MIURA….TRAGEDIE ET LEGENDE

MIURA….TRAGEDIE ET LEGENDE

 «Echate, mozo, que te mira el toro» (Sauve toi mon gars, le toro te regarde)

Les Miura sont faits avec les Miura.
En 1842, Juan Miura achète les toros de Jerónima Núñez de Pradod’origine CABRERA et de Antonio GIL HERRERA d’origine GALLARDO.
En 1849 achète les toros de Jose Luis ALVAREDA toujours d’origine GALLARDO.
En 1854 il introduit du sang VISTAHERMOSA par le canal de ARIAS SAAVEDRA.
En 1880 un nouvel apport de sang navarrais VASQUEÑA grâce à l’introduction d’un semental de Perez LABORDA
En 1920 y a-t-il eût un apport du Conde de la Corte …?

Pourquoi le fer est placé en bas ou en haut ?  Ce serait consécutif … :
- Soit au sang Vistahermosa.
- Soit à l’apport de sang navarrais.
La señal (marque aux oreilles) lui aussi et soit en haut comme le fer, soit en bas.
Le mystère persiste !…
A noter que chez Miura, pas de numéro 13 !

Les Miura « Toros de la Muerte »
Ils ont peut être tué plus que les autres, mais faisons deux observations :
1 : En 24 ans Don Eduardo a vendu 4152 toros soit 173 par saison il n’y avait pas une seule plaza qui n’avait pas sa « miurada » ce qui peut expliquer la multiplication des accidents.
2 : Tous les drames sont, sans aucune exception, une conséquence de l’imprudence, de l’inattention ou de l’incompétence professionnelle.

Les Miura « Toros qui ressuscitent les toreros »
1 : Toutes les arènes sont pleines avec au cartel des vedettes.
2 : Ils permettent de redorer un blason après une absence plus ou moins longue : exemple Manzanares père.
3 : Ils ont permis de grands triomphes : Viti, Ostos,Limeño,Galan,Cortes Ruiz Miguel Victor Mendes et nos Français : Nimeño, Milian, Meca, Loré,

Les MIURA sont ce qu’ils sont, mais il va de soi que seuls peuvent les affronter avec des chances de succès, les vrais toreros.

 QUELQUES MIURA NOTABLES

1865 : CARRETERO : La veille de la corrida un toro s’échappe du corral mais on le récupère sans dommage. Ce toro fût très brave, reçu 14 piques provoqua 9 chutes et tua 5 chevaux.
1865 : JAQUETA : ce toro prit 36 piques, tua 8 chevaux dans l’arènes et 2 dans les corrales.
1880 : CORCITO : prend 15 piques, tue 6 chevaux saute et surprend un marchand d’oranges.
1887 : GORRETE : Blesse gravement deux picadors : « Badilla » et « Agujetas ». Il fait voltiger deux banderilleros ; « Molina » et « Torerito ». Fait faire deux pirouettes à « El Espartero », une à « Mazzantini » et une à « Lagartijo »
1900 : AGUILILLO : Corrida prévue à Marseille : les toros sont transportés par bateau. « Aguilillo » brise sa cage, sème la panique à bord; il est tué d’un coup de fusil.
1907 : CARITA DE ROSA : Expédie les trois matadors à l’infirmerie.
1945 : TRAPAJOSO :
la hampe de la pique s’est brisée et restée plantée durant toute la lidia sans gêner le toro.
1961 : NAVARRITO :
Grand toro qui a permis à Jaime OSTOS un grand triomphe (2 oreilles et la queue). Joli geste : il dépose l’oreille sur la dépouille du toro qui fait un tour de piste.
1965 :JARENO : 
Grand triomphe de Santiago Martin « El Viti » à Madrid.
1969 : ESPARRAGUERO :
Triomphe de « Limeño » qui sort par la Porte du prince à Séville.
Et bien d’autres grandes Miuradas, notamment en
1983 : BEZIERS 
: Nimeño- Victor Mendes- Richard Milian. Tous les trois vêtus d’un costume rouge et or, bousculés par des toros d’anthologie.

