EVENEMENTS - ACTUALITE

LE SILENCE DES PIERRES

 Les arènes millénaires sont seules, désertées.

 Pas un pied, pas un postérieur ne vient contribuer à l’usure de leur matière.

 Les jours de grand beau temps, les pierres attendent paisiblement que le soleil, compagnon de toujours, les réchauffe à tour de rôle suivant sa course. Elles aiment ça, car elles peuvent apprécier les subtils changements d’éclat de chaque minuscule organisme qui fait la beauté de leur robe dilatée par la chaleur.

 La nuit, compagne de toujours, les couvre de son voile de fraîcheur et de mystère, les obligeant à se contracter dans leur sommeil, et à entrer dans la méditation minérale de leur existence.

 La pluie, dans son débordement de trop plein, vient les rejoindre. Elle déverse toutes ses larmes de chagrin ou de colère ou de joie, elle seule le sait. Elle fouette, creuse, lave, essaie de se faufiler avec agilité et malice dans les moindres rainures. Elle court, roule, craille, chante, susurre, et ses clapotis écrivent une mélodie pour charmer les pierres ascètes.

 Les pierres millénaires sont seules, désertées.

 Le vent, compagnon de toujours, vient souvent leur rendre visite. Parfois, il les caresse d’une brise légère pour les bercer et les consoler dans leur solitude. Mais renforcé par des courants venus d’ailleurs, il devient plus puissant et veut suivre sa route sans aucune résistance. Les pierres doivent assumer leur origine et leur place. Elles ne cèdent pas, stoïques. Leur immobilité altière s’oppose au mistral, et oblige celui-ci à courir comme un fou dans la ronde des gradins. Alors, s’élève vers le ciel, le chant aigu de cet Éole s’insinuant dans les interstices. Puis décuplant son souffle, aussi obsédant que les roulements du tambour sur un champ de bataille, il emplit le vide du cercle inorganique.

 Toujours solides, les pierres millénaires sont seules, désertées.

 En tant que construction terrestre, elles acceptent avec philosophie la compagnie agréable ou déchaînée des éléments de la nature. Mais aujourd’hui, elles ressentent un petit quelque chose d’inhabituel… Elles ont été élevées pierre par pierre pour accueillir les divertissements d’une multitude. Les cris, les agitations, les colères, les soubresauts, les joies, les émotions de toute cette foule se sont tus… Rien…Plus rien…Plus rien ne vient peupler, animer le cercle des pierres millénaires.

Le cœur des pierres murmure un chant de nostalgie. Le cœur des pierres respire un parfum de nostalgie…

 Les pierres millénaires sont seules, désertées.

 Elles n’entendent plus les sabots sauvages du fauve labourer leur sable. Elles n’entendent plus la voix tonitruante du guerrier affrontant le taureau. Elles n’assistent plus à cette rencontre si mystérieuse, à cette danse de vie et de mort laquelle, par on ne sait quel sortilège, étreignait parfois leurs entrailles. Oui, cette rencontre tellurique, sibylline de l’homme et du taureau les fascine, et elles sont heureuses d’accueillir en leur sein ce peuple qui accepte, en voyant cette confrontation, d’intégrer consciemment ou inconsciemment l’histoire de leur destin éphémère d’Être terrestre…

 Les pierres millénaires sont seules, désertées.

 Les odeurs, les brouhahas, les couleurs, les chants, la musique, les énergies de tout un peuple sont cloîtrés dans l’absence… Le silence occupe la place… Le silence pénètre les moindres recoins de l’édifice… Le silence pénètre le cœur du peuple…

 Les pierres sont seules, désertées… Néanmoins, leur sagesse millénaire nous insuffle que le silence n’est pas le rien angoissant, la frustration de ne plus avoir, bien au contraire. Il est soupir, pause, intervalle, calme… Le silence est musique, une autre musique plus subtile, plus profonde comme l’est l’œuvre mouvante de ce duo improbable formé par un homme et un fauve. Le silence crée une respiration dans la partition pour mieux appréhender, saisir, ressentir les sentiments qui nous animent et qui nous donneront la force, l’énergie nécessaires de perpétuer cette passion énigmatique.

 Les pierres millénaires sont seules, désertées, aujourd’hui, dans le calme de la régénérescence.

 Demain, pierres millénaires, la passion renforcée par la solitude redeviendra votre compagne…

Picaflor -   Lundi de Pentecôte 2020, dans le silence des « OLES » …

RÊVE D'UN CONFINÉ

                                      RÊVE D'UN CONFINÉ

                         En ces temps confinés dans nos maison feutrées
                         notre besoin vital est d'aller promener,
                         et au hasard des pas, je me suis retrouvé
                         face à mes arènes aujourd'hui désertées.

                         Devant ce grand portail qui ne va pas rouvrir
                         silencieux, immobile, gardant les yeux fermés
                         je commence à rêver puis j'esquisse un sourire
                         en pensant aux clameurs derrière ces murs épais.

                         Plongé dans mes pensées, j'imagine fort bien
                         que dans quelques instants la course commencera
                         trois hommes courageux, croyant en leur destin,
                         défileront sur l' air très connu de Carmen

                         Je les sens près de moi, qui déposent leurs capes
                         avec ce regard noir d'hommes allant au combat
                         cachant comme toujours cette peur impalpable
                         qui vite disparaitra quand Toril s'ouvrira.

                         Et voila le taureau, noir luisant, tête haute,
                         cet animal puissant aux cornes acérées
                         immobile au milieu, surveillant ce capote
                         qui déclenchera charges vives et serrées.

                         L'homme fait son combat ,souriant, appliqué
                         il enchaine les passes avec art et beauté
                         termine sa faena par un grand volapié
                         qui fait coucher la bête et lever les "olé".

                         Je vois le torero franchir la Puerta Grande
                         acclamé par ses fans, adulé comme un dieu
                         il passe devant moi, j'applaudis et je pense
                         que ce soir entre amis, les hommes seront heureux.

