que ce mot à la  bouche « femme, femme, femme » comme l’a chanté Serge Lama. Pour moi une journée de la femme c’est un brin obsolète vu que la femme devrait être mise à l’honneur toute l’année. Pourquoi pas le jour des sportifs, des commerçants, des handicapés, des pompiers, des soignants et tant d’autres. J’ai donc attendu quelques jours pour vous parler de femmes accomplies dans leur métier qui est celui de ganaderas de toros de lidia. J’ai déjà évoqué dans ToroLibre les toreras dans la rubrique « histoire » profession « torera ». (merci à Muriel Feiner qui m’avait donné ses sources).*

On ne peut tout de même pas qualifier d’Amazones ces femmes qui exercent des métiers occupés par les hommes auparavant. Comme les mythiques guerrières  qui ont alimenté des phantasmes monstrueux où ces héroïnes se coupaient le sein gauche et tuaient tous les enfants mâles à la naissance. La réalité est plus acceptable car l’histoire nous révèle que parmi des tribus scythes les femmes combattaient comme les hommes à l’instar de nos femmes militaires. Mais là n’est pas mon propos, je n’ai nul penchant pour une égalité entre les sexes « à tout crin » ce serait ridicule et vain. Les femmes ont toujours fait des choses mieux que les hommes et vice versa. Je reconnais que les femmes ont acquis justement des droits qu’on leur refusait auparavant et je souhaite que cela continue. Souhaitons vivement aussi que celles qui n’ont pas la chance de vivre dans nos pays et n’ont souvent aucun droit soient sauvées de leur situation et c’est là qu’on peut accepter le combat. Mais laissons ces propos et revenons à nos moutons ou plutôt à nos toros…

Il est donc une profession dans le monde taurin qui, loin des flonflons de la fête, a une importance capitale puisque l’élevage du toro bravo est au cœur de la tauromachie. Cette vocation est née souvent très tôt au contact du père, du mari, du frère ou autre membre de la famille à l’origine de cette contagion d’une activité oh combien passionnante, pas facile au quotidien mais gratifiante quand il s’agit d’élever un animal aussi beau que le toro de combat. Lorsqu’on assiste dans une arène à un combat courageux avec pour résultat une reconnaissance, la fierté et la satisfaction sont à la clé !

Les ganaderas, à l’heure actuelle, ont gagné leurs galons, sont de plus en plus nombreuses dans un milieu targué souvent de machisme.

Cette année l’AGL ( Associacion de Ganaderias de Toro de Lidia) a élu pour la première fois une présidente : Maria Jesus Gualda ( ganadera del Añadío ) . La vice présidente est aussi une femme Maria Jesus Sanchez Alvares.

Depuis la légendaire Dolores Aguirre nous assistons à l’éclosion de vocations dans cette magnifique profession. La fille de Dolores, Victoria, a repris le flambeau.

Sans vouloir vous imposer une fastidieuse énumération de noms je vais tout de même vous citer un certains nombres de ces ganaderas dont l’élevage vous parlera surement.

Rosario et Arancha Montes, ganaderia « MONTEALTO »

Yolanda Villalonga , ganaderia « Daniel Ramos Alfonso »

Maïte Millares , ganaderia « Los Millares »

Concha Hernandez Escolar, ganaderia « Domingo Hernandez »

Maria Briones Bravo, ganaderia « Carriquiri »

MartaT.Mayoral, ganaderia « La Laguna »

Lucia Nunez, ganaderia « La Palmosilla »

Silvia Camacho, ganaderia « Mari Carmen Camacho »

Pilar Martin, ganaderia « Victorino Martin »

Carolina Fraile Cascon, ganaderia « Fraile Martin »

Maria,Vega et Beatriz Fraile Zorzo, ganaderia « Fraile de Valdefresno »

Pilar Fraile Gomez, ganaderia « El Pilar »

Alba Reta Guembe, ganaderia « Reta de Casta Navarra »

Victoria Aguirre fille de « Dolores Aguirre »

Maria Jesus Gualda, ganaderia « El Añadío »

A propos de cette ganaderia, Maria Jesus Gualda explique que "deux lignées pures, des Coquilla et des Buendia, sont menés séparément, puis nous croisons les reproducteurs pour obtenir les toros de combat. La même recette appliquée par le comte de Santa Coloma avec ses deux lignées, les Saltillo et les Ybarra. Récemment, pour rafraîchir le sang Coquilla, nous avons acheté des vaches et un semental à Sanchez Fabres (Salamanque)".