El Mayoral
D’aprés le livre de Jean Pierre Darracq “Tio Pepe” MIURA

En addition de cette courte présentation des légendaires Miura, les circonstances de la mort tragique de quelques toreros sont évoquées périodiquement... Après CURRO GUILLEN (1820) et "PEPETE" (1862), "EL ESPARTERO" (1894) et de DOMINGUIN (1900), c'est au tour de FAUSTINO  POSADA et MANOLETE.

MORT DE CURRO GUILLEN
«  Celui qui a vu Curro Guillen tuer des toros peut bien dire qu’il a vu ce qu’au monde il y avait à voir ». Nous nous en tiendrons à la version la plus communément admise, réserves faites concernant ce fameux « Manfredi » (Ce torero a-t-il existé ? A-t-il lancé ce défi stupide ? Etait-il à Ronda ce jour là ? Guillen a-t-il entendu ? Questions qui ne pourront jamais recevoir de réponses satisfaisantes).
Ronda - 20 Mai 1820
Dés son entrée en piste, Curro Guillen est accueilli par une bordée de sifflets et d’imprécations. On lui reproche non seulement d’être sévillan (rivalité entre Ronda patrie des Romero et Séville celle du défunt Pepe Hillo) mais aussi barrer la route à deux toreros de la ville : Panchon et Tragabuches.
Le toro est ni roux, ni châtain, laid, chétif, manso, fuyard.
Pas ou peu de faena et Curro cadre le toro pour le tuer.
C’est à ce moment que Manfredi lui lance : Señor Curro, voyons si vous allez recevoir ce toro.
Guillen tourne la tête vers Manfredi, et plein de dépit et de colère, il cite « a recibir »
Le toro fait deux pas, s’arrête, repart comme une fusée en coupant le terrain. A l’instant même ou le matador place un pinchazo contraire et très bas, le toro le saisit par la cuisse droite et l’accule contre la barrière.
Juan Léon son banderillero, résolu à se sacrifier pour sauver son chef, s’accroche à l’autre corne dans l’espoir de faire lâcher prise au toro. Peine perdue. Le toro repart vers le centre avec sur chaque corne un homme suspendu. Brusquement les deux hommes sont lancés en l’air par le toro et tombent inertes l’un à coté de l’autre. Guillen se relève le premier, arrive jusqu’aux planches et tombe mort. Deux minutes s’étaient écoulées depuis la cogida : Juan Léon n’a que des contusions. Curro Guillen est mort victime, soit de son imprudence, soit de son sens de l’honneur.
Oui il a été imprudent de vouloir estoquer « a recibir » un animal couard et méfiant
Mais si nous penchons pour la deuxième hypothèse, on peut faire un rapprochement avec la mort de Manolete victime lui aussi d’un excès de vergüenza torera »
L’atmosphère hostile à son égard dans cette place de Ronda a en quelque sorte obligé Guillen à prendre un risque démesuré.
Ainsi mourut un torero célèbre par sa fière allure, son faste et ses amours tapageuses.
Et Tio Pepe dit : Peu importe que Manfredi ait existé ou non, il représente à mes yeux le symbole de ces imbéciles qui portent la responsabilité d’accidents ou d’incidents provoqués par leur attitude stupide et odieuse.

