LA BRAVOURE DU TAUREAU

La bravoure originelle
Les adversaires de la corrida fondent leur argumentation sur une prétendue  non agressivité naturelle du toro, tandis que ses défenseurs voient dans l’existence de cette agressivité la source même du combat. L’évidence s’impose, si le taureau charolais et le toro Miura sont tous les deux issus de l’aurochs préhistorique, la similitude s’arrête là; le bœuf charolais n’a d’autre souci que d’assurer sa subsistance, il paît paisiblement, tandis que le toro sauvage (Bravo) préfère dés sa naissance à cette préoccupation domestique les plaisirs du combat. Constater l’existence de cette agressivité naturelle qui différencie le toro des autre bovidés, c’est rappeler que conformément aux théories de Darwin, c’est la rusticité de la vie sauvage que lui offre l’éleveur qui a porté l’agressivité du toro à son paroxysme.
Dés sa naissance le taurillon sauvage est intégré au troupeau ou la rudesse des mœurs de ses congénères le font victime de bousculades qu’il perçoit comme autant d’agressions. Très vite il comprend qu’en répondant aux attaques et aux provocations de ses congénères, il peut éviter leur intrusion dans son espace vital. Le combat pour la défense de son espace vital devient la condition de son bien être  [NB : d’ou l’obligation pour le torero et pour l’aficionado de connaître l’importance des terrains].
Le toro de course est un fauve. Nul ne s’est avisé de traire une vache de race brava, ni de la conduire dans une étable. A l’égal du mâle elle  en se laisse pas approcher et charge en réponse à la moindre provocation Les veaux avant même de tenir sur ses pattes, donnent des coups de tête. A trois semaines si on parvient à les séparer de leur mère, il suffit d’avancer la jambe pour qu’ils frappent du frontal et  ils ne cessent que lorsque l’on s’éloigne. Enfin les toros adultes s’affrontent dans de violents combats, parfois mortels.
 
La bravoure aujourd’hui
De l’aurochs préhistorique au toro actuel on passe de la bravoure brute  à la bravoure actuelle qui correspond au passage d’une agressivité sauvage, sporadique et désordonnée  à une agressivité coordonnée par l’attention permanente du toro et sa réponse directe et immédiate à toute provocation et par la franchise de ses attaques. Sur cette franchise appelée aussi noblesse qu’est basée toute la corrida contemporaine.
(NB: A l’origine le mot noble caractérise l’aristocratie du courage, quintessence de la bravoure au XII° siècle)
La recherche d’un type nouveau de toro, présentant le maximum de qualités propres à animer une corrida est le fait depuis le 18° siècle de la sélection faite par les éleveurs, date de la transition de l’agressivité vers la bravoure; au lieu de se déplacer en donnant des coups de corne de façon désordonnée, le toro charge à la recherche insatiable du leurre qui lui est présenté.

La noblesse et la manifestation la plus importante de la bravoure, mais elle n’est qu’une des qualités de la bravoure et elle est synonyme de fixité et de promptitude. Un toro tardo peut être noble, mais finalement il finit généralement par douter.
A coté des bêtes de casta subsistent des animaux qui ont gardé l’Acometida (instinct de charge) mais qui se sont peu a peu domestiquées car leur reproduction a cessé de faire l’objet de soins particuliers : ce sont les Moruchos
Les efforts  des éleveurs tendent par la combinaison des choix des vaches et des sementales de conserver la bravoure du bétail en leur retirant de la nervosité afin de les rendre plus suaves.  
 