                         Mais voila que d'un coup, une voix m'interpelle
                         coupant ma rêverie et toutes mes illusions
                         en voyant le képi, soudain je me rappelle
                         qu'il  faut sans plus tarder montrer l'attestation

                         Je repris mon chemin, le cœur remplie de joie
                         enivré de bonheur, redoublant de passion,
                         pensant qu'un jour prochain on se retrouvera
                          pour vivre encore plus fort ces moments d'AFICION

El MAYORAL - Avril 2020

FERIAS CONFINÉES

Avril 2020 Pâques en Arles

Ce Corona et son confinement nous font perdre la tête jusqu’à l’hallucination. Je suis en plein rêve : Enrique Ponce le premier emprunte le couloir de cet amphithéâtre séculaire suivi de Jean Baptiste et de Jose Mari Manzanares. Le paseo dans des arènes vides ! Et puis des capotes, des muletas, des faenas, les plus belles, des piques comme on voudrait toujours les voir, un indulto, la musique d’un magnifique orchestre et la voix d’une soprano…

Les visions se poursuivent : le roi Enrique enchaine ses Poncinas au ralenti, Jean Baptiste nous déroule des faenas sans fin, l’une terminée par un recibir et à l’issue de l’autre, il accompagne son adversaire et ami vers la vie et le campo se profile pour le bel animal…C’est la goyesca de ses adieux. Jose Mari Manzanares avec son style particulier nous embarque dans une faena aussi belle qu’il est beau. Son recibir devenu sa marque déposée, fait rouler le toro sur le sable. Les oreilles et les queues sont distribuées dans une corrida improbable. Tout à coup le réveil est brutal, cette corrida était un rêve, trop beau pour être vrai, et pourtant nous avons vécu ces moments à Arles la provençale…Merci pour ce bonheur dans notre malheur.

Demain je retournerai en Provence pour poursuivre mon rêve… 

Aujourd’hui Christ est ressuscité Alleluia ! Pâques 2020 on s’en souviendra : le pape seul devant la basilique St Pierre de Rome et pas d’agapes en famille autour du traditionnel gigot après que les enfants aient fait la chasse aux œufs. A Arles point de bruit dans les rues, personne dans les bars ni les restaurants, les festaîres en mal de feria…Pourtant dans le couloir antique arrive notre Sébastien national (Castella) suivi de Miguel Angel Perera mais une surprise nous attend ..

D’abord un « Vegahermoso » pour Sébastien en 2019. Belles séries de véroniques terminées par une revolera. Derechazo en avançant la jambe, du travail d’orfèvre toujours un peu froid et sérieux. Et le voilà Alexandre le Grand, j’ai la berlue ? J’avais mes places pour voir son retour ! La lenteur et la douceur avec lesquelles ils déclinent ses véroniques me laissent sans voix. A la muleta l’entame se fait à genoux, changement de main et le toro passe dans tous les sens. Les naturelles « templées » dont il a le secret, à nouveau « cambio de mano » comme ce qu’il a fait  genou en terre, après avoir jeté l’épée factice. Manoletinas pour finir ? Non, les passes dans le dos reprennent et se concluent dans un « recibir » bienvenu et il « desoreja el toro » comme disent nos amis espagnols dans leur langue évocatrice et précise. Pour l’instant Alejandro Talavante n’est pas revenu de son confinement, au début volontaire et par la suite imposé. C’était encore un songe, sa prestation eut lieu en 2017 devant un Domecq.

 2019 Miguel Angel Perera coupa les oreilles d’un « Vegahermosa », il s’est agenouillé lui aussi pour recevoir la charge de l’animal par le dos, alterné par devant puis s’est levé pour des naturelles. Tout cela paraît tellement facile : « arruzina, martinete » et j’en passe…Deux oreilles dans l’escarcelle du talentueux maestro.

Un « Jandilla » en 2018 est réservé au jeune torero arlésien Andy Younes, qui comme ses pairs, fait passer le toro dans son dos avec des « luquecinas » et autres passes du répertoire.

Il assure le gamin ! Avec une « planta torera » incontestable, l’indulto termine avec bonheur cette jolie prestation.

Toujours en 2018 devant un « Jandilla » Miguel Angel Perera paré d’un costume rouge à gros carrés dorés ressemblant à si méprendre à celui de Jose Tomas pour son « encerrona » inoubliable de Nîmes mais le » traje » était  chocolat . Brindis à Jean Baptiste Jalabert. Le toro vient de loin, la faena est créative et originale, deux appendices à la clé.

Voilà une goyesca arlésienne avec des « Victoriano del Rio » en 2018, jolie faena,,estocade de bonne facture concluante pour 2 oreilles . Je me souviens que, impatients, nous attendions le paseo qui avait du retard…Et pour cause ! L’artiste qui avait décoré les arènes, Domingo Zapata, décora aussi les costumes des matadors juste avant le paseo : surprise. Cela donna des graffiti improbables sur les beaux costumes de Jean Baptiste, Sébastien et J.M. Manzanares.

C’est déjà fini pour aujourd’hui, demain j’y retourne...

Lundi de Pâques est réservé aux gladiateurs des corridas dites dures grâce à ces élevages de toros encastés donnant du jeu mais se montrant collaborateurs aujourd’hui et nous allons voir de belles piques, souvent prises de loin. Le premier à entrer en scène est le jeune arlésien Thomas Joubert face à un « torrestrella » en 2019. La rencontre à la pique est si puissante qu’elle désarçonne l’homme au castoreno. Après un début en statuaires, le jeune matador enchaines des passes originales. Souvent comparé à Manolete pour son allure rectiligne et son visage triste, le maestro fait preuve d’une tauromachie personnelle qui devrait être montrée plus souvent.

Magie de cette feria particulière, Ivan Fandino est là bien vivant pour affronter un  « Pedraza de Yeltes » plein de fougue, le toro se retourne vite mais ne parvient pas à surprendre la virile attitude du torero qui le domine par sa tauromachie experte, sûre, artistique néanmoins. L’estocade engagée offre l’oreille. Le drame était pour plus tard hélas, là nous étions encore en 2017.

En 2019 des piques spectaculaires infligées à un « Palha » par la mise en suerte parfaite de Pepe Moral, commençent les hostilités. Plusieurs rencontres et la dernière en « picotazo » pour le plaisir d’admirer la bravoure du toro. Puis les naturelles s’enchainent avec puissance et l’oreille tombe dans l’escarcelle de Pepe Moral, magnifique !

 Encore en 2019, face à un « Pedraza de Yeltes » c’est Thomas Joubert qui s’y colle. Le toro, veleto, s’engouffre dans la muleta, d’abord avec prudence avant de se laisser séduire par le jeu subtil de l’étoffe. Mais attention, malgré sa noblesse, le toro n’en est pas moins dangereux. Une oreille pour le vaillant Thomas qui n’a pas démérité devant un animal sérieux.

Toujours en 2019 belle prestation de Pepe Moral devant un toro portugais de « Palha » puissant dans le type de la maison mais se prêtant au jeu de l’espada. Mais ici pas de fioritures mais de l’efficacité et de la domination.