El Mayoral

MORT DE « PEPETE »
Notre héros malheureux était un solide gaillard, un athlète dont la force musculaire trouvait à s’exercer dans de fréquents pugilats, mais doté d’une cervelle d’oiseau.
Pour lui, le toro était un provocateur; la bravoure de l’animal, une insulte ou un défi, et par conséquent la lidia une bagarre, au besoin à coups de poings.
En un sens, « Pepete » incarne assez bien l’antitorero : un pauvre type qui n’a jamais rien compris aux lois les plus élémentaires de la lidia et du toreo et, de ce fait, une proie toute désignée pour la corne du toro.
Madrid - 20 Avril 1862
Pepete torée avec Cayetano Sanz. Le rustre côtoyant l’élégance.
Le toro s’appelait « Jocinero » (on peut voir sa tête naturalisée au musée taurin de la plaza de Madrid)
Ce toro d’Antonio Miura est berendo en negro, alunarado, botinero, capirote.
Né en janvier 1857, on avait décelé en lui des qualités de bravoure et de noblesse. Aussi avant de l’envoyer à Madrid, on lui fit couvrir quelques vaches.
La légende raconte qu’au moment de son habillement, Pepete s’était disputé avec son valet d’épée au sujet du costume.
Il avait choisi un costume vert et or contre l’avis de son garçon de confiance, qui lui conseillait, parce que le temps était menaçant, de porter le costume bleu et noir en soie qui risquait d’être moins abîmé par la pluie.
Il fit le paseillo en vert et or.
Comme le premier toro sortait pour Cayetano Sanz, Pepete le Cordouan s’aperçu qu’il avait oublié son scapulaire attaché au costume bleue et noir. Il se pencha vers son banderillero Juan Yust et lui dit à voix basse : « il va m’arriver malheur, j’ai oublié mon scapulaire ».
Jocinero entre dans  l’arène. Pepete lui donne quelques coups de cape à bout de bras, afin de le fixer, et en effet, le toro se plante devant le tendido 14.
Pepete saute dans le callejon et discute avec quelques spectateurs, alors que « Jocinero » se précipite sur le picador Antonio Calderón. Rencontre brutale. Le picador et le cheval sont renversés, le Miura s’acharne sur la monture  étendue sur le sable.
Aux cris de la foule, Pepete tourne la tête, voit le picador en danger, et saute dans le rond au moment précis où le toro se détournait du cheval.
Avant que le matador ait eu le temps de déployer la cape repliée sur son bras, le Miura se précipite à sa rencontre, en lui coupant le terrain.
Pepete esquisse une feinte, un quiebro, mais il est trop tard.
Le toro l’accroche par la hanche droite, le lance en l’air, il retombe sur les cornes. Le malheureux torero cherche à saisir une corne de ses mains puissantes, il n’en a pas le temps.
Le Miura lui enfonce la corne gauche dans le sein du même coté, glisse sur une côte et pénètre dans la poitrine atteignant le cœur. Pepete se relève péniblement, porte la main à son côté, vomit du sang.
On le conduit en vain à l’infirmerie, trois minutes plus tard, il était mort.
C’est l’inattention de Pepete qui fût la cause de sa mort. Le Cordouan a commis une faute professionnelle impardonnable en s’éloignant du lieu du combat et surtout en cessant d’observer le comportement du toro. Ne jamais perdre de vue le toro, c’est même la faute la plus grande que puisse commettre un torero.
Marcial Lalanda rappelait : « Voir Joselito regarder le toro était pour moi une leçon de première importance. A aucun moment, José ne perdait de vue la tête du toro, même lorsque c’était à d’autres de toréer. Surveiller le toro représentait pour lui une tension d’esprit de tous les instants, et cela, c’est le propre d’un être supérieur » (10 mars 1967 à Madrid)
Le drame a été foudroyant, mais il ne met en cause ni la bravoure ni la noblesse de Jocinero.

