HISTOIRE

Loin d'avoir une ambition exhaustive, cette rubrique rassemble divers articles à portée historique sous la responsabilité de leurs auteurs.

José Villegas Cordero (1844–1921) Muerte del Maestro

MOVIDA

Véronique de PACO OJEDA

La Movida apparaît en Espagne à la mort du « Caudillo ». Un vent de liberté souffle sur tous les domaines. C’est la remise en cause des valeurs traditionnelles et la libération des mœurs brimées par le franquisme. La Movida signifie bouger mais l’autre signification est empruntée à l’argot de la drogue. « Hacer una movida » c’est quitter le centre de Madrid pour aller en banlieue s’approvisionner  et revenir en ville pour vendre, consommer les produits illicites. Le mouvement a gagné les grandes villes : Barcelone, Bilbao, Vigo, Valence et Séville. Libération dans tous les domaines artistiques : musique, cinéma, design, graphisme…Vont surgir de cette mouvance des personnages hors norme , le plus célèbre est Pedro Almodovar qui y puise le terreau de ses films déjantés avec ses actrices fétiches Victoria Abril, Penelope Cruz, Rossi de Palma et d’autres.

On peut comparer ce réveil espagnol à notre mai 68 mais avec les excès de l’âme ibérique. N’oublions pas qu’en France nous ne sommes pas sous la coupe d’un dictateur comme le général Franco en Espagne. Le vent de liberté « tras los montes » n’en est que plus violent.

Tous les arts vont s’épanouir dans cette mouvance y compris l’art taurin.

Alfonso Santiago, journaliste pour le magasine 6 toros 6 et aussi auteur de biographies comme celle de Miguel Angel Perera, Diego Urdiales ou encore Enrique Ponce, est l’auteur de l’ouvrage « Memoria de los ochentas » (un apasionante decada de torero) qui montre l’impact de la movida sur les tendidos.

La nouvelle génération d’aficionados commence à trouver que la Fiesta est un art éternel et non le leg d’un passé obscur rescent. Ce n’est plus un art qui sent le rance, démodé auquel le public avait tourné le dos. Ce qui était classique devient avangardiste. La « movida taurine » c’est la passion qui gagne ceux qui sont séduits par le toreo y trouvant une facette de couleurs existantes dans l’affrontement de l’homme avec le toro.

Les années 80 vont laisser une forte empreinte dans le toreo. De cette période va émerger une explosion de figuras, une palette de couleurs variées dans la façon de toréer.

Ce qui fascina  au début, c’est la présence renouvelée des plus de 50 ans : Antoñete, Manolo Vasquez, Curro Romero, Rafael de Paula qui confirmèrent, peut-être pour seulement quelques poignées de « tardes » une inspiration géniale et l’empreinte de leur art.

Au même instant les petits nouveaux qui prirent l’alternative furent immédiatement classés dans les futures révélations. Leur tauromachie approfondit le meilleur d’eux-mêmes durant cette décade. Je veux parler de Manzanares, Niño de la Capea, Roberto Dominguez, Ortega Cano, Julio Robles. La scène qui assista à leur explosion fut Las Ventas pendant la San Isidro autant que pour la Feria d’Automne.

L’empresa Manolo Chopera sut donner l’importance nécessaire à ces années 80.

La présence de Paco Ojeda et d’Espartaco fut importantissime. Certains se souviendront peut-être du jour où le sanluqueño confirma à Madrid avec un encierro de Cortijoliva en juillet 82 et termina sa temporada à Séville en octobre devant 6 toros de Manolo Gonzales. Ce fut la saison la plus courte de sa carrière mais la plus importante.

Nonobstant le fait qu’Ojeda soit présent ou absent de la scène entraîna un voile brumeux dans sa competencia avec Espartaco qui devint le leader dans cette période par le nombre de corridas à chaque saison.

Malheureusement le destin nous priva d’un torero des plus prometteurs par son toreo qui aurait sûrement marqué la décade, il s’agit de Jose Cubero Yiyo qui avait de grandes dispositions. Un autre dont nous priva la faucheuse : Francisco Rivera Paquirri. Encensé par les uns dénigré par d’autres, sa carrière était bien entamée alors que celle de Yiyo débutait à peine, pleine de promesses.