Le dernier toro, appartenant à la ganaderia Pedraza de Yeltes sera abordé avec courage par Thomas Joubert en 2016. Le jeune torero affronte un toro sérieux alors qu’on pourrait le croire destiné plutôt à des corridas plus faciles en regard de sa tauromachie empreinte de douceur.

Cette feria s’achève par des sorties à « hombros » !

C’était Arles 2020, chez soi, confinement oblige, sur le petit écran…On s’en souviendra et nos mercis vont à Jean Baptiste et son équipe pour nous avoir offert du bonheur, en savourant ces instants.

La Chicuelina en casa - avril 2020

Corrida et Corona

Quand au mois de janvier dans les clubs nous  nous souhaitions une année 2020 remplie de bonheur et à la hauteur de nos désirs d’aficionados : des toros braves avec noblesse face à des toreros novateurs…nous étions à cent lieux de nous douter, que le mois suivant, nous serions plongés dans le doute quant à la future temporada.

Les premières ferias s’annulaient les unes après les autres, Valencia Castellon, Séville, Madrid en Espagne mais bientôt l’annonce que la Feria Pascale d’Arles n’aurait pas lieu, Nîmes, on n’en parlait pas encore mais Vic Fezensac reportait la sienne en juillet. Pire que les animalistes, un ennemi minuscule, sournois et foudroyant se répandait à une vitesse telle que la planète envahie se voyait confinée chez soi.

Sans aucunes activités possibles si ce n’est les activités à domicile comme la lecture les vidéos, et chacun accepta car il était question de vie ou de mort.

Mais ce brusque arrêt de la vie impactait beaucoup de souffrance dans la population dont on ne pouvait encore imaginer les dégâts que cela produirait.

Notre frustration éphémère, notre manque inéluctable en matière taurine nous procurait une certaine culpabilité face aux problèmes rencontrés par tous.

Mais l’homme vit d’espoir, il a soif de positif face à l’adversité et tout un chacun puisa dans ses ressources pour affronter ce jamais vu.

Et s’il est quelqu’un de résolument optimiste c’est bien l’aficionado capable de « croire au Père Noël tous les après midi vers les cinq heures » et de surmonter sa déception lorsqu’il en a pour retourner le lendemain sur les gradins.

Dans ces temps de disette taurine, il va se nourrir de tout ce qui alimentera sa passion : livres, films, vidéos, souvenirs, échanges téléphoniques... (il faut bien occuper le confinement)

Dans les tablettes et ordinateurs, les sites taurins nous montrent, faute de corridas actuelles, les toreros donnant de leur temps pour assouvir leur passion et la nôtre. Ainsi j’ai vu Juan Jose Padilla en compagnie de sa fille Paloma nous conter les ganaderias

D’autres parmi les privilégiers comme Miguel Angel Perera nous invite dans sa ganaderia pour nous montrer la vie au campo. Un de ses toros s’est entortillé la tête et les cornes dans une corde. Je vous laisse imaginer le travail et la patience pour délivrer l’animal de ses entraves. (A voir sur Mundotoro)

Il est vrai que l’inégalité du confinement pour les toreros qui est la même pour le reste de la population, nous saute aux yeux. A l’encontre de tous les privilégiés, la majorité des toreros vit dans quelques mètres carrés et ne peuvent s’entrainer au campo car les portes sont fermées comme celles de Victorino. Ce sont les mêmes qui couraient après les contrats, qui entrevoyaient pour certains le bout du tunnel car ils étaient engagés pour certaines ferias. Ce sont les mêmes dans l’adversité de la pandémie. Quel est leur avenir une fois les contrats annulés…

Trêve de pessimisme ! Des images du passé surgissent pour meubler l’absence, nous donner l’espoir en des jours meilleurs, combler le vide…

Des corridas glorieuses occupent les écrans avec les vedettes du passé mais aussi du présent.

Un torero a surgi de mes souvenirs, ç’aurait pu être un autre…

En regardant une de ses corridas à Grenade face à des AnaRomero (la date je l’ai oubliée mais peu importe) il leur coupa les deux oreilles et la queue. Jose Miguel Arroyo Joselito était un merveilleux artiste doublé d’un technicien même s’il s'en défendait. Il étala son capote d’une douceur et d’une insolence inspirée, le tout terminé par un abanico interminable dans le premier tercio ce jour-là. Sa muleta n’en fut pas moins enchanteresse et la foule en délire sortit le mouchoir après un concluant coup de rapière.

Joselito était modeste, malgré tout, conscient de ses failles (il prétendait en avoir beaucoup) mais il a laissé son nom parmi les grands. Lorsqu’il a raccroché capote et muleta il est devenu éleveur de ses animaux qu’il aime beaucoup. Son élevage a pignon sur rue à l’heure actuelle et se nomme le Tajo y la Reina.

Joselito nous a fait la joie de revenir pour une fois à Istres, avant de s’arrêter définitivement. Il nous a envouté et embué les yeux à l’écoute de « l’hymne à l’amour » pendant sa faena.

Si vous avez envie de connaître un peu mieux la personne, lisez son ouvrage « Joselito le vrai » paru en 2012.

Souhaitons retrouver un monde meilleur et notre vie actuellement en sommeil en tuant cette bête monstrueuse bien plus terrible qu’un toro !

Cependant beaucoup de choses changeront de visage, les temporadas aussi connaitront des chamboulements.

Espérons, restez chez vous et prenez soin de vous !

 La Chicuelina - mars 2020

CORONA par Picaflor

CORONA
 Ganaderia : Mundiala
  Devise : blanc et noir

(Texte imaginé durant le confinement. Les couleurs de la devise se réfèrent à la symbolique du deuil : blanc en Orient, noir en Occident. Le nom du torero Salvador (Sauveur) Guerrero (Guerrier) peut se traduire par le guerrier sauveur.)

 ncroyable corrida, dans les arènes de la Sainte Espérance…

Le « No hay billetes » impérieux s’affiche au-dessus du guichet. L’affluence est au rendez-vous. Mais cela ne décourage pas ceux qui, n’ayant pas de ticket, piétinent ou font les cent pas devant l’entrée. Ils interpellent les uns et les autres, espérant obtenir un sésame grâce à un désistement ou grâce à la vente sous le manteau.

Le temps est mitigé. Le soleil tiède de ce mois de mars pointe quelques rayons entre deux nuages.
Après le paseo solennel, éblouissant de couleurs, d’or et d’argent, enveloppé de la passion chantée de Carmen ivre de liberté, un silence prégnant parcourt les gradins, l’attente est là… Et il apparaît…il apparaît trottinant d’un sabot léger. Corona, une demi-tonne de muscles bien accrochée à une ossature monstrueuse digne de ses ancêtres aurochs. Un arrêt. Sa tête majestueuse dodeline à droite, à gauche. Puis, dédaigneux, il va se placer nonchalamment au centre et il attend. Sa tête couronnée de cornes insidieuses, aigues, reste immobile… il attend.