 

En France moins de ganaderias donc moins de ganaderas.

Charlotte Yonnet de la dynastie Yonnet dont le créateur est Hubert.

Mari Sara Bourseiller, ancienne jeroneadora, a créé son propre élevage « Los Galos » avec son mari Christophe Lambert, décédé depuis.

Dans le sud ouest à Arrote  Paola Martin est à la tête de l’élevage La Rosa.

 

Voilà cette profession reconnue et gérée par des femmes ayant leur place dans le monde du toro bravo.

La Chicuelina  - 11 mars 2021

 

* Muriel Feiner , américaine adoptée par l’Espagne, épouse de torero, journaliste et photographe de las Ventas, les arènes de Madrid, elle est l’auteur de plusieurs ouvrages dont « la Mujer en el Mundo del Toro »

Joselito el Gallo, "Gallito"

16 mai 1920 - Talavera de La Reina, petite ville insignifiante des environs de Madrid va passer à la postérité.

Aucun journaliste, aucun photographe, aucun revistero ne sont présents dans les arènes pour témoigner du drame qui va se jouer. Seuls les aficionados présents, atterrés, essaieront de raconter la sinistre histoire…

Les cent ans de cette mort tragique devaient être célébrés comme il se doit cette année 2020 au mois de mai. Mais c’était sans compter sur un fâcheux virus qui annula l’anniversaire.

De son vivant la personnalité de Gallito, ses immenses connaissances vont être occultées par un nouveau venu dont on parlera beaucoup car il incarne une tauromachie novatrice, c’est JUAN BELMONTE.

On va opposer Joselito et Belmonte alors qu’ils sont complémentaires. Joselito est le dernier torero de cette évolution dans l’Art Taurin du XIXème siècle, Belmonte est le premier du XXème siècle dans la tauromachie moderne.

Et pourtant on s’apercevra que la technique et la nouveauté font partie de Joselito.

L’écrivain Paco Aguado en parle avec justesse et admiration dans son ouvrage dédié à JOSELITO EL GALLO Rey de los toreros. Carrière courte mais intense de ce torero mort à 25 ans.

Né le 8 mai 1895, il meurt le 16 mai 1920 sous la corne de Bailador de la ganaderia de la Viuda de Ortega. Sa légende va naître alors qu’il n’était pas un personnage mythique. Il sera reconnu bien plus tard. Et pourtant que de techniques, de nouveautés, de savoir dans la tauromachie de cet enfant prodige ! Il créa le toreo en rond et lié, âgé à peine de 16 ans. Ce qui a impacté chez les éleveurs qui commencèrent alors à vouloir « adoucir » le comportement des toros afin qu’ils correspondent à ce « toreo en rond, qui répète ». Ils vont transformer le toro vers un physique plus aérodynamique. Le spectacle artistique va remplacer le combat dur et puissant des toros de cette époque.

Son capote était créatif, varié, il est à l’origine de nombreuses passes telles que le kikiriki, la larga cordobesa, et le fameux galleo « del bù » remis au goût du jour par Morante « el genio de la Puebla » inspiré par Joselito.

Joselito fut un visionnaire. Il se rendit compte que sa rivalité avec Belmonte écartait des arènes bon nombre d’aficionados, car elles étaient petites à cette époque. Il fut à l’origine de constructions d’arènes plus grandes comme Las Ventas à Madrid, Séville, Barcelone, Bilbao par exemple.

Dans l’arènes la vedette était devenu Belmonte qui par son toreo moderne supplantait Gallito alors que Belmonte reconnaissait le génie et les capacités du torero, sa supériorité et son poids sur les toros.

Joselito fut, sans conteste, un enfant prodige de la tauromachie. Né dans une famille où les hommes sont toreros et les femmes « bailadoras de flamenco » : sangre azul del flamenco gitano de Cadiz !

Il n’a que 5ans lorsque son père, régisseur de la Casa del Alba, meurt. Il est donc élevé par ses oncles et ses deux frères toreros Fernando et Rafael el Gallo « le divin chauve ». Il va boire comme une éponge tout ce savoir taurin non appris dans les livres, videos ou encore écoles taurines, il apprend « sur le tas ». Et quel apprentissage qui va révolutionner la tauromachie. Il toréera de nombreuses novilladas avant de devenir matador et de développer un toreo complet et fascinant.

