La TAUROMAQUIA DE GOYA commentée...Pl. 1 à 9

Avant de décrire les exploits des «toreros» de son époque, Goya remonte aux origines de l'Art Taurin en Espagne. Il nous montre comment les anciens espagnols pourchassaient les taureaux sauvages, les diverses manières de les attaquer. Il nous représente ensuite l'adoption par les Maures de ces combats particuliers… jusqu’à Pedro Romero.

Après les 7 planches A-G, nous présentons et commentons dans les pages qui suivent les 33 planches qui forment la série admise jusqu'en 1855 - 2°édition.

N°11 à 17 - N°18 à 25 - N°26 à 33

Nous terminerons la dernière page par l'évoquation de La Tauromaquia par A.Malraux au dernier chapitre de SATURNE.

 

Planche n°1 :   Mode des anciens Espagnols chassant le taureau à cheval en pleine campagne.

Sur un fond de ce qui semble un plateau, au pied d'une sierra, un fort taureau aux longues cornes est harcelé par de rudes personnages dans lesquels Goya imagine les habitants de ces temps anciens. Trois hommes hirsutes s'efforcent de maitriser le taureau qu'un quatrième, à cheval, combat de son mieux à la lance.
Le point délicat,  pour Goya, pouvait être le vêtement de ces hommes primitifs, objet de son invention arbitraire. Pour souligner le caractère barbare et féroce de ces chasseurs, qui éclate sur leurs traits, il leur donne des barbes incultes et les revêt de peaux de bêtes. Les bragues ou simples semelles de cuir retenues par des liens dont il les chausse sont encore en usage chez les paysans espagnols, ce qui est une façon de donner quelque vraisemblance au toreo préhistorique.
Le chasseur à cheval a sur la tête une sorte de turban, selon la tendance du peuple espagnol à rapporter aux Maures toute antiquité.

Planche n°2   Autre mode de chasser à pied

Cette planche 2 offre un aspect hypothétique de toreo primitif. En donnant ce titre, Goya ne fait que suivre Moratin écrivant que les Espagnols de jadis chassaient le taureau à pied et à cheval. Il s'agit donc encore de poursuite en rase campagne. La nouveauté ici est le costume du chasseur de gauche, dont la tête est recouverte d'une sorte de voile blanc qui rappelle celui des bédouins.
les chasseurs se ruent fougueusement sur la bête, sans autre arme que leur courtes piques qu'ils enfoncent comme ils peuvent dans le flanc ou sur le front.
Dans ce n°2 on voit ce qui va caractériser la suite: le mouvement et l'effort chez l'homme et chez l'animal.
Les chasseurs prennent fortement appui sur leurs pieds, de façon à étayer les bras qui enfoncent la pique.
L'attitude du taureau, pliant les pattes de devant sous la douleur, et surtout la tête montrent l'acuité d'observation de l'artiste et la précision expressive du trait lorsqu'il s'agit de saisir le dynamisme de l'image.

Planche N°3  Les Maures établis en Espagne, éludant les principes de l'Alcoran, adoptent cet art de chasser le taureau et le lancer en pleine campagne

Nous voyons sur l'estampe ces Maures combattre en plein air un taureau pareil à celui des gravures précédentes. Le style de ces arbitraires mameluks ne diffère en rien de celui des chasseurs du n°2. En réalité, Goya représente une vieille passe que présentent et décrivent les plus anciens traités de toreo: le coup de lance à pied. Il en est encore question dans la "Tauromachie" de Pepe Hillo. Elle avait ordinairement lieu au moment où le taureau est lâché. Dans l'attaque, un homme à cheval est tombé et l'énorme taureau, une lance en travers du corps, est assailli par les lances et cimeterres de trois toreros à pied accourus pour le détourner.

Planche N°4  Ils capent un autre taureau en lice fermée

Nous ne sommes plus en plein air; la barrière, au fond, évoque un abri possible pour le torero qui se sauve. Le petit taureau noir, navarrais, fait son apparition, avec ses cornes en croissant, l'agile et rapide mouvement de son arrière-train, rendu de main de maître par l'artiste. l'habileté des Maures s'est accrue: le torero mameluk travaille le taureau à la cape, en exécutant une passe appelé alors "aragonaise" ou "face le dos tourné" que l'on attribue à Pepe Hillo et qu'il appelle "passe de dos" dans sa "Tauromaquia"
Le plus curieux, c'est que pour mieux accuser le caractère local de ces Maures, Goya représente un personnage assis parterre et levant gravement lres bras, comme s'il récitait les prières à l'heure rituelle prescrite par le Coran

Planche N°5   Le courageux Maure Gazul fut le premier qui combattit les taureaux selon les règles de l'art

Toute l'évolution du toreo consiste en la précision accrue des règles. Goya le sait bien et continue de s'inspirer de  Moratin On a dit, écrit celui-ci, que ces fêtes n'étaient qu'exercice de nobles, entre Chrétiens et Maures" Parmi ces derniers, on garde en mémoire les Muza, Malique, Alaber, et le vaillant Guza. Il est clair qu'il ne s'agit pas de toreo populaire, mais des premiers toreros nobles.
Gazul sur l'image tient à deux mains la lance dont le fer ressort sous le ventre du taureau, ce qui n'est guère orthodoxe selon les règles qu'affiche le titre; d'un vif mouvement instinctif le cheval blanc esquive la corne du taureau. Le fond n'est que pure tache claire visant à donner l'impression du soleil dans l'arène, sans indication aucune d'ambiance, ni de fond.