En France c’est Nimeño II qui se trouva en fauteuil roulant avant le drame final...

Des toreros des années 70 consolidèrent leurs acquis tels Ruiz Miguel et Damaso Gonzales immenses toreros. Joselito fut capable d’ouvrir les portes lors de cet après midi d’avril 1986, consacrés aux victimes du volcan colombien et il sortit de las Ventas en future figura.

Un jeune novillero pointait tel un prodige et augurait d’un talent certain, il venait de Chivas province de Valencia et se nommait Enrique Ponce. D’autres novilleros surgissaient aussi dans la promesse de l’aube : Jesulin, Finito de Cordoba ou Julio Aparicio.

 

Il y eut aussi Mike Litri et Rafael Camino qui donnèrent une impulsion aux festivals mineurs.

L’on voit aussi apparaître dans ces années 80 des toreros de « dynastie » comme Pepe Luis Vasquez, Manolo Gonzales, Fernando Lozano, Antonio Posada ou Chamaco.

Cette décade nous a vraiment offert de grands et nombreux évènements taurins et une brochette de grands toreros.

La dernière décade du XXème siècle ainsi que les 2 premières du XXIème nous ont donné aussi de grands maestros et certains affirment même que l’ont n’a jamais aussi bien toréé que maintenant.

D’autres déplorent la déchéance du bétail. Ce débat est redondant depuis des années (on trouve déjà ces propos de chroniqueurs taurins dans la presse des années 60). Les amoureux du toro-toro comme à Céret ou Vic Fezansac, pour ne citer que la France, réclament à corps et à cris des trapios d’aurochs et des cornes effrayantes d’autres privilégient le toro plus noble tout en se plaignant de sa faiblesse. Mais l’encaste Domecq est majoritaire par l’exigence de beaucoup de paramètres…Notre souhait à tous les aficinados est un toro idéal, noble sans fadeur et brave avec du piquant. Dites ça aux éleveurs, ils vous affirmeront qu’ils souhaitent la même chose mais difficile à obtenir car on ne sait jamais ce qu’il y a dans la tête de cet animal magnifique !

N’oublions pas, en prenant exemple sur les mythiques Miura, ils n’ont pas eu toujours les mêmes caractéristiques et le poids actuel. Les Manolete, Dominguin, Camino qui les affrontèrent plus d’une fois, n’avaient pas devant eux des bêtes aussi impressionantes qu’aujourd’hui…Aujourd’hui, pour développer un toreo templé et artiste les figuras demandent un toro noble et il est souvent faible au grand dam des aficionados. L’évolution et l’exigence des amoureux de l’art taurin constatent, depuis quelques temps que les artistes acceptent des  défis et toréent des Victorinos ou des Miuras pour ne citer que ces élevages. Le dernier à le faire bientôt sera Morante  à Séville devant les Miuras, malheureusement le virus a remis cela à plus tard. Le Genio de La Puebla s’inspire, par ce geste, de son idole Joselito Gallito qui vit beaucoup de Miuras dans sa courte carrière, fauché à 22 ans mais le bétail qu’il combattait n’était pas le même qu’aujourd’hui (ce n’est pas moi qui le dis mais d’éminents observateurs). Pour en revenir à Morante de La Puebla si décrié par certains car  il déçoit souvent maintenant, il a été formidable devant des Victorinos à Dax en 2013. Il les rencontra en 2018 et 2019… D’autres toreros artistes ont relevé également le défit (pensons à notre torero national Sébastien Castella à Arles aves des Adolfo Martin). Nous verrons la suite mais pour l’instant notre moral est bien malmené et dans l’expectative…

Vivement les jours meilleurs, nous les amoureux de la Fiesta Brava n’avons pas vocation à désespérer !

