La TAUROMAQUIA DE GOYA commentée...Pl. 18 à 25

Planche N°18  Audace et témérité de MARTINCHO dans les arènes de Saragosse.

Goya se souvient du texte de Moratin " On a vu à plusieurs reprises un homme assis sur une chaise ou sur une table, les pieds entravés, poser les banderilles et mettre à mort" Exploit téméraire. Sur cette gravure, on voit le torero attendre la sortie du taureau, à une distance invraisemblablement courte, prêt à le mettre à mort assis sur une chaise, sans cape, seulement un chapeau, et comble de démence, il a les pieds pris dans deux fers. Goya attribue cet exploit à Martincho, mais pas Moratin. On peut penser que Goya évoque un souvenir personnel, un évènement ayant eut lieu dans la place de Saragosse. Cette scène a si vivement  frappé  notre peintre, qu'il va la représenter deux fois; insatisfait de cette planche 18, il en fera une autre désignée par la lettre H (n° 41).

Planche  N°19   Nouvelle folle extravagance de MARTINCHO dans les arènes de Saragosse.

Cette autre folie, c'est d'attendre le taureau debout sur une table, des chaines aux pieds, puis sauter sur lui lorsqu'il foncera. Dans la gravure 18, Moratin rapportait le cas d'un homme sur une table, fers aux pieds, attendant  le taureau, sans jamais dire le nom du forcené capable de tels exploits, ce qui semble indiquer qu'il ne connaissait ceux-ci que par ouï-dire. Goya, lui semble le faire revivre par souvenir personnel. Martincho ne fut pas d'ailleurs le seul à les perpétrer.
Dans un mémoire adressé en 1791 à la ville de Pampelune par Ramon de Rozas, nègre mexicain de Véracruz, celui-ci se montre prêt à s'y livrer sur la place de cette ville " Je sauterai d'une table ou d'une chaise par-dessus le taureau avec une paire de banderilles". C'est exactement ce que Goya fait voir dans cette gravure 19.

Planche N°20  Légèreté et hardiesse de Juanito APINANI dans les arènes de Madrid.

Juanito Apinani, originaire de Calahorra, d'une famille de toreros, travaillait à Madrid en 1750 et a torée presque sans interruption à Saragosse de 1764 à 1770. Goya a pu le voir bien des fois. On peut voir, attendant la charge du petit taureau vif aux cornes effilées, l'élégante silhouette d'un homme sautant par-dessus en s'aidant de la "garrocha" ou perche.
La place sur la gravure, est inondée de lumière, le soleil plombant verticalement, laisse apparaître qu'une toute petite ombre sur le sable. Les spectateurs se protègent du soleil avec des ombrelles. Cette estampe considérée comme l'une des plus belles de la série symbolise le mieux graphiquement la victoire de l'homme sur l'animal, de l'agilité intelligente sur l'élan aveugle.

Planche N°21   Malheureux accident dans les arènes de Madrid et mort de l’Alcade de Torrejon.

15 Juin 1801: le quatrième taureau de l'élevage" Vicente Bello" (de Palacio Rubios, province de Salamanque) sauta par-dessus la barrière, semant la panique, et plus grave, faisant des victimes. Dans la monographie de Goya par Mayer,  la mort de l'alcade de Torrejon aurait eu lieu le jour du couronnement de Charles IV en 1789. On ne comprend pas la raison de cette date. Cette gravure est l'une des plus merveilleuse de la série: L'impression d'épouvante, l'affolement des spectateurs qui fuient, et la tragique image du taureau immobile, sa victime sur la tête, la corne sortant dans le dos du malheureux, le tout se détachant sur la blancheur du fond, est d'un effet saisissant. La composition est décentrée vers la droite de façon à souligner le contraste entre le groupe de fuyards autour du taureau, et la solitude du coté opposé et à évoquer à la perfection la terreur de la tragédie.
La gravure précédente et celle-ci montrent un Goya parvenu aux chefs d'œuvre.