En 1915 son premier « mano a mano » avec Juan Belmonte va donner le jour à cette rivalité instituée par les aficionados. Mais les deux hommes sont amis et s’apprécient énormément.

 Sa vie privée aura une influence à coup sûr sur sa trajectoire. Amoureux de Guadalupe, fille de l’éleveur Pablo Romero, il ne pourra l’épouser car ils ne sont pas du « même monde ». Guadalupe ne se remettra pas de sa disparition et ne se mariera jamais, elle se consacrera à l’éducation de ses neveux.

Sa mère très protectrice et influente va le fragiliser, après sa mort  Joselito va faire une dépression dont il ne se remettra pas. Il commence à être en butte à des critiques qui l’accusent de faire afeiter ses toros. Talavera fut pour lui un exutoire pour calmer l’opinion défavorable. « Il s’offre pour toréer à Talavera » dit Paco Aguado. La veille il torée à Madrid et la tarde n’est que sifflets et broncas sans fin, les toros sont mauvais, il est traité de voleur. Il est mal et ses conditions physiques ne sont pas très propices à la corrida du lendemain. Quelques temps avant il s’était confié à son ami Belmonte sur ses intentions d’arrêter sa carrière.

Talavera éclate, abasourdit l’aficion affligée comme toujours devant la tragédie alors qu’elle est souvent à l’origine du drame (pensons à Manolete ).

J’ai découvert, grâce à Paco Aguado, cet immense torero peu connu finalement de nos jours et j’ai puisé mes sources dans son excellent ouvrage remis au gout du jour pour l’anniversaire :Joselito El Gallo, rey de los toreros.

La chicuelina   - septembre 2020

LES TOROS DE GUISANDO

Toros de Guisando - IV et III ème siècles av. J-C

En ce temps de disette tauromachique, et/ou de reprise timide des corridas (épidémie oblige), nous pouvons toujours entretenir la flamme par des lectures innombrables sur le sujet, ou emmener nos pas sur des sites historiques tel que celui des « Toros de Guisando ». Et pour cette excursion, sans oublier le masque, il faut prendre la route vers l’Espagne.

La visite du site des Toros de Guisando nous entraîne vers ce passé historique durant lequel les taureaux, symboles de richesse, étaient vénérés pour leur puissance, qualité célébrée par les hommes comme étant une qualité divine. Pour les aficionados d’aujourd’hui, ce caractère n’est pas considéré comme divin, cependant la force, la bravoure de ce fauve sont toujours valorisées et admirées.

Dans la province d’Avila, municipalité de El Tiemblo, au bord de la route, loin de toute habitation, dans un enclos paisible couronné d’arbres, quatre magnifiques taureaux granitiques figés dans leur temps préromain, IV et IIIe siècles av. J-C, nous accueillent.

Deux mille ans d’expression du vent, de la pluie, du soleil les ont érodés, ce qui fait écrire au guide Michelin qu’ils sont grossièrement sculptés. C’est fort possible. Mais, si l’on ose affronter leur masse imposante et s’approcher d’eux pour une intimité improbable, le regard repère le relief des plis du cou. En effet, sur deux statues, les plis sculptés ont traversé les millénaires sans perdre leur expressivité. La main ne peut s’empêcher de glisser sur eux, avec la prétention ou l’émotion de créer un lien mystérieux entre le passé et le présent, ou de recevoir un tout petit peu l’énergie magique de ces dieux de pierre. D’autres détails, comme les sabots, les organes génitaux, la queue, le poitrail caractéristique du taureau, et à la tête, les creux marquant l’emplacement des cornes, bien visibles, laissent supposer, de la part de leurs créateurs, un souci du détail morphologique de ces animaux. Leur taille est imposante. Leur longueur varie de 264 à 277cm et leur hauteur de 129 à 145 cm.

Le manque de contexte archéologique induit des interprétations diverses. La plus probable est que ces statues jouaient le rôle de totems protecteurs des troupeaux, puisque la subsistance du peuple vetton, créateur de cette statuaire, dépendait de l’élevage. Une deuxième théorie présente l’hypothèse qu’ils aient été érigés à des fins religieuses ou funéraires.

En tant que visiteurs du XXIe siècle, deux possibilités s’offrent à nous : nous faisons le tour de ces quatre sculptures rapidement et nous prenons congé, ou bien, assis à l’ombre du muret, et leur faisant face, nous nous octroyons l’idée saugrenue de converser avec eux dans le silence. Rêveuse, j’ai opté pour la deuxième.