Le torero Salvador Guerrero, le menton appuyé à la barrière, lui aussi, est immobile. Son regard solitaire, coincé entre la montera et le bord du burladero, ressemble à celui de l’hidalgo couvert d’un loup, et fixant la silhouette de l’amant de sa femme, un jour de carnaval.
 Capote en mains, il sort, empli de courage, la peur agrippée aux plis de la toile. Il va à sa rencontre. Corona l’a vu… Sa musculature s’ébroue et il fonce, soulevant poussières et exclamations du public. Guerrero, figé, impassible, le réceptionne, et avec de petits coups de poignets huilés à merveille, dévie sa course. Puis, contrecarrant la charge du fauve, il lui assigne une véronique, puis une demie, et finit par une chicuelina le transformant en une statue merveilleusement drapée de la couleur de la joie de vivre, fuchsia et jaune.
 Ensuite, par petites passes appliquées, mais fermes, il place Corona au centre de la piste.

Maintenant Corona doit affronter un autre adversaire, mais il ne doute en rien de sa puissance. Vaillant, il fonce. De ses naseaux, tels des volcans, jaillit sa tempête fumeuse de rage. Les barrières vibrent de ce souffle comme le tablao martelé par le rythme des talons du danseur de flamenco. Le public effaré retient son inspiration. Et ainsi, mû par une force cyclonesque, Corona se rue dans le flanc du cheval qui, freinant comme il peut de ses quatre fers, étirant ses pattes comme des ressorts, est soulevé tel un fétu de paille. Il est plaqué violemment contre les planches. Le picador averti, professionnel incomparable de l’aiguille, accroché aux rênes tendues de résistance, maintient avec une vigueur intense sa lance plantée dans le dos du monstre en ébullition. Il a quand même réussi à lui infliger une piqûre titanesque. Péons et torero réussissent à libérer le cheval collé à la barrière par la poussée furieuse de Corona. Et puis par trois, quatre, cinq, six, sept, huit fois !!! la même scène au cheval, à la pique, se reproduit…Corona n’est pas anesthésié ! Sous ce soleil étrange de printemps, les banderilleros dont l’argent de l’habit a des reflets blanc acier, fidèles, courageux, essaient à leur tour de planter eux aussi leurs aiguilles.

Corona est là, pernicieux, grattant le sable de cette arène de vie terrestre. Parviendra-t-il à la labourer jusqu’à la pleine puissance de son règne ?

Le combat n’est pas conclu. Chacun est à son affaire. Lui, ombre de la grande faucheuse, veut tuer. Eux, guerriers de l’existence, veulent métamorphoser leur combat en forces de Vie, de Joie… Oui, le combat n’est pas conclu, car pour qu’il le soit, l’un d’entre eux doit mourir.

Alors, Salvador Guerrero, investi par tous, présents et absents de ce duel, de la mission rédemptrice, armé d’un petit chiffon rouge et d’une épée qu’il espère bien trempée dans l’acier, va à l’affrontement. Hésite-il ? Il ne peut pas ! Vacille-t-il ? Il ne peut pas ! Pense-t-il ? Il ne peut pas ! Il doit être ce qu’il n’est pas au quotidien. Le jeu de cartes a changé. Il doit se battre avec intelligence, courage, audace, créativité, mais aussi humilité pour atteindre le cœur de la bataille.

Et là, il se met à toréer, concentré dans ses passes : naturelles, derechazos, remates… Le rouge de sa vie, de notre vie, ondule dans les hauts, les bas tel une vague s’adaptant aux mouvements de la tourmente, avec une vigilance accrue pour éviter l’écueil de la cornade tueuse. Guerrero ne relâche pas la verticalité de son corps, lui insufflant force et courage. Enfin, dans le calme et la joie de son cœur, il harmonise son toreo, humilie la bête, la domine…
Ereinté mais sans relâcher sa concentration, il empoigne l’épée. Parviendra-t-il à tuer la bête pour se libérer, pour nous libérer ?... Il s’avance calmement, cherche le terrain adéquat et se met en position, l’épée tendue. Le silence s’étend, s’étire au-dessus de ce cercle ovoïde qui, vu du ciel, n’est qu’un point bien insignifiant. Peut-être que même, dans tous les gradins de notre terre, les cœurs suspendent-ils leur battement un instant, rien qu’un instant, pour laisser l’épée chanter ?

Salvador Guerrero s’élance de toute la force de son corps, de toute la force de son cœur, la main abandonnée au destin… L’épée s’enfonce jusqu’à la garde… La bête s’écroule…

Les arènes de la Sainte Espérance, peu à peu, se vident…

La marche dans ce chemin de vie qu’est le nôtre peut reprendre son cours. Ce combat nous a-t-il changé ? Ce combat nous a-t-il guidé vers d’autres voies plus lucides, plus justes, plus profondément humaines ?

L’Avenir le contera…

Picaflor - 25 mars 2020

PERIODES NOIRES au XX°s

             SUSPENSIONS ET ANNULATIONS DE CORRIDAS
                                    
durant le XX éme siècle
Le coronavirus venu d'extrême orient, a envahi l'Europe, l'Espagne, et bien entendu  notre pays la France. Il apporte avec lui son cortège de malades avec malheureusement de nombreux  morts. Mais si le confinement peut s'avérer positif sur notre santé, il n'en sera pas de même sur le plan économique mondial et en ce qui concerne la planète de toros ce sera une catastrophe.
De nombreuses férias de début de saison sont annulées: Arles, Valence, Castellon, Arnedo, ou bien reportées, Vic, Séville, Madrid, etc..etc..etc.
Notre frustration est grande, et malgré le pessimisme ambiant, nous espérons, un jour, retourner dans nos arènes. Gardons le moral!
Et pourtant, ce genre d'évènements a déjà eu lieu par le passé, et a marqué l'histoire de la corrida avec plus ou moins d'ampleur.