 

La Chicuelina  - 8 avril 2021

Merci à Alfonso Santiago qui a inspiré mes propos

El niño sabio de Camas

C’est ainsi que l’on surnommait Paco CAMINO, torero qui a marqué son époque. En décembre dernier 2020 le diestro fêtait ses 80 ans et ce ne fut pas ce qu’il était prévu car un virus imprévu et tenace mit un sacré coup d’arrêt à toute manifestation telles celles consacrées à Paco Camino qui s’est retiré en 1983. En 2004 on lui avait décerné la Médaille des Beaux Arts. En 1987 il retrouva le ruedo pour une unique fois à Nîmes pour donner l’alternative à son fils Rafi et Miguel Baez Litri en fit de même pour son fils Mike. Ce fut un évènement particulier où les deux pères s’illustrèrent et furent meilleurs que leur rejeton respectif.

A Séville un faubourg nommé Camas, abritait au numéro 13 de la rue du Général Franco une famille modeste de 5 enfants dont le père était banderillero. On ne mangeait pas toujours à sa faim aussi le jeune Paco était mitron, au moins il mangeait du pain. L’école ne le voyait pas beaucoup et pour cause. Il n’avait que 10 ans quand le père amenait son fils dans les élevages où il affrontait des vachettes avec courage mais maladresse.

Un jour le père trouva que le garçon « tenia algo » (il avait du potentiel) dès lors commença pour le gamin en culottes courtes un dur apprentissage qui lui permit de faire ses preuves… L’enfant torero intègre la cour des grands, gagne de l’argent et entretient sa famille. Tout ce dont rêvent beaucoup de jeunes à l’époque parce qu’ils avaient faim. Certes ça ne dure pas toujours et les échecs  vont succéder aux triomphes. A Madrid il recevra une grave blessure. Trop de pressions, beaucoup de corridas auront le dessus et les clameurs et les sifflets vont remplacer les vivats et les triomphes… Dur pour de frêles épaules qui ont connu la gloire.

La saison 1962 est un véritable « fracaso » !

Et puis un jour à Séville ce sont les retrouvailles avec la chance.

A l’époque certains puristes fustigeaient El Cordobes ou Palomo Linares qu’ils jugeaient de mauvais goût. Par contre Paco Camino, tout comme Jaime Ostos ou Diego Puerta avaient leur faveur. Il faut reconnaître que le torero séduisait par son toreo élégant, d’une technique sans faille, possédant le sens de la lidia et superbe matador qui tuait ses toros avec une précision parfaite. Ses « trincheras » passes dans le dos changées de la droite, faisaient se lever les gradins .

Le corona virus en mars 2020 priva Valencia de Fallas et du 60ème anniversaire de l’alternative de cette grande « figura » surnommé le Niño Sabio de Camas en mars 1960.

Sa vie tant professionnelle que privée connut des hauts et des bas. Son frère Joaquin qui était devenu son péon (après une brève tentative de novillero) fut mortellement blessé à Barcelone en 1975.

 Sa vie privée fut assez mouvementée grâce aux femmes qui l’ont partagée. Il épousa d’abord Norma Gaona fille de l’empresa de Mexico, qui lui donna un fils dont elle eut la garde après leur divorce. Sa seconde épouse, Maria Angeles n’eut pas plus de chance que la première, elle porta aussi les cornes qui normalement étaient l’apanage des adversaires de son mari et le mariage prit fin en 1989. La coupable était une jeunette de 17ans la cadette du maestro, Isabel Sanchez Flor. Mariage civil en 1994 qui dure encore (l’âge venant on reste dans le même pré). Il eut 3 fils avec Isabel.

Je ne peux résister à vous faire partager les réflexions d’un de ses biographes qui le comparant à Luis Miguel Dominguin, autre séducteur, affirmait que Paco n’était pas un homme frivole…Permettez moi d’en rire car imaginez qu’il le soit.

Trève de plaisanterie… Camino s’est exercé dans le 7ème art dans le film « Fray Torero » à part le fait d’être torero ce fut un rôle de composition car il incarnait un jeune novice qui renonce à l’amour pour devenir moine. C’est l’apothéose du film !

Sa grande Bagarre reste celle du 1er mai 1965 à Aranjuez. Paco est déconfi par la grande notoriété del Cordobes. Ils s’affrontent d’abord à la cape pour en venir carrément aux mains, se donnant des castagnes avant d’être séparés par les peons. Voilà donc quelques exemples de comportement de gamin du grand torero qui était décidément facétieux.