Peut-être l’afición a los toros explique-t-elle ce désir étrange ? Quoi qu’il en soit, les instants vécus furent des instants suspendus dans le temps. La sensibilité créatrice de l’artiste du passé, concrétisée dans la pierre millénaire, et malgré le travail d’érosion inexorable des éléments, réveille l’imagination, cisèle un havre de paix, de sérénité qui change le regard errant, l’aiguise et le plonge dans un espace où l’expression de chacune de ces masses de pierre se révèle.

 

L’observation alanguie laisse le temps de parcourir lentement les contours. L’ombre et la lumière dévoilent les creux et les bosses façonnés par les éléments. Et, peu à peu, l’expression élaborée par l’artiste vetton apparaît dans chaque statue.

Le premier taureau, par sa corpulence impressionnante, doté d’une énorme tête, s’impose comme le chef, le patriarche du groupe. 

Sur le flanc droit, une inscription est encore lisible : « LONGINUS PRISCO CALAET Q PATRI FC (Longino s’est chargé de faire (ce monument) pour son père Prisco, de los Calaéticos) ». Cette épigraphe, peut-être, a-t-elle influé l’interprétation en tant que monument funéraire, d’autant plus que les quadrupèdes, alignés, ont leur avant dirigé vers l’ouest, point cardinal où le soleil se couche, et qui a représenté pour les peuples anciens le lieu à honorer pour les morts. Son flanc gauche a un creux fort important. Il n’en faut pas plus pour que l’imagination galope, y voit une séquelle d’un combat bestial, et visualise une scène où notre mâle granitique se serait mesuré avec une violence effrénée à un autre mâle pour conquérir le pouvoir du groupe, ou séduire une femelle.

Le deuxième, indifférent, tête penchée vers le sol, semble ne se préoccuper que de sa pitance.

Le troisième, plis du cou presque à la verticale, vous regarde dans une attente ou un défi, épiant chacun de vos gestes.

Le quatrième, mufle rentré donnant au poitrail et au fanon un développement conséquent, plis du cou en demi arc, est prêt à l’attaque.

Pour ce groupe de combattants quadrupèdes, l’absence de cornes n’occulte pas l’expression de leur puissance, et nous laisse imaginer leur bravoure.

 

Dans ce lieu où règnent ces taureaux figés dans leur puissance minérale, aujourd’hui isolé, il y avait, dans le passé, une « Venta Juradera de los Toros de Guisando », c’est-à-dire une auberge où étaient reçus les serments décisoires. Et c’est dans ce modeste endroit que fut signé le « Tratado de los Toros de Guisando ». Dans ce traité, le 19 septembre 1468, le roi Henri IV de Castille reconnaît sa sœur Isabelle de Castille, qui, plus tard, deviendra Isabelle la Catholique, en tant que Princesse des Asturies et héritière du trône de Castille.

Lieu de culte, lieu de pouvoir…Lieu d’une suprématie temporelle et spirituelle si prégnante qu’un traité, et non des moins moindres, présage du futur royaume d’Espagne, celui que nous connaissons aujourd’hui.

Los Toros de Guisando, dans la force de leur matière granitique, résistant aux assauts des éléments, restent les intercesseurs des hommes entre la Terre et le Ciel, restent les messagers de l’Histoire du passé et du présent…

 

Picaflor - 31 juillet 2020

Anecdote sur MAZZANTINI EN 1895

NOS GRAVURES

Interdiction des courses de taureaux dans le Midi
MAZZANTINI RECONDUIT A LA FRONTIERE