El Mayoral

LA MORT DE « EL ESPARTERO ».
« Frascuelo » allait prendre sa retraite, l’étoile de « Lagartijo » palissait, Mazzantini tenait bon par la vertu de ses grands coups d’épées et un torero commençait à briller d’un bel éclat Rafael Guerra « Guerrita ». La venue de « Espartero » fût une véritable bombe qui éclata et mit en révolution le monde taurin en créant un nouveau et important parti dans l’aficion déjà divisée.
Séville, sa ville natale en fait un idole, Manuel Garcia devient « Maoliyo » et les Sévillans pensent qu’il va mettre à la raison les deux Cordouans que sont « Lagartijo » vieillissant et « Guerrita » le fier. Sa renommée et surtout sa popularité vont envahir l’Espagne entière. Mais son courage et son entrain font oublier à ses admirateurs bien des lacunes sur le plan professionnel.
Madrid - 27 Mai 1894. A l’apogée de sa célébrité, El Espartero doit toréer les Miura avec Antonio Reverte et Antonio Fuentes, mais Reverte victime d’une blessure est remplacé par Carlos Borrego « Zocato »
Les Miura il connaît. Le 20 Avril précédent, il obtint un succès colossal dans sa ville de Séville devant ces toros. Sa faena à son second, entièrement de la main gauche, a porté au rouge l’enthousiasme de ses partisans.
Chose  bizarre, le 26 Mai la veille de sa corrida à Madrid, il torée à Cordoue en compagnie de Guerrita qui a beaucoup d’affection pour lui. La corrida terminée, les matadors accompagnés du ganadero Félix Urcola s’en vont dîner au restaurant de la gare en attendant le train pour Madrid.
Guerrita semble préoccupé et s’adresse à son ami : « Manolo, ne torée pas cette corrida demain, un toro pourrait te tuer »
Un moment d’hésitation, finalement Espartero prend le train.
Le lendemain sur le chemin de la plaza avec la cuadrilla dans une voiture tirée par deux chevaux, l’attelage tombe pile sur un enterrement. « Mala Mata !» s’écrit le banderillero Antolín. El Espartero n’est pas superstitieux, mais sa gaieté coutumière disparaît.
Le toro s’appelle « Perdigón » reçoit cinq piques portées par « Agujetas » et « Trigo ». Les deux premiers picadors roulent au sol, trois chevaux restent étendus, 3 paires de banderilles sont clouées. C’est à Espartero d’intervenir.
Vêtu de vert et or, il a devant lui un animal incertain, un peu décomposé par les piques et banderilles, dont la vision semble troublée. Il le fait passer devant lui une douzaine de fois par des naturelles et des passes hautes sur le côté droit. La bête est prête pour l’estocade. A l’instant de la rencontre, du bout de la corne, le Miura accroche le matador, le secoue et l’envoie à deux mètres : Emotion, mais rien de grave. El Espartero se relève, va vers le toro et donne sept passes de plus. Nouvelle estocade contraire (sur la gauche de la colonne vertébrale) preuve indiscutable de la sincérité du coup d’épée et de l’engagement physique du matador. Le toro l’attrape par la ceinture et l’envoie rouler à courte distance, l’homme se recroqueville et « Perdigón » l’encorne tout en le repoussant devant lui. Choses fréquentes sans conséquences le plus souvent. Hélas ! La corne pénètre dans l’épigastre (le ventre mou) et provoque de nombreux dégâts. Pourtant il se releva, mais ne pût tenir debout. Lorsqu’il entre à l’infirmerie, le corps est rigide et le visage décomposé. Espartero est mort.
Grand torero, Espartero ne le fût jamais. Mais sa vaillance à toute épreuve rachetait ses insuffisances techniques et c’est cette réputation de n’avoir peur de rien qui le rendit si populaire.
On peut relever trois erreurs : il n’a pas tenue compte du sentido du toro (1er essai), il a tué dans la querencia du toro et à proximité d’un cheval mort.
L’émotion provoquée par ce drame secoua l’Espagne entière et, un demi siècle durant, la voix populaire exhala son « lamento » au souvenir du héros malheureux.