Reprenons notre sérieux en constatant que Béziers accueilli 5 fois Paco Camino dans les arènes du Plateau de Valras.

La première fois  en 1961 devant des « Conde de la Corte » avec Victoriano Valencia, Diego Puerta et l’enfant de Camas 8000 spectateurs participaient à la corrida.

J’ai le souvenir fugace car j’étais jeune mais déjà le gusanillo était présent, d’un jeune torero assez fluet qui m’avait impressionné par son courage et sa « planta torera », se faisant bousculer par l’animal, avait roulé habilement sur le sable pour échapper à la corne meurtrière qui le cherchait et une fois debout, avait repris le combat comme si de rien n’était.

Plus tard en 1970 il toréa devant de Juan Pedro Domecq en compagnie de Damaso Gomez et Manolo Martinez . Ce fut une bonne corrida devant 13 000 spectateurs.

En 1971 la corrida sera mémorable. Antonio Ordonez prévu ayant déclaré forfait ce fut un mano a mano entre Paquirri, l’enfant chéri de Béziers et Paco. No hay billete bien sur et pluie d’oreilles.

Enfin en 1975, le 17 août, la feria avait 6 ans grâce au sénateur aficionado Jules Faigt qui a tant œuvré pour la tauromachie. Au cartel Camino avec Francisco Ruiz Miguel et Juanito Martinez et des toros de divers élevages : 4 de Domecq, 1 de Martinez Elizondo et 1 de Jandilla. Mais ce fut une morne corrida.

Depuis qu’il est retiré des ruedos, il se partage entre  ses fincas, ses élevages de toros et de porcs. Le petit mitron de Camas a réussi une vie confortable et sereine. Cela n’empêche pas les critiques à l’encontre des toreros actuels :  « ce sont des petits garçons qui s’embrassent comme des petits messieurs ». « Les figuras tuent maintenant des toros de corridas à cheval », « ils ne retournent pas à Madrid après la San Isidro sauf pour passer chez le tailleur ». Et les cracks d’hier ? Traitement à l’eau de javel. Paquirri ? un torero grossier, Manzanares un torero de demi passes. El Capea ? torero de recul et de replacements ». Les jeunes d’aujourd’hui ont moins de misère et de faim qui étaient des moteurs pour arriver. Mais la profession exige beaucoup des jeunes qui n’ont pas toujours la constance pour assumer l’art de la tauromachie. Ces critiques peuvent paraître dures même si on se retourne sur le passé mais nous savons tout de même les sacrifices que font les jeunes apprentis toreros de nos jours, ils sacrifient beaucoup de leur jeunesse et font preuve de constance pour assumer l’art d’être toreros, ils affirment que cela leur amène beaucoup de valeurs et ils n’arrivent pas toujours au succès, loin s’en faut.

On peut excuser les critiques d’un vieux monsieur qui a gagné sa vie par son talent et sa constance mais nous pouvons aussi reconnaître que le chemin des toreros d’aujourd’hui n’est pas toujours jalonné de roses excepté les quelques figuras qui sont peu nombreuses mais qui gardent « le gâteau » et ne partagent pas beaucoup.

 La Chicuelina - mars 2021

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Drop2406 | Réponse 28.03.2021 23:44

Très intéressant à lire. Beau portrait.

Hugues Bousquet | Réponse 23.12.2013 02:14

Il y eut aussi à Paris d'autres arènes pour Corridas, situées dans le XVIeme, rue Pergolèse. Construites pour l'expo universelle de 1889 et détruites en 1893.

Macarena | Réponse 15.11.2013 20:45

Bonne anecdote, la corrida ne s'est pas cantonnée au sud de la France, il faut le savoir.

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Commentaires

28.03 | 23:44

Très intéressant à lire. Beau portrait.

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27.03 | 00:03

Merci pour l’histoire, celle qui me renforce dans mon aficion

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28.08 | 17:56

bonjour
ou trouve ton les autres noms de toreros il y a les A et les B mais ou trouver les autres merci

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01.01 | 11:51

Très belle image pour le changement d'année. Que 2019 nous régale de belles faenas et de bons toros.

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