On n'en revient pas encore en Espagne. Un fonctionnaire français, sur l'ordre de son ministre, a envoyé le gendarmes à Mazzantini et les préposés au bob ordre ont conduit à la frontiére le célèbre torero ni plus ni moins que s'il était un simple prince.
C'était bien la peine que Louis XIV déclarât qu'il n'y avait plus de Pyrénées !
Farceur, va !
La preuve qu'il y en a, c'est que le prefet a envoyé Mazzantini voir de l'autre côté s'il y était.
Le héros n'en revenait pas; il a, de longues heures, attendu des excuses auprès d'un train spécial qui chauffait pour le ramener en France.
Il eût pardonné, le grand homme, car son âme est excellente; mais rien n'est venu et, pensif, il est reparti, plongeant plus profondément dans son pays, avec la conviction que rien n'existait plus chez un peuple tel que nous.
Et dire qu'il n'y a pas eu de révolution, que le gouvernement n'a pas été renversé ! C'est a n'y pas croire.
A la vérité, on s'est quelque peu cogné dans les rues de Bayonne, mais rien de grave, en somme, et M. Félix Faure est toujours, de par la volonté nationale, sur le fauteuil présidentiel.
Mazzantini espérait peut-être y prendre sa place.
C'eût été drôle, après tout. Au lien des chasses a Marly, on eût couru le taureau, et les partisans du gouvernement se seraient appelés les aficionados. Aux ministre, on eût distribué la banderille de l'intérieur, la banderille de la guerre, et le conseil se serait tenu dans les arènes, sous les yeux émerveillés du peuple.
Il y avait là une idée a creuser. On ne l'a pas compris, et on a renvoyé Mazzantini sous le futile prétexte que la loi est une personne vénérable qui a droit à quelques égards.
J'ai beau m'interroger, je ne me trouve pas d'opinion sur les courses de taureaux.
J'en ai vu à Madrid, et le spectacle des chevaux éventrés m'écœurait, tandis que j'appréciait la grâce et la hardiesse des toreros.
Le dégoût, finalement, l'ayant emporté sur l'administration, je me suis senti dépourvu du désir d'assister à de nouvelles courses, mais j'admet parfaitement que tout le monde ne pense pas comme moi, et du moment que des hommes, des femmes même, vont par plaisir à la chasse tuer des animaux inoffensifs qu'il ne mange seulement pas, je ne vois pas ce qu'il y a d'excessif à tuer  des taureaux qui, eux au moins, se défendent.
Mais voilà, il y a la loi, cette coquine de loi qu' interdit ce genre de distraction, et dame ! quand on est le gouvernement, il faut bien la faire respecter si l'on veut être respecté soi même.
Aussi, sans prendre parti ni pour ni contre mes frères du Midi, je leur conseille de se tenir tranquilles  jusqu'a ce qu'on ait changé la loi, parce que derrière celle-ci il y a les gendarmes et qu'on entre en relations avec eux, on ne sait pas toujours jusqu'oû cela peur vous mener.

relevé par  El Mayoral  -  15 février 2020

Un torero de feu

Silhouette longiligne, élancée, altière, un regard habillé d’un noir intense, profond, et pourtant, tout dans ce regard est empreint d’une douceur timide. Quand il parle, son léger cheveu sur la langue augmente le velouté du flux de ses mots. Quand il parle, ses yeux ronds comme des calots ténébreux parcourent la circonférence de ses orbites, cherchant son espace, son terrain, semblable au toro qui, surgissant dans l’arène, tourne le long des barrières en quête d’une compréhension.

Le voilà, le voilà, le torero issu d’un milieu aisé, qui pouvait avoir devant lui, rationnellement, un choix de chemins à suivre hors du danger des cornes, hors de la peur prégnante de ce combat, habitacle de vie et de mort, qu’est la corrida. Mais, lui, il a préféré son rêve…être torero…et surtout un « glorieux » torero.

Il a surgi dans le ruedo, non pas tel une brise légère de printemps, mais tel une rafale impétueuse balayant la place pour réaliser ce qui, dans son for intérieur, l’anime, lui donne vie.

Il est un rocher, dur, fort comme cette terre qui le porte, et du haut de ce rocher, il se sait roi.

Dès ses premières prestations, son toreo fougueux, dynamique, à l’unisson de sa jeunesse, subjugue le public. Son audace, sa témérité, son engagement, son placement dans le terrain de la bête, furent et sont toujours source de frissons pour tous ceux qui se déplacent en grand nombre pour le voir.

Certains l’ont qualifié de fou, d’autres de prétentieux, d’arrogant… Mais lorsque l’on affronte le toro, peut-on être autre chose que cette distance du quotidien, cette force, ce courage qui animent votre corps, qui animent votre mental, et qui sont exprimés à l’aune de votre caractère ?

Lorsqu’il est face au toro, il n’est plus ce jeune homme tranquille qui répond aux questions. Il est métamorphosé. Tout son corps, son regard se tendent vers l’animal. Arrimé à lui, dans une concentration abyssale, il ne le lâche plus. Ses yeux noirs sont de vrais charbons ardents. Il déploie toute sa stratégie de dominateur. Son charisme, étincelant comme son habit, le plonge dans la lutte pour se surpasser, pour gagner et le trophée et l’admiration du public. Et pour triompher, il est prêt à tout jusqu’à la déraison !