El Mayoral

LA MORT DE DOMINGUIN
Ce madrilène est un torero vaillant. Ancien apprenti serrurier, Domingo del Campo y Alvarez « Dominguin » évoquait dit-on  « la puissance et l’autorité de Frascuelo »
Barcelone  - 7 Octobre 1900.  6 Miura pour Dominguin et Algabeño.
Le premier toro sort : il est noir, peu encorné pointes en avant et s’appelle « Desertor »
Trois picadors en piste : Moreno, Badila et Cabeza de Dios. Ce dernier donne la première pique, puis le toro se dirige vers le cheval monté par Moreno, alors que Dominguin se tient près de la croupe de ce cheval.
Le coup de pique fût vivement ressenti par le toro, qui s’échappa en sautant et ruant et précisément dans la direction de Dominguin.
En général lorsqu’un toro est manso et refuse la pique, il a tendance à s’éloigner en direction du grand espace libre : vers le centre du ruedo.
Dans ce cas, le toro a foncé sur Dominguin, vers les planches.
La rapidité de l’action ne permit pas à Dominguin d’esquisser la moindre parade en ouvrant la cape repliée sur ses mains. Ce fut une fuite brutale et aveugle, imprévue et imprévisible.
Le malheur voulu que Dominguin se trouva comme un obstacle sur le chemin du toro.
Attrapé de plein fouet, Domingo reçu une terrible cornada dans le « triangle de Scarpa » de dix sept centimètres de profondeur avec rupture complète de la saphène. (José Falcon fut tué le 11 Août 1974 à Barcelone de la même blessure)
A cette époque les transfusions de sang n’étaient pas une pratique courante.
Algabeño, après avoir éloigné l’animal, exigea une réunion de médecins pour sauver le torero.
Tous furent unanimes Dominguin était perdu. Il mourut à dix heures du soir au terme d’horribles souffrances, appelant en vain ses parents et ses frères.
Avant de rendre le dernier soupir, il demanda à Badila son picador de l’embrasser, ce qu’il fit pieusement en étouffant ses sanglots.
Algabeño fit embaumer le corps et assuma personnellement les frais de transport du corps de Barcelone à Madrid ainsi que ceux des obsèques dans la capitale.
Malheureusement, cette mort est due au hasard et à la malchance.
Dominguin s’était-il placé un peu trop près du cheval, afin d’être en mesure de détourner le toro sitôt le coup de pique.
On ne peut pas accuser le torero d’avoir commis une faute technique, car si le toro avait reçu normalement cette pique, comme on pouvait le prévoir, Dominguin serait intervenu en connaissance de cause.
Le drame a surgi par le fait que le toro sans marquer de temps d’arrêt, s’est enfui aussitôt, percutant l’infortuné torero.
Nous le savons, dans toute corrida, il y a toujours une place pour l’imprévu…. 

El Mayoral

LA MORT DE FAUSTINO POSADA
L'aficion a été probablement privée du plaisir d'apprécier un grand torero: Faustino Posada.
Né et élevé au milieu des toros (son père était gardien des corrales de Tablada), ce  sévillan, torero fin et artiste était promis à un bel avenir, mais....
SanLucar de Barrameda - Août 1907.
L'imagination populaire ne connaît pas de bornes. On raconte que ce jour là, pendant qu'il s'habillait pour aller à la corrida, Faustino demanda à sa plus jeune sœur de lui tenir un miroir bien en face afin qu'il puisse nouer sa cravate sans la friper. Ceci fait, Faustino demande à sa jeune sœur « Embrasse-moi, veux-tu ». Joyeuse, l'enfant s'élance dans les bras du grand frère et le miroir vient le frapper au cou, puis, échappant des mains de la fillette, tombe et se brise en morceaux.
« Petite sœur tu viens de me tuer » s'écrie le torero affreusement pale en portant sa main sur sa gorge.
Les novillos de Miura (Faustino n'était pas encore matador) devaient être toréés par « Corchaito » et lui même. Cartel tragique à posteriori, puisque Fermin Muňoz « Corchaito » devait être tué à son tour le 9 Août 1914 à Carthagène par un toro de Felix Gomez.
 « Agujeto » le novillo de Faustino, berrendo en negro, n'avait rien d'un criminel. Il reçut quatre piques, puis Faustino le banderilla avec facilité et dessina une bonne faena de muleta.
Faustino avait un tic: Chaque fois qu'il se préparait à tuer, le toro étant cadré, il secouait la tête assez vivement en direction du public, geste qui pouvait être interprété soit comme un brindis, soit tout simplement comme signifiant « Regardez comme je tue loyalement »
Face à Agujeto, il n'y manqua point. Prêt à s'élancer, le Miura vit le mouvement de la tête, et fonça.
La distance était trop courte pour que Posada pût assurer la parade. Surpris, bousculé, il reçu un terrible coup de corne dans la gorge, qui traversa la trachée artère.
A minuit, l'infortuné rendit son dernier soupir. La corne du Miura avait pénétré dans la gorge à l'endroit précis où le miroir l'avait heurté.
Cet accident n'appelle guère de commentaires, comme celui de « Dominguin »…
Les deux toreros étaient immobiles, mais très près du toro (l'un près du cheval) et l'autre à courte distance des cornes de l'animal, afin de fignoler son coup d'épée. Les deux n'ont jamais eu le temps de réagir.
Il est raisonnable et nécessaire que le torero en action ou sur le point d'intervenir dans la lidia, jauge d'un coup d'oeil la portion de terrain qui doit assurer sa sécurité relative. Cela se traduit par des gestes variés: approche circonspecte, coup d'oeil au banderillero où geste de la main pour qu'un compagnon place le toro dans un terrain plus approprié.
C'est un devoir pour un torero de calculer instantanément sa marge de sécurité: c'est ce qu'on appelle « La Vista »