EN FRANCE
La guerre de 1914 - 1918 n'épargnera pas l'Europe et bien entendu la France.
Elle ne touchera pas l'Espagne qui vivra son " Age d'Or del toreo" avec la rivalité entre Joselito et Belmonte.
Arles: 31 Mai 1914, dernière corrida avec de puissants toros de " Manuel Sanchez de Carreros" ( 38 piques, 16 chutes, 14 chevaux tués) face à "Corchaito - Manolete ( l'ancien) - Francisco Martin Vasquez et Malla.
Le 5 juillet, on donne une novillada avec des toros Français ( Viret - Pouly - Yonnet pour Manolo Navarro et Posadero.
En Août, on ferme  les arènes.
Nîmes: Pendant cette période, aucune activités taurine, les arènes vont être occupées par l'armée qui y abrite les chevaux.
En 1919 la tradition est renouée avec une course camarguaise et enfin le
23 Mai 1920 une grande corrida au profit des aveugles et des mutilés de guerre.
le bétail est offert par 32 généreux éleveurs affiliés à l' UCTL est tiré au sort:
Aléas - Moreno Santamaria - Lopez Plata - Manuel Lozano - Alipio Perez Tabernero - Villamarta et un novillo d'Aléas pour les toreros: Malla ( qui sera tué à Lunel) Punteret - Luis Freg - Limeño - Saleri II - Ernesto Pastor et le novillero Mariano Montes
Dax: Inauguration des arènes actuelles le 11 Mai 1913: Toros de Guadalest
pour Vicente Pastor  et Cocherito de Bilbao. Après une novillada de Félix Gomez, les arènes fermeront jusqu'au 29 Août 1920, et serviront de garage à l'armée Française et de bivouac à l'armée Américaine lors de son entrée en guerre avec les troupes françaises.
Mont de Marsan: A précédé Dax de quelques jours et réouvrira avec une novillada le 18 Juillet 1920
Bayonne:  L'arène fermera ses portes le 25 Septembre 1913 avec tes toros  portugais impossibles de La Duchesse de Cadaval pour le caballero Ruy de Camara et les novilleros Chiquito de Begoña et Francisco Posadas.
Mais le 14 Septembre1919, avec du retard, trois toros de Palha Blanco( les 3 autres ne sont pas arrivés) vont être lidiés par Malla et Fortuna. L'interruption de la course à la mort du troisième toro portugais déclenche une émeute et "Lachepaillet" flambe à tous les sens du terme
Bordeaux:  12 Juillet 1914: Toros de Miura pour Morenito de Algesiras - Torquillo et Paco Madrid. La guerre arrive, et en 1918 on démolit les arènes.
Toulouse: Dernière corrida aux " Amidonniers" le 14 Juillet 1914 : Toros d'Antonio Guerra pour Paco Madrid et Francisco Pasadas. La réinauguration aura lieu le 14 Juillet 1921 avec six Felipe Montoya pour Paco Madrid - Saleri II et Manuel Granero dont on connait le tragique destin moins d'un an plus tard.
Béziers: Après six ans de fermeture, (1915 - 1921) les arènes du plateau de Valras renoue avec un spectacle taurin le 15 mai 1921. Réaménagé, ces arènes sont inaugurées le 29 Mai 1921, lors d'une corrida du Duc de Veragua avec  Luis Freg - Saleri II - Limeño.
La mauvaise situation du trésor, et l'effondrement du franc en 1926 vont ralentir la reprise des corridas dans l'hexagone;  5 en 1926, 10 en 1927 et 13 en 1928.
Pendant que la guerre sévissait en France, l'Espagne subit un terrible fléau en 1918: la grippe espagnole qui fit 300.000 morts en Espagne (50 millions dans le monde) provoqua l'annulation des fêtes du Pilar à Saragosse en octobre.

EN ESPAGNE
De 1936 à 1939, l'Espagne va vivre une guerre civile de grande ampleur.
Peu de temps après le début du conflit, la première corrida est organisée à Séville le 18 Octobre 1936.
Toros de Miura et de Pablo Romero pour Algabeño, Cañero, de la Serna, Belmonte, Ortega et Manolo Bienvenida qui brindera son toro à Queipo de Llano, le militaire franquiste qui a conquis Séville.
L'Espagne est coupée en deux, géographiquement et idéologiquement.
La corrida survivra dans les deux zones malgré la volonté du gouvernement de l'abolir. La fête taurine est perturbée. Peu avant la guerre, elle a déjà subi l'exclusion des toreros mexicains  comme Armillita chico qui piquaient trop de contrats  en Espagne aux vedettes Lalanda et Ortega.
Bien que l'aficion n'est pas de couleur politique, le monde taurin dans sa majorité passe du côté de Franco qui parait le plus fort. D'autre part, un certain nombre de ganadérias sont décimées par " les Rouges " pour des raisons militaires, idéologiques et alimentaires.
Dans les deux camps, l'horreur est au quotidien. La famille de Martial Lalanda , franquiste, est exterminée.
Ce même Lalanda, Manolo Bienvenida et Domingo Ortega sont taxés en France de toreros fascistes.
1937, 8 festivals et 56 corridas sont données en zone nationale tandis que 17 "festejos patrioticos" en zone républicaine.
1938 en pleine guerre civile, 82 corridas sont organisées dans toute l'Espagne et 22 en France. Si en 1939 on ne compte que 11 corridas en France, l'Espagne donnait 245 corridas l'an,  dont une centaine pour les deux vedettes de l'époque: Jose Gomez " Joselito" et Juan Belmonte.
Pendant que l'Espagne, souffre encore de ce sanglant conflit, elle sera épargnée de l'autre fléau qui arrive: la deuxième guerre mondiale 1939 - 1945 qui va interrompre quasi totalement les spectacles taurins en France