Est-il inconscient ? Négatif ! Ecoutez-le parler de sa façon d’être dans l’arène, face au toro, de ce qu’il ressent, et vous entendrez les propos d’un jeune homme d’une grande maturité. Modestement et avec une grande lucidité, il vous parle de ses PEURS accrochées à sa passion :  peur de déplaire au public, peur de la cornade, peur de la mort… Et lorsqu’il les surmonte, il est heureux et heureux de vivre !  Il se construit ainsi une philosophie de vie qui lui permet de les transcender.

A la critique sur sa supposée inconscience, il répond acceptation de ces moments, où le hasard lui permet de réussir une prouesse pendant laquelle l’engagement est absolu, où la vérité atteinte est absolue. « C’est, dit-il, comme jeter une pièce de monnaie en l’air, et pendant qu’elle tourne, faire le mieux possible afin que lorsqu’elle tombe, tu aies réussi. »

Faire de ces instants de dramaturgie un pari, dans lesquels la notion d’inconnu est introduite, est une philosophie. Cette dernière peut nous paraître, au premier abord, inconcevable et pourtant, elle pourrait être un enseignement sur la compréhension et l’acceptation de notre fragilité d’être vivant dans une société déterminée.

Fragilité provoquée par la peur de l’inconnu : nous souhaitons que tout soit prévisible même les humeurs du ciel…

Fragilité induite par l’illusion que tout est assuré : nous sommes munis de tous les contrats d’assurance tel un jeu de cartes…

Mais est-ce pour autant que notre foi en nous-mêmes est assurée ? Est-ce pour autant que le chemin de vie que nous suivons est celui que nous avons choisi, et que nous acceptons ? Ne sommes-nous pas ces êtres éphémères qui, à travers nos peurs, nos déceptions, nos joies, nos amours, nos doutes, cheminons en quête perpétuelle de nous-mêmes ? Que savons-nous de notre Être le plus intime ?

Alors, faut-il marcher sur le fil du rasoir, mettre en jeu sa vie, se confronter à la Mort tels les toreros pour obtenir des réponses, ou un semblant de réponse ?

A chacun sa quête, à chacun son chemin, à chacun son destin…

Lui, Andrés Roca Rey, le torero de feu, dès qu’il revêt l’habit de lumière, il se revêt de toute la vérité de son être, il se le doit à lui-même, au public et à l’animal. Pour lui, le toro donne sa vie, il doit donner la sienne.

Et, peut-être que le Temps, avec son Soleil et sa Pluie, permettra-t-il à cette pousse fougueuse de s’épanouir pour exprimer, dans son Toreo, un Temple al compás de son intériorité la plus vibrante ?

Picaflor    8 février 2020

Le torero et la peur

Introspection - Terre cuite d' AG

« Celui qui n’a pas peur n’est pas normal. Ça n’a rien à voir avec le courage » (Jean-Paul Sartre)

C’est vrai, nous connaissons tous la peur tout au long de notre vie, avec plus ou moins d’intensité selon notre caractère et notre parcours.

On pourrait croire que certains sont hors d’atteinte parce qu’ils sont hors norme et unique tel le torero. C’est le seul être, dans notre monde actuel, qui affronte une bête sauvage, tous les jours à certaines périodes, parvient à le dominer avec de la technique et souvent avec art et le met à mort. On pourrait penser qu’il s’y habitue à la longue et pourtant…

« Si Nadal (le tennisman) devait supporter ce que subissent les toreros, il ne toucherait pas une balle » dit Luis Francisco Espla.

« Tu dois prendre en compte la possibilité de mourir » avoue Jose Tomas.

Quant à Morante il affirme que « quand le toro sort il n’y a plus de place pour l’introspection ».

Il y a longtemps, Juan Belmonte constatait que « la barbe pousse plus vite les jours de corrida à cause de la peur ».

Paco Camino disait : « Nous connaissons tous la peur, ce qu’il faut c’est la dominer avec le cœur, la tête, avec son âme, son ambition, avec la mauvaise humeur ».

Les peurs sont plurielles : celle du toro, celle du public et de ses réactions violentes, celle de la bronca, celle de ne pas être à la hauteur, de décevoir et « la peur d’avoir peur » (Procuna).