Comment reconnaître la bravoure ?
La bravoure  dans l’arène : par là on entend le fait que l’animal charge à toute provocation que celle-ci naisse d’un empiétement sur son terrain ou du simple appel de l’homme dans tout autre terrain.
Dés sa sortie dans le ruedo  la bête brave poursuit l’homme, arrive jusqu’aux planches et met la corne dans le bois. Dans son départ la charge doit être spontanée (toro alegre) ou retardée (toro tardo).
Dans son rythme la charge peut être brusque (toro bronco) ou progressive (toro de buena embestida).
Dans sa mesure elle peut être longue (toro de arrancada larga) et permettre beaucoup de jeu, ou courte (toro de arrancada corta).
Sur son parcours le toro peut tenir la tête haute ou la baisser (Huillar), ne pas donner de coup de corne (Toro noble). Sur le final la charge du toro peut passer droit (toro de embastida recta) ou bien coller à l’homme ou biaiser (cortar el tereno) ou chercher le toro sous le leurre (toro avisado ou de sentido)
Après la charge la bête peut s’échapper (toro movido) ou revenir seul ce qui est un signe de parfaite combativité.
La bravoure, c’est ce qui grandit le toro sous le châtiment. Sous le châtiment de la pique mais surtout sous le châtiment de la muleta, qui est plus offensif. La fixité la promptitude et l’étendue de la charge en sont les vertus cardinales
Pour que la bravoure s’exprime dans toute son amplitude elle doit avoir le support de la force. En s’employant totalement dans le combat le toro brûle ses forces et c’est le devoir du torero de les économiser dans la lidia actuelle, comme il doit aussi le soumettre par le bas, car c’est ainsi qu’on domine les toros braves. Ce n’est pas le cas du manso qui économise ses déplacements et remplace sa charge par des coups de tête, freine, garde la tête haute et coupe le terrain.
 
Comment  vérifier la bravoure : la Pique
C’est le mal nécessaire, son premier objectif est de faire la preuve de la bravoure du toro. Certains qui sortent tout flambant du toril la prennent mal ou pas du tout, d’autres ne donnent la pleine mesure de leur combativité que dans leurs rencontres successives avec le picador. La suerte de piques exerce un contrôle public sur la valeur des produits des élevages et constitue une vérification constante de la validité et de l’efficacité des croisements. Un châtiment achève de révéler la vrai nature du toro : brave ou non, le fond de leur instinct; aussi une pique de plus ou de moins peut compromettre la Faena ou la sauver.
Le toro brave s’apprécie surtout à sa façon de prendre la pique; Il part droit, s’élance à fond et pousse avec force pour jeter le cavalier à terre et ne s’écarte du cheval que si on le détourne dans un quite. Par ailleurs, la résolution du toro doit aller croissant à chaque rencontre.
 
Le rôle de la tienta :
Si le goût du combat et la bravoure existent chez le toro l’éleveur pour assurer et augmenter la qualité de ses produis recherche à l’intérieur de son élevage les sujets chez lesquels ce goût est le plus développé. Pour cela par le biais de la tienta, véritable corrida en réduction, il va sélectionner avec soins les parents du futur combattant en espérant qu’ils transmettront leurs propres qualités.
 
CONCLUSION
La bravoure c’est l’instinct de défense, une des caractéristique, c’est de croître sous le châtiment, au lieu de fuir.
Le toro vraiment brave, au dire de l’auteur Espagnol Del Moral, n’attaque jamais en traître il affronte tête haute, regard fixe, les oreilles en avant, la queue en fouet, reculant un tout petit peu, avançant de quelques pas lents avant de charger rapidement, droit sans donner de coup de tète, le regard fixé sur son adversaire. D’après le même auteur le toro de combat allie dans le monde animal puissance, arrogance, harmonie, beauté et agressivité.
Mais quid de la bravoure et du trapio (ensemble harmonieux des qualités physiques cf. A Viard). Ces deux qualités complémentaires sont elles aussi intimement liées qu’un toro Bravo serait aussi un Beau toro ?

 2010 - EL FAROL  (la luz del pasado)

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Commentaires

26.09 | 09:44

Merci de votre apport.

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25.09 | 13:59

N'oubliez pas mon compatriote Nikko Norte, "El Holandès" novillero sans picadors jusqu'en 2005, qui va publier ses mémoires le mois prochain (octobre 2018)!

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18.09 | 12:07

Une dernière précision : après le tirage des lots, chaque matador (ou son représentant) choisit l'ordre de sortie de ses toros

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10.12 | 21:17

Bravo à Maurice Daussant ainsi qu'à toute son équipe de bénévoles pour son film sur Gabin Réhabi. Très beau film.

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