EN FRANCE:
Les français pensaient que la guerre pourrait être évitée suite aux accord de Munich. Hélas, quelques mois plus tard, le conflit éclate.
A Nîmes: Le 28 mai 1939, à Pentecôte, toros de Conde de la Corte pour  Lalanda - Ortega - Rafaelillo et Juanito Belmonte
Le 29 mai: corrida à cheval avec Emma Calais et Romanito  devant des toros de Saurel. Suivront ensuite quelques "capeas"
3 septembre 1939, la guerre éclate une nouvelle fois contre les allemands.
Les arènes vont être aménagées en abri pour les forces passives.
Finis les corridas, finis los toros!
Cependant, les courses à la cocarde continueront.
Le 7 Octobre 1945, première corrida après guerre, avec des bêtes de Pouly pour Carnicerito de Mexico - Morenito de Valencia et Paco Bernal
A Arles: Pendant le guerre et l'occupation allemande, les arènes n'ouvriront que pour des couses camarguaises et quelques courses à l'espagnole, mais très économiques. Le bétail est français, et les toreros d'origine espagnole , mais le plus souvent de chez nous: José Paradas, Jose Pilés, Vicente Jorda, etc. etc. et le réjonéadores du coin: Emma Calais, les Fernay, Saurel et autres Raoux
Arles ouvrira progressivement en 1946 sachant que la frontière avec l'Espagne ne réouvrira qu'en 1948.
A Dax: le27 Août 1939, dernière course avant la fermeture, avec des toros de Domecq pour Ortega et El Estudiante. En 1943, les allemands franchissent la ligne démarcation , Dax envisage une course avec la figura " Manolete" mais cette course n'aura pas lieu, et Manolete restera un rêve.
Réouverture le 26 Août 1945 avec une novillada non piquée.
A Bayonne: le 13 Août 1939 devant des arènes pleines, les toros de Carmen de Federico ( trente piques, six chutes et un cheval tué malgré le "peto") sont opposés à Vicente barrera, Juanito Belmonte et Domingo Ortega.
le 3 septembre, à l'heure du paseo la France entre en guerre, et la course annoncée  avec Juanito Belmonte à cheval, Victoriano de la Serna et El Estudiante face à des toros de Mora Figueroa n'aura pas lieu.
Les 17 et 18 juin 1941, Les arènes de Lachepaillet accueille exclusivement les troupes allemandes pour deux novilladas, et malgré la pluie le 17, les gradins sont remplis par l'occupant, alors que les bayonnais sont confinés chez eux.
Reprise le 9 septembre 1945 et le début de l'ère de Marcel Dangou. Trois toros de Félix Moreno et trois de Moreno de la Cova pour le mexicain Cañitas  et les Espagnols Andaluz et Angelete. 
Question: Comment , avec une frontière fermée, Dangou a fait pour engager deux espagnols?
A Béziers: Bien que libérée le 22 Août 1944,  ce n'est que le 16 septembre 1945 que sera organisé une novillada  annoncée corrida  qui provoquera la colère des aficionados Biterrois: au cartel: Macareno - Paco Bernal -  Estrella et le rejoneador Joseph Calais.
A Bordeaux:  A partir de 1939, il n'y aura plus de corrida pendant trois ans.
Timide reprise le 9 septembre 1945 avec une" novillada" de Pouly pour Paco Bernal et José Piles
A Céret: les arènes en dur date de 1922, et la dernière corrida  en temps de paix à lieu le 25 juin 1939 avec des toros de Sol pour José Paradas - Pintura et le vénézuélien Julio Mendoza.
Tout reprendra en 1946 avec une corrida mixte de Pouly
A Vic: 1932 est la date de l'inauguration des arènes. Dernière corrida le 5 juin 1938 avec des toros de Félix Moreno Ardanuy, de beaux gabarit, recevant  29 piques pour 9 chutes pour Niño de la Palma - El Estudiante et Curro Caro. Après une longue interruption de 8 ans,  reprise le 26 mai 1947
Oran et Casablanca  seront également privées de spectacles taurins.
Les arènes retrouvent petit à petit les corridas et son public, et vivront une longue période de tranquillité..
1968: A Paris, le 3 mai, éclate de violentes bagarres entre étudiants et forces de l'ordre. A Nîmes le 5 mai à lieu la célèbre novillada de "la cape dOr" devant 4000 personnes, avec Luis Roman - José Falcon et Rafael Roca devant des toros de l'épouse de Chopera, Luisa Flamarique.
Le même jour à Toulouse la corrida est maintenue avec des toros de Sanchez Fabres pour Antoñete - El Cordobes et Tinin.
Le 13 mai, la grève générale est décrétée entrainant avec elle son lot d'annulation de corridas:
Féria de Nîmes  du 30 mai au 3 juin: annulée
Féria de Vic: annulée on ne verra pas les superbes "Tulio"
Dax : nocturne du 15 juin annulée
Alès: Novillada du 16 juin annulée
Saint Sever: novillada du 23 juin annulée également
Seul un festival sera maintenu en Arles le 16 juin, pour la présentation de Robert Piles sous l'apodo " El Tranquilito".
Enfin, rappelons que les arènes de Barcelone ont été fermées pour des raisons politiques, et il semble que se soit définif, malgré l'invalidation de l'annulation des corridas en Catalogne par la Cour Suprême.

Toute l'aficion française souffre de cette situation inédite. Nous n'y pouvons rien, et même si on sait que ce sera long, le plus difficile n'est pas pour l'aficionado, mais pour tous les ganaderos et pour tous les toreros.
Patience......un jour viendra où le soleil inondera nos arènes, où les costumes de lumière brilleront, où les toros combattront, faisant ainsi revivre dans la plus grande joie la " Fiesta brava" retrouvée.     patience....

( résumé d'après un article de la revue "Toros")

El Mayoral  - 6 avril 2020

On apprend à tout âge

C’est un lieu commun que de dire cela mais chez l’aficionado lambda j’ai constaté parfois un excès d’idées reçues. Lorsque vous êtes assis sur les gradins vous entendez les choses les plus diverses…

Il y a ceux qui prodiguent des conseils au torero, ceux qui ne sont jamais contents, ceux plus silencieux qui laissent échapper un « biennn ! appuyé lorsque la prestation du torero est à leur goût, certains n’osent pas sortir le mouchoir pour demander une oreille mais vont crier après le président s’il ne l’accorde pas (je constate cela surtout en France). Quelqu’un m’a fait remarquer un jour que l’aficionado semble jaloux de son savoir et ne le partage pas avec ceux qui ne demandent que ça pour apprendre la tauromachie.

Aussi réjouissons-nous quand les connaissances sur la corrida sont enseignées et répandues. J’ai eu la satisfaction de lire l’excellent ouvrage de Christian Le Sur, 10ème matador français et professeur-fondateur depuis 36 ans du Centre Français de Tauromachie à Nîmes. Ce document intitulé « Cours de tauromachie » est destiné aux élèves qui veulent devenir toreros mais aussi aux amoureux de cet art taurin qui souhaitent parfaire leur connaissance en la matière.

Paul Hermé, chroniqueur taurin connu, avoue avoir ainsi mis à jour certaines connaissances (pourtant solides) voire acquis de nouvelles.

Le néophyte ne voit pas toujours si le torero se croise, charge la suerte et torée véritablement.

Les bovins ont un champ de vision plus vastes que les humains grâce à leurs yeux situés de chaque côté de la tête. Mais leur vision est moindre au centre. Mettez 4 doigts à plat sur le centre du visage et vous aurez une idée de ce que voit le toro.