Planche N° 22   Courage viril de la célèbre PAJUELERA aux arènes de Saragosse

Goya historien, ne pouvait manquer de traiter le cas curieux de la femme torero, dont il y eut plusieurs exemples en Espagne. Nicolasa Escamilla, surnommée la Pajuelera, avant de toréer, avait été "pajuelera" de son métier, c'est-à-dire vendeuse de pajuelas, ou mèches soufrées, qui faisait à l'époque office allumettes. Un érudit bénédictin du XVIIe siècle, le père Sarmiento, mort en 1772, fait mention dans une de ses diatribes de "la Escamilla" mais sans indiquer de dates. D. José Daza et Pedro Marchante, tous deux picadors vers 1750 virent la Pajuelera la première fois qu'elle parut en piste. Quant à Goya, on ne sait pas, s'il la vue en piste, ou s'il la seulement incluse dans sa série taurine comme phénomène dont il avait entendu parler. Cette gravure représente la"Pajuelera" à cheval, aidée d'un chulo, tenant une pique longue ou d'arrêt (vara de detener). Le taureau fonce d'un vif élan sur la monture de la picadora qui, sans se troubler, cheval à l'arrêt, semble avoir toute confiance en la force de son bras pour parer l'attaque.

Planche N° 23  Mariano CEBALLOS, surnommé L’indien, tue un taureau du haut de son cheval.

Dès la découverte des Amériques, l'Espagne a rapidement introduit ses formes de vie et de culture, et notamment, les taureaux et les chevaux. Le prestige du cheval, l'élevage de chevaux de selle et de bovins sur ces vastes étendues du Nouveau Continent, l'habileté des cavaliers indigènes ou métis, firent surgir en marge des courses, des prouesses hétérodoxes, qui parvenaient exceptionnellement en Espagne. Mario Ceballos fut l'un des plus célèbres inventeurs de ces fantaisies. On sait peut de chose sur "l'indien Cebollas" Certains pensent qu'il est péruvien, alors que d'autres disent qu'il est argentin, car il toréa en qualité d'espada à Buenos Aires en 1772. Ventura Bagués historien, dit que Cebollas a torée au Puerto de Santa Maria en 1770, à Pampelune en 1775-78-79. Selon Vargas Ponce, auteur d'une dissertation sur la fête des taureaux, dit qu'il mourut en Navarre: "L'indien qui montait le taureau trouva la mort sur la place de Tudela, victime de son audacieuse témérité"
S'il est exact, le fait se place avant 1784.

Planche N° 24  Dans les arènes de Madrid, le même CEBALLOS monté sur un taureau, en attaque un autre avec des javelots.

L'indien reparaît avec une autre fantaisie. Ceballos, monté sur un taureau sellé, en travaille un autre à la pique, avant de les mettre à mort l'un et l'autre. Cela se passait en 1778 dans la place de Pampelune. Un an avant, dans la corrida du 10 novembre 1777, alternant avec Pepe-Hillo et Costillares, l'indien avait maîtrisé un taureau sellé et monté et couru la place quelques temps, avec assez de sang froid pour lancer des bombons sur les tendidos. Il s'agit d'un épisode propre aux "rodeo". C'est dans cette posture que Goya le représente, accentuant les traits de façon à accuser le faciès indien, secoué par les bonds brutaux de sa monture. L'indien un javelot dans la main droite, s'agrippe comme il peut au taureau.
Goya a renforcé le contraste entre les deux taureau, l'un clair, l'autre foncé.

Planche N° 25   Les chiens sont lancés au taureau.

C'était une coutume quelque peu barbare, à laquelle on avait recours pour les taureaux couards. On dit que les Maures de Grenade la pratiquait déjà. D.Jose de la Tixera dit que ce procédé était de mise lorsque les taureaux avaient déjà été "courus", ce qui non seulement évitait aux acteurs d'exposer leur vie, mais amusait le public, le réjouissait du spectacle d'une lutte fort plaisante et qui, de temps immémorial, est tenu pour annexe et inséparable des fêtes de taureaux.
C'est une très bonne gravure, avec cette impression de luminosité que donne l'arène ensoleillée, sans les larges zones d'ombres que l'on voit ailleurs.

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Commentaires

10.12 | 21:17

Bravo à Maurice Daussant ainsi qu'à toute son équipe de bénévoles pour son film sur Gabin Réhabi. Très beau film.

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29.11 | 15:15

Ne porte pas de nom particulier. C'est simplement un confort lors d'exécution des STATUAIRES que vous appelez "litrasos" (de Miguel Baez Litri) Q? pertinente.

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29.11 | 14:57

On ne trouve pas à la vente ces petits mouchoirs qui sont distribués aux arènes. Ils sont souvent supports publicitaires ou témoins d'évènements exceptionnels.

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29.11 | 09:49

Quel nom porte l'action de ficher l'épée dans le sable avant de faire des "litrasos"
(?) Merci d'avance pour votre réponse. J-M François

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