Il y a une peur majuscule c’est celle de ne plus pouvoir toréer. Nous connaissons les facultés du torero pour se remettre de ses blessures grâce aux constatations des médecins et chirurgiens taurins.

Il en est surement de même pour la domination de la peur. A notre époque où tous les sportifs bénéficient de l’accompagnement d’un coach, certains toreros se font aider dans leur préparation mentale. Maria Aguila de Domecq, veuve d’un des plus grands ganaderos Juan Pedro Domecq, psychopraticienne de métier dans le domaine du stress, s’est consacrée au soutien et à la préparation mentale des toreros qui la contactent pour bénéficier de ses soins. Elle donne des précisions : grâce au progrès de la médecine et de l’imagerie médicale on peut constater l’impact de la peur sur le cerveau d’un torero et constater qu’il est différent du commun des mortels. Par exemple il exploite les deux hémisphères du cerveau alors que nous avons tendance à n’en utiliser qu’un seul. Ce qui explique qu’il aurait plus d’intuition. Sa chimie cérébrale est aussi différente car impactée par les coups de boutoir consécutifs de la peur qui provoquent chez lui un cahot de neurotransmetteurs. Avec ces attaques d’anxiété le cerveau d’un torero est modelé par la peur depuis les premières étapes de sa vie de novillero. Chaque torero a probablement sa propre technique pour surmonter cet état d’esprit et il faut bien reconnaître que c’est un être à part dans notre monde contemporain. Il doit être à 200% car outre la peur du toro, la pression du public, la compétition lui ôtent la moitié de ses capacités.

« Il doit être comme un samouraï et avoir une haute idée de lui-même » affirme Alejandro Talavante.

« Une des premières qualités à acquérir ? Être capable de dormir en voiture » dit Paquito Leal, directeur de l’Ecole Taurine d’Arles. Toréant un jour dans une ville, il doit arriver frais et dispo pour un autre contrat, des centaines de kilomètres plus loin.

« Être torero c’est traiter par le mépris tout ce qui affecte le reste des autres hommes » Francis Wolff.

Mon admiration pour ces hommes et ces femmes qui exercent cet art, m’ont habité et interrogé tout le long de ma vie d’aficionada. Hors de question, pour moi, de manifester la moindre hargne lorsque le résultat n’est pas à la hauteur de mon attente, j’ai trop de respect pour celui qui se joue la vie. J’ai constaté que l’intrépidité qui habitait le torero masquait surement son angoisse et le rendait plus humain. Je suis choquée par les vociférations et les insultes proférées par certain public déçu par la prestation du torero. Ce dernier est suffisamment affecté par son échec.

Peut-être penserez vous à tout cela lorsque vous assisterez à une corrida ?

 

La chicuelina  - février 2020

 

Triompher…

Winston Churchill disait : « Le succès, c’est d’aller d’échec en échec sans perdre son enthousiasme. »

Vous devez penser, mais que vient faire Winston Churchill, dans un article sur la tauromachie. Eh bien, au cours d’une de mes lectures, je relève les paroles de ce ministre anglais au physique ventripotent, grand amateur de whisky, fort célèbre de par son action de stratège durant la seconde guerre mondiale. (Petite information pour les plus jeunes qui ont oublié leurs cours d’histoire.)

Les paroles de cette célébrité politique raisonnent en moi et font resurgir des moments de réflexion vécus lors de corridas.

Dans les règles de l’art, une bonne faena suivie d’une mise à mort réussie est couronnée par l’accord d’un ou plusieurs trophées. Sur le plan rationnel, il faut bien une règle pour régir la rencontre. En outre, les toreros ont besoin de ces trophées lesquels leur permettent de signer des contrats. Enfin, voilà, c’est comme des bons points…Plus vous en avez, plus vous gagnez, logique, non ?

Cependant, si l’on se place sur le plan des valeurs, pour cette rencontre insolite entre un fauve et un homme, enlacée par la vie et la mort, n’est-il pas dommage de s’en tenir souvent qu’aux trophées, lesquels influencent les appréciations du public ? Heureusement, aficionados avertis et/ou organisateurs gardent en mémoire le déroulement complet d’une prestation, et pas seulement l’échec à l’épée.

En effet, la corrida est une rencontre entre deux êtres vivants et par là même aléatoire. La réussite dans ce combat dépend d’une conjonction de paramètres, du côté de l’homme, disposition physique et mentale, du côté de la bête, disposition physique et caractères.