Sa charge est naturellement rectiligne, pour le dévier de sa trajectoire on sollicitera l’œil contraire. Laissons à Luis Mazzantini, torero d’époque, nous expliquer, non sans humour,la position du torero par rapport à la charge du toro. Mazzantini attend un train, sur le quai de la gare, il accompagne avec sa casquette le train qui passe devant lui : il ne torée pas. Si lorsque le train approche il saute au milieu des rails pour le faire dérailler, en le citant avec sa casquette et ensuite le remet sur la voie : il torée. D’où l’expression qualifiant un torero qui ne se croise pas « il est sur le quai de la gare ».

Je ne vais pas vous donner tout le contenu du livre, à vous de le découvrir si l’envie vous en prend.

Mais pour en revenir aux aficionados, il faudrait qu’ils partagent un peu plus leur savoir. Les clubs taurins seraient l’endroit par excellence…

 

Chicuelina février 2020

  

 

PS : Luis Mazzantini est évoqué dans la rubrique  HISTOIRE -TOREROS CELEBRES 19° - 20° S.

TEMPORADA 2019 EN FRANCE

La temporada Française a commencé le 17 février à Magescq( non piquée) et s'est terminé le 17 novembre à Rion-des-Landes  ( fiesta campera)

1/  ARENES:  
Les spectacles taurins se sont déroulés dans  62 arènes:
32 dans le Sud ouest
30 dans le Sud est

2/  LES COURSES:
Le nombre total s'élève à 154 courses.
62
corridas
32 novilladas
40 novilladas non piquées
14 festivals ou fiestas campera
6 corrida de rejon
Classement des villes qui ont donné plus de quatre spectacles ( tous confondus)
Nîmes: 13
Dax:     11
Béziers: 10
Bayonne:  9
Dax:          9
Arles:        8
Vic Fezensac: 6
Istres:  4
Toutes les autres ont présenté  1 ou 2 ou 3 spectacles
79 courses dans le Sud ouest et 75 dans le Sud est soit 154 courses.

3/  LES TOROS
Le nombre d'élevages présentés en France en 2019 est de 98: ( hors NSP )
Corridas:
      63 Espagnols et 18 Français ( 28%)
Novilladas:   45 Espagnols et 18 Français (40%)

A: 371 toros  combattus à pied.
Dans le haut du tableau: Victoriano del Rio - Fuente Ymbro - et Robert Margé qui doublent leur vente.
Luis Algarra triplent ses ventes
La Quinta passe de 14 à 20 toros
Jandilla - Pedraza de Yeltes - Victorino Martin sont stables
Gallon  reste dans ce premier quartile.
Bonne place également pour les élevages suivants:
Valverde - Concha y Sierra - Dos Hermanas et Piedras Rojas (Patrick Laugier) Yonnet - Camino de Santiago (Jean Louis Darré)
Elevages Français nouveaux ou revenus dans la catégorie:
Barcélo - Vieux Sulauze - Roland Durand - Jalabert

B: 178
Novillos combattus
Pages Mailhan - Baltasar Iban - La Quinta - Los Maños  occupent les premières places et sont en progression.

C: 184 erales furent mis à mort en non piquées provenant de 34 élevages dont 29 Français.
Trio de tête: Alma Serana (24) Le Lartet - Camino de santiago ( 13 )

D: 44
toros pour la corrida de rejon: (début de la ganaderia de Diego Ventura)
E: 22 toros pour la corrida portugaise avec 4 élevages Français.

4/ LES HOMMES
A/ Les toreros
Les hommes qui ont fait le paseo en habit de lumière sont 66
Les Français sont au nombre de 14
1/ Sébastien Castella :   12
2/
Daniel Luque - Octavio Chacon :  11
4/ Thomas Dufau - Pablo Aguado  7
6/
Juan Léal  6
7/ M.A.Perera - Emilio de Justo - Javier Cortes - Lopez-Chaves  5
11/
Adrien Salenc - Alvaro Lorenzo - Alberto Lamelas - Gomez del Pilar et
 Toñete  4
16/
Enrique Ponce - J.M.Manzanares - Ginés Marin - Joaquin Galdos -
Paco Ureña - Pepe Moral - Thomas Joubert - Fernando Robleño
Ruben Pinar - Juan Ortega - Miguel Angel Pacheco  3
27/
Manuel Escribano - Dorian Canton - El Juli - Jose Luis Adame
Lopez Simon - Andres Roca Rey - Andy Younes - Diego Urdiales
Roman - Caytano - Javier Castaño 
38/  Juan Bautista
 avec un seul contrat ainsi que
Roman Perez - Antonio Ferrera - Antonio Nazare - David de Miranda - El Adoureño - Alejandro Marcos - Chamaco - Clemente - Damian Castaño
David Galvan - Jose Garrido - Sergio Flores - Tomas Campos - Curro Diaz - El Fandi - Stéphane Fernadez Méca - Francisco Jose Palazon - Ivan Vicente
Javier Conde - Javier JImenez - Jesus Enrique Colombo - Tibo Garcia - Joselillo - Juan del Alamo - Marc Serrano - Morante de la Puebla - Rafaelillo -
Angel Sanchez, un seul contrat également.

B: Les Rejoneadores: 
Il sont au nombre de  11
1/ 
Léa Vicens : 6
2/
Diego Ventura 3
3/
Andy Cartagena - Guillermo Hermoso de Mendoza - Rui Fernandes :2
6/
Parreirita Cigano Jr - Juan Manuel Munera - Pablo Hermoso de Mendoza
Duarte Fernades - Paco Velasques - Antonio Prates  1 seul contrat

C: Les novilleros
Ils ont fait le paseo avec picadors:  39  dont  11 Français
1/ Maxime Solera:  10
2/
El Rafi : 9
3/
Diego San Roman : 6
4/
Dorian Canton - Carlos Olsina - Manuel Diosleguarde - Yon Lamothe
Hector Gutierrez - Juan Carlos Carballo - Aquilino Gijon - Christobal Reyes
et El Galo : 4
13/
Christian Perez : 3
14/
 Tibo Garcia - Rafael Gonzalez - Alejandro Mora - Jean Baptiste Molas  2
Reste vingt et un novilleros avec un seul contrat

D: Novilleros sans picador
Sur un total de 42 on trouve 6 Français aux premières places
Solalito : 15
Niño Julian : 12
Jean Baptiste Lucq - Tristan : 7
Fabien Castellani - Clément Hargous : 4
Les deux espagnols, élèves d'écoles taurines Françaises se classent:
1er Christian Pajero avec 15 courses
4eme: Borja Escudero avec 7 courses.
Les autres novilleros n'ont effectué qu'un seul paseo.