El Mayoral

 LA MORT DE MANOLETE
Depuis sept ans, l'empereur de la Toreria était fatigué. Interrogé le 10 Août 1947 par Vizcaino Casas, futur directeur de la revue "El Ruedo", Manuel Rodriguez "Manolete" confie: « Il faut que je me retire. Des gens me le crient, comme à Guerrita à la fin du siècle dernier. Les publics ont besoin de nouveauté, et moi, on m'a trop vu.
- On dit que vous êtes fatigué?
- C'est vrai, je suis fatigué, terriblement fatigué. J'en arrive à compter les jours qui me séparent de la fin de la temporada. Ensuite, je remplirai mes contrats en Amérique, et ce sera terminé. »
Juan Léon lui prête cette réflexion: « qu'il me tarde qu'octobre arrive ».
Son état de santé lui causait du souci. Cet homme souffrait physiquement, mais une autre souffrance plus morale le contrarié: l'attitude arrogante du jeune matador Luis Miguel Dominguin. Celui qui allait se proclamer orgueilleusement le "Numéro un" et n'entendait laisser à personne le rang suprême auquel il prétendait, pas plus à Manolete, qu'a Pepe Luis Vasquez ou quiconque d'autres.
Linares - 28 Août 1947.  Six miura pour Manolete, Dominguin et Gitanillo de Triana.
Le drame surgit au cinquième toro. Le toro montra dès son entrée qu'il était manso. Il s'appelle « Islero ». Après les piques et les banderilles, le toro prend querencia aux planches. Manolete a compris le mauvais comportement de l'animal, et demanda à ses péons de l'écarter vers le centre; hélas, le toro revenait toujours vers la barrière. Le public commençait à s'impatienter, alors Manolete avec un amour propre démesuré, se dirigea vers le toro.
La faena commence, passes par le bas puis à droite et puis cinq manoletinas suivies de deux passes aidées par le haut au terme desquelles Manolete prit dans sa main la corne du toro, la caressant jusqu' à l'oreille. Tout au long de cette faena, travail de vrai torero, il réussit à amener le Miura au centre, mais celui-ci revenait dans sa querencia.
Alors que le toro était acculé contre les planches Manolete entra pour tuer un peu de biais, de la barrière vers le centre, décomposant les temps du volapié et à l'instant même de la rencontre, le toro fit un bond en avant et lui planta la corne droite. Le toro chargea le torero sur le berceau des cornes, sur lequel le blessé se plia, puis il se laissa tomber.
« Islero » était un manso, mais Manolete en avait déjà toréé des dizaines. Alors pourquoi la cornada ? De l'avis unanime, Manolete s'est placé dans une position périlleuse pour porter au toro le coup d'épée. Au moment précis où immobile et bien droit face à la pointe des cornes, Manuel monte l'épée à la hauteur de son visage, le toro dresse soudain la tête d'un mouvement vif. La prudence commandait au matador de rompre sur le champ et de conduire le toro vers un autre terrain. Malgré les cris de son valet d'épée qui lui crie par deux fois « Ote-le de là, ne le tue pas dans ce terrain » il n'en a cure, il n'en tient pas compte. Il se replace devant le toro, refait les mêmes gestes. Un de ses amis lui crie « Vite! En allongeant le bras ». Au contraire, Manolete s'élance posément, bien de face, offrant un avantage à l'ennemi et enfonce lentement l'épée presque entière dans le garrot, tandis qu'en même temps, Islero lui enfonce la corne dans l'aine. Tous deux mourront de cet affrontement.
Une photographie parue dans le journal ABC du surlendemain permet de voir une faute de la part du torero: la position de sa main gauche à hauteur de l'ombilic, et le pan de la muleta passé par derrière la corne gauche du toro, sur le cou, démontrant ainsi que non seulement le torero n'a pas su indiquer une sortie normale au toro à l'aide de sa muleta (se croiser), mais qu'au contraire l'amplitude insuffisante du mouvement du bras gauche a provoqué l'effet inverse: attirer la corne sur soi, au lieu de la dévier vers la gauche.
Mais que peut-on expliquer?
Christian Dedet écrit dans son livre "La fuite en Espagne" : « Si Manuel Rodriguez y Sanchez dit Manolete avait eu moins de conscience professionnelle, il ne se serait pas engagé aussi court et droit pour estoquer Islero.....» Et Islero avait les cornes mutilées.
Prisonnier un peu mystique de sa propre légende, sous le regard de son jeune rival, Manolete a voulu tuer pour l'honneur selon le code de l'honneur.
Mort pour l'honneur comme Curro Guillen.
On sait qu'il n'aurait pas du mourir de cette cornada, mais ce jour là il y avait "Islero"
Le 29 Août 1947 à cinq heures et sept minutes du matin, dans la chambre 18 de l'hôpital des Marquis de Linares, Manolete rendit son dernier soupir. Il avait 30 ans.