Les faenas sont également diverses les unes des autres en raison du style même des toreros : classique, baroque, statuaire, guerrier etc… La rencontre, qu’elle soit « toriste » ou « toreriste », comme le milieu taurin aime à préciser cette différenciation, est une expression artistique qui crée une œuvre qui engendre une palette d’émotions.

Et durant toutes ces faenas, l’attitude des toreros, qu’ils soient célèbres ou débutants, revêt les mêmes spécificités.

Ces combattants se forment dans cette école de vie qu’est la corrida, dans laquelle courage, abnégation, ténacité, audace, sincérité, respect, volonté, créativité en sont les composantes. C’est dans ces valeurs que le torero trempe en permanence pour devenir le héros de quelques minutes, d’un jour, d’une saison, d’une vie…et tout simplement pour devenir, s’il le peut et s’il le veut, un être humain droit et respectueux dans sa vie.

Une autre valeur vient s’ajouter aux précédentes et nimbe la personnalité du torero : l’humilité.

Un après-midi d’avril, j’assiste à une corrida où deux célébrités se produisent. Les figuras, Sébastien Castella et Miguel Angel Perrera, sont en pleine possession de leurs moyens physiques et artistiques, en exercice régulier de leur profession. Devant les toros des élevages de Vegahermosa et Jandilla répondant aux défis, ils réalisent dans leur style statuaire, de superbes faenas au capote et à la muleta. Le corps à corps qu’ils vivent l’un comme l’autre avec le fauve est impressionnant. M.A Perrera, par deux fois, pour éviter la corne écarte subrepticement sa jambe, soulevant dans les gradins des exclamations de frisson. Le temple et l’aguante des deux diestros avec la muleta est émouvant. Le rythme soutenu qu’ils exercent dans leur prestation révèle la compétition qui se crée entre eux. C’est magnifique ! Les trophées peuvent tomber !

Mais… le dernier acte se joue d’eux. Les épées faillent. Le toro résiste à leur triomphe, exigeant les descabellos pour donner son dernier souffle. (Seul, S. Castella obtient une récompense à son deuxième toro.)

Au moment de leur insuccès, aucun geste d’emportement traduit leur frustration. Le corps tendu, réprimant peut-être la colère, ils restent droits dans leur espace affrontant la déception dans la dignité des grands guerriers. Le visage est impassible, pudique de toute expression. Parfois, on peut entrevoir un léger hochement de la tête en signe de mécontentement. L’un comme l’autre, héros de quelques minutes, ils ont placé leur vie dans le plateau de la balance de la rencontre, et ils regagnent le callejon dans le silence de leur échec.

Malgré leur notoriété, là, dans l’arène, pas de caprice, pas de plainte, ils ne sont qu’humilité.

Le dictionnaire « Le Robert » propose cette définition : « sentiment de sa propre insuffisance qui pousse à réprimer tout mouvement d’orgueil. »

Et peut-être leur silence est-il plein de leur orgueil blessé ? Eux, seuls, peuvent le dire.

Le mot « humilité » vient du latin « humilitas » et a pour racine « humus » qui signifie « terre ».

Cela explique-t-il ce trait de caractère si réaliste du torero qui, lorsqu’il trace son passage sur la terre des arènes, ne peut se permettre aucune tricherie avec lui-même ?

Cette discipline dans le comportement caractérise les aguerris comme les débutants. Toute leur vie de torero est jalonnée de beaucoup d’échecs et surtout à la mise à mort. Le ratio entre succès et échecs n’est pas à l’équilibre.  Est-ce pour cela qu’ils deviennent des êtres au caractère trempé dans l’acier de leur épée ? Est-ce également pour cela qu’ils deviennent des êtres d’une grande force physique et morale ?

Et n’est-ce pas là que réside leur triomphe, dans l’humilité ?

Ces interrogations suscitent le souvenir des paroles d’un sage chinois du VIe-Ve s avant J-C, Lao-Tseu, qui disait :        « L’humilité sert à agir avec puissance. »

 

Picaflor   - 27 janvier 2020

 

 

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Commentaires

28.03 | 23:44

Très intéressant à lire. Beau portrait.

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27.03 | 00:03

Merci pour l’histoire, celle qui me renforce dans mon aficion

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28.08 | 17:56

bonjour
ou trouve ton les autres noms de toreros il y a les A et les B mais ou trouver les autres merci

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01.01 | 11:51

Très belle image pour le changement d'année. Que 2019 nous régale de belles faenas et de bons toros.

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