El MAYORAL - 5 Janvier 2020

LE CHANT DES TOURNESOLS

Arles, Goyesque 2019
Despedida du Juan Bautista

Le tournesol oriente nonchalamment sa tête sous le charme du roi soleil. Cette fleur est tellement amoureuse de cet astre qu’elle laisse les rayons teindre sa robe de pétales d’or. Et de cet amour, en son cœur, germent, poussent de petites graines qui vont offrir aux palais, une richesse fluide, onctueuse, suave, couleur de l’ambre claire des mystères de la vie.

Van Gogh a peint « les Tournesols » en Arles. Un siècle et des poussières plus tard, sur le sable des arènes de cette même cité, au milieu de pierres millénaires fouettées par le Mistral, le bouquet de tournesols, en négatif brun clair telle une ombre douce, sur un fond vif jaune citronné, va ensorceler, ce samedi après-midi, les 12 300 spectateurs venus assister à la traditionnelle Goyesque d’ombre et de lumière.

Et quelle Goyesque, mes amis !!!! Tout comme pour la fête de la châtaigne, où l’on vient déguster les bons crus du coin mélangés à la saveur du fruit, la corrida de ce samedi 7 septembre 2019 est un cru exceptionnel, réjouissant les yeux et emplissant les cœurs d’une encyclopédie d’émotions.

Après le « paseíllo » calme et solennel, l’amphithéâtre résonne de l’hymne espagnol puis de l’hymne français. Et en Arles, les spectateurs debout écoutent respectueusement le premier, et chantent le second, faisant onduler dans les gradins une onde empreinte de sérieux et de dignité. Dans cet espace musical, deux peuples qu’unit une même passion, se respectent et se reconnaissent dans les mêmes racines… Dans cet espace musical, ces deux peuples ancrent, dans la terre et dans les pierres, leur appartenance à une même tradition à la fois mystérieuse et rare, écrin d’une mémoire millénaire.

Ensuite, un tonnerre d’applaudissements accueille l’entrée en piste des deux toreros : Enrique Ponce et Juan Bautista.

Enrique Ponce, vêtu d’un costume brun glacé gansé d’azabache, signé Lorenzo Caprile, exprime tout au long de cette corrida son élégance, son humilité de cœur et son excellence dans sa torería. Dès son premier toro brindé à Juan Bautista, ses faenas douces, templées trouvent un écho lyrique à l’unisson de la voix de la soprano chantant l’Hymne de Valencia. Et même après 30 ans d’alternative, brillent toujours sur son visage ce bonheur, cette joie cristallins de triompher… et Grand est ce maestro qui va ramasser sur le sol, la coiffe goyesque de son jeune compagnon de cartel triomphant également. Il est chevalier des arts et des lettres en Espagne et il est surtout chevalier dans l’âme des arènes.

Juan Bautista, vêtu d’un habit signé de la très célèbre sastrería Fermín, couleur verte  comme les tiges des tournesols, du vert de la renaissance, de la vitalité et de l’espérance, dessine des faenas vibrantes, d’une rondeur à l’unisson de sa générosité torera. L’apothéose de cette après-midi culmine avec le dernier toro « Ingenioso » de Vegahermosa. ( Ingenioso = ingénieux, intelligent, spirituel)

Le Maestro Juan Bautista ne pouvait toréer toro au nom plus prédestiné, car cette goyesque réunit tout cela. Il l’a réalisée avec talent, émotion, élégance et il dédie la dernière faena au ciel, pensée pour le père…

Le public le réclame aux banderilles… Et il s’habille d’Argent pour partager avec ses banderilleros, un dernier planter « al violin » magnifique de pétulance. « Ingenioso » l’attend. Et avec lui, il exécute ce dernier pas de danse merveilleux, dont l’émotion atteint une intensité profonde grâce à la douceur mystique de l’Ave Maria qui fait frissonner les corps et les coeurs. A cet instant, la Terre et le Ciel communient en un point où l’Or est infini. Quelle alchimie ! Et « Ingenioso » est gracié. Sur les gradins, des larmes de joie, d’émotion sillonnent les visages…Le Colisée résonne des musiques des mains, des instruments de Chicuelo II, des voix des chœurs Escandihado et de la soprano Muriel Tomao. Et puis, puis… un filet de voix lumineux s’élève chantant l’ « Hymne à  l’amour ». Son épouse célèbre l’amour qu’elle lui porte. La despedida  de Juan Bautista est un bouquet de fleurs de vie, de réussite et d’amour !
Enhorabuena Maestro !

Et cet  Hymne qui parle à tous les cœurs réunis, ce samedi, n’est-il pas aussi symboliquement cet amour pour une tradition ancestrale dont nous souhaitons arroser les racines de nos émotions, pour cette terre qui nourrit les Tournesols et dans laquelle l’Argent et l’Or de la corrida trouvent leur berceau ?

Les Maestros Enrique Ponce et Juan Bautista, avec leurs toros respectifs, qui avec pieds, qui avec sabots, ont tracé sur cette terre d’Histoire, des faenas magnifiques, inspirées, enchanteresses, enveloppées de chants, de musiques à faire pleurer les pierres, communiant ainsi avec la gloire émanant des Tournesols. Et la Grande Porte a couronné leur sortie des arènes !

Une conjonction d’artistes passés et présents comme une conjonction d’étoiles !

« Une œuvre est une œuvre d’Art si elle engendre d’autres œuvres d’Art » disait Michel Tournier…

 Alors, cet après-midi-là est une œuvre d’Art…

 Picaflor  -  10 septembre 2019

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Anne | Réponse 01.07.2017 21.08

Merci de rappeler qu'un taureau est un taureau et que tous ont deux cornes qui peuvent apporter la mort.

AGORILA | Réponse 30.04.2014 18.01

Bonjour,
AGORILA est une maison d'éditions musicales, production et distribution de disques. Leader des musiques de fêtes dans le Sud-Ouest, elle produit

Anne BERMONT | Réponse 18.09.2013 12.03

Morante nous a donné beaucoup de plaisir cet après - midi là!

SERGE CALMEL | Réponse 29.08.2013 16.32

olé !!! les toros du premier jour n étaient pas des Garcigrande Mais des Daniel RUIZ !!! Abrazo SC

chicuelina 31.08.2013 20.06

Bonne réponse au quizz"cherchez l'erreur! La confusion entre les 2 élevages s'explique par l'affection des figuras. Origine identique Domecq.Comportement itou.

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Commentaires

27.03 | 08:49

Thanks

...
28.08 | 17:56

bonjour
ou trouve ton les autres noms de toreros il y a les A et les B mais ou trouver les autres merci

...
01.01 | 11:51

Très belle image pour le changement d'année. Que 2019 nous régale de belles faenas et de bons toros.

...
26.09 | 09:44

Merci de votre apport.

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