On eut dit aussi qu'il est mort à cause de Luis Miguel Dominguin. Interrogé à ce sujet ce dernier répond:
 « Ce qui est arrivé, c'est très simple: il y avait deux hommes pour une seule place. L'un des deux était de trop. Il voulait demeurer et moi monter. La lutte a éclaté. Il fallait que l'un des deux cède sa place. J'avais la certitude que Manolete vivant, jamais il ne supporterait de me voir au pinacle. C'est pour cela qu'il est mort ce 27 Août 1947. On a dit que j'étais responsable de sa mort. Dans un certain sens c'est possible. Après ma faena à mon premier toro, la plaza entière était debout. Manolete n'avait d'autre alternative que de se dépasser lui-même ou de me céder le pas....et la tragédie est survenue.»
Cette déclaration fut dite en Septembre 1967 soit vingt ans après le drame.
Luis Miguel Dominguin n'a jamais éludé sa part de responsabilité dans le drame de Linares.

Agustin de Foxa écrit ce poème à Manolete:
         Yo saludo al torero más valiente del ruedo
         Saludo el abanico dificil de tu izquierda
         Que hace al toro satélite, luna de tu oro antiguo
         con órbita de estrellas
Je salue le torero le plus vaillant de l'arène,
je salue l'éventail difficile de ta main gauche
qui fait du toro un satellite, lune de vieil or
dans une orbite d'étoiles.

El Mayoral

Écrire un nouveau commentaire: (Cliquez ici)

123siteweb.fr
Caractères restants : 160
OK Envoi...

Robert C | Réponse 29.11.2012 10.04

Par delà la gravité du thème, cette série est des plus intéressante.à suivre ,hélas, j’espère.

Voir tous les commentaires

Commentaires

26.09 | 09:44

Merci de votre apport.

...
25.09 | 13:59

N'oubliez pas mon compatriote Nikko Norte, "El Holandès" novillero sans picadors jusqu'en 2005, qui va publier ses mémoires le mois prochain (octobre 2018)!

...
18.09 | 12:07

Une dernière précision : après le tirage des lots, chaque matador (ou son représentant) choisit l'ordre de sortie de ses toros

...
10.12 | 21:17

Bravo à Maurice Daussant ainsi qu'à toute son équipe de bénévoles pour son film sur Gabin Réhabi. Très beau film.

...
Vous aimez cette page