Planche N°6  Les Maures imitent le jeu de la cape dans la place  avec leurs burnous

C'est une illustration du texte de Moratin, disant à propos de la passe de cape qu'elle est un "exercice à pied très ancien puisque les Maures le font avec burnous et capuchon" Cette planche n'est pas une des mieux venues, ni des plus expressive de la suite. Goya y représente une fois de plus la "passe aragonaise" qu'il avait vu faire si souvent à Pepe Hillo, inventeur du toreo à fioritures contraire à la sobriété de l'école de Ronda et des Romero. Nous sommes maintenant dans une arène et Goya commence  à tenir compte des spectateurs, dont il esquisse quelques figures derrière la barrière.

Planche N° 7   Origine des harpons ou banderilles

Dans l'évolution du toreo, on voit apparaitre ces petits harpons décorés de papier de couleur ou de petites banderoles, d’où leur nom de "banderilles". Il s'agit de l'avant dernier épisode de la corrida, réglementée au temps de Goya comme elle l'est dans le notre. Au début, on posait les banderilles une à une et plus tard seulement, par paire. Ceci est confirmé dans le traité de tauromachie de Pepe Hillo, et par cette gravure de Goya. Le mameluk tient la banderille face au taureau racé, typique des élevages de Salamanque, prêt à la lancer, dans une attitude peu vraisemblable et qu'aggrave encore le fait qu'il tient sa cape en main. Derrière lui,  deux caricaturaux garçons de place  semblent, à quelque distance, considérer la passe tandis que deux autres, assis sur la barrière, avec leur grand turban et leurs pantalons bouffants, regardent le combat.

Planche N° 8   Dans l'arène, un Maure est victime d’un coup de corne

On dirait la suite du numéro précèdent mais vu du coté opposé, bien que le Maure tienne encore le harpon levé. Que s'est-il passé? On peut penser qu'un péon, ou aide ait voulu mieux placé le taureau afin de faciliter la tâche de banderillero. Le taureau l'attrape par le pantalon, le soulève, enfonce un des piton dans la cuisse ou l'aine, tandis que le banderillero suspend son geste et, recourant à la cape, se met devant le taureau pour délivrer le blessé. Goya a mis au fond la barrière en usage de son temps, et derrière, des arcs brisés de forme gothique, qui laisse penser que nous sommes plutôt sur une place de village que dans une arène.

Planche N°9   Un chevalier espagnol mettant à mort un taureau après avoir perdu son cheval

Espagnol veut naturellement dire Chrétien. Mais quel genre de chrétien? Ce n'est pas un chevalier du Moyen Age; sa toque à plume nous ferait plutôt penser à un seigneur du XVIe siècle, encore que nous ne puissions l'affirmer, Goya n'ayant sur l'histoire du vêtement que des aperçus très peu précis. Ce qu'il vise c'est l'époque où le toreo n'était pas encore l'affaire du peuple, mais celle d'aristocrates qui, à cheval, se mesuraient au taureau dans un espèce de duel. On estimait alors que tout avantage, si minime qu'il fût, de l'animal sur lui, par exemple d'avoir fait tomber son chapeau, impliquait le déshonneur pour le cavalier et l'obligeait à en tirer vengeance. L'accident le plus fréquent était que le cheval fût blessé. En ce cas, le chevalier mettait pied à terre et tuait le taureau à l'épée.

VOIR GRAVURE N°10 à 17  OU  RETOUR PLANCHES A à G

Écrire un nouveau commentaire: (Cliquez ici)

123siteweb.fr
Caractères restants : 160
OK Envoi...
Voir tous les commentaires

Commentaires

10.12 | 21:17

Bravo à Maurice Daussant ainsi qu'à toute son équipe de bénévoles pour son film sur Gabin Réhabi. Très beau film.

...
29.11 | 15:15

Ne porte pas de nom particulier. C'est simplement un confort lors d'exécution des STATUAIRES que vous appelez "litrasos" (de Miguel Baez Litri) Q? pertinente.

...
29.11 | 14:57

On ne trouve pas à la vente ces petits mouchoirs qui sont distribués aux arènes. Ils sont souvent supports publicitaires ou témoins d'évènements exceptionnels.

...
29.11 | 09:49

Quel nom porte l'action de ficher l'épée dans le sable avant de faire des "litrasos"
(?) Merci d'avance pour votre réponse. J-M François

...
Vous aimez cette page