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EMILIO DE JUSTO

La saison dernière nous a permis d’apprécier des toreros émergents et il y en a un qui fait figure de révélation, c’est le prix qu’il vient de recevoir à ce titre : Prix Enrique Ponce-Club Allard des mains du maestro de Chivas, reconnaissant son excellente temporada couronnée par sa sortie à « hombros » des arènes de Las Ventas cet automne. De multiples prix, ces derniers temps, en font un torero en devenir.

Emilio Elias Serrano Justo né le 16 février 1983 à Caceres, terre de toros, débute en costume de lumière en 2000 après 4 ans de novilladas et prend l’alternative en 2007, son parrain est Alejandro Talavante et son témoin Cayetano devant des toros de Vegahermosa. Il coupe deux oreilles et puis c’est une longue traversée du désert. Jusque là rien d’extraordinaire, c’est malheureusement le lot de beaucoup de toreros, hélas. (Confer Diego Urdiales, Lamelas, Ureña, etc.)

L’horizon semble s’éclaircir lorsqu’il est apodéré par le bras droit des arènes de Madrid. Hélas, pendant la San Isidro à Madrid en 2010, une funeste tarde lui entrouvre les portes de l’enfer : les trois avis sonnent, le toro est renvoyé vivant au toril. Emilio désespéré quitte tout : apoderado, Espagne et se réfugie en Colombie où petit à petit l’espoir renaît pour le faire rebondir hors du gouffre…Il s’est hélas fermé les portes de Madrid mais la France va lui ouvrir ses bras. « La Colombie m’a gardé en vie, la France m’a offert la reconnaissance nécessaire » dit-il. (le petit bracelet aux 3 couleurs à son bras et la promesse d’apprendre notre langue en témoignent).

En 2016 à Orthes, petite ville du sud ouest, c’est le triomphe face à un toro de Hoyo de la Gitana. C’est le tremplin ? Quitte ou double : ou il s’arrête ou ça commence…Et c’est le succès à Vic Fezensac, Mont de Marsan, Dax, Illesca…

Il n’a jamais jeté l’éponge. Cette volonté doublée de qualités certaines ont fait penché la balance pour que l’ancien torero français « Luisito » Ludovic Lelong cède à ses instances et accepte de l’aider. Il a cru dans ce garçon sérieux, attachant, sur de lui, exigent, qui s’entraine au quotidien comme s’il avait 20 contrats à assurer alors qu’il fait à peine une ou deux corridas…

Son envie de toréer le taraude depuis son plus jeune âge. Né dans une famille humble, père maçon, mère au foyer car ils sont 5 enfants rien ne le prédispose à la tauromachie mais il va trouver de l’aide dans sa famille, la route sera très longue, mais les siens croient en lui… il sera torero et rien d’autre car « il n’y a rien de plus grand même si l’argent c’est très bien » dit-il.

Inconnu en 2015 le voilà propulsé, deux ans plus tard, dans les espoirs, à Mont de Marsan. Les portes d’importantes arènes s’ouvrent en 2018.

Dax et Victorino vont celer avec Emilio un pacte important car il va résoudre l’équation avec un toro exigeant qui lui cèdera ses oreilles.

Je m’interroge cependant car, connaissant le fichu système qui cantonne ces héros dans les corridas dites dures et l’on sait ce que cela implique au vu des prestations insuffisantes des Urdiales, Rafaelillo, Robleño et j’en passe. Ce valeureux garçon va-il franchir le Rubicon même s’il prétend que c’est son choix, mais il n’est pas contre les toros plus faciles car les autres demandent un effort constant et on ne peut se relâcher tout le temps devant eux…mais il aime être capable de résoudre tous les problèmes devant tout type d’élevage sans se départir de son classicisme, de sa pureté, de son élégance. Il a le caractère trempé pour réussir et être performant à tous les niveaux.

Rappelons-nous cette triste et émotionnante après midi du 22 septembre 2018 à Mont de Marsan où il a voulu toréer coute que coute malgré la mort de son père le jour même, la blessure inéluctable vu les circonstances a failli lui couter le paseo de Madrid le 30 septembre suivant. Mais non, non seulement Emilio sera présent mais les Puerto de San Lorenzo lui laisseront leurs oreilles, passeport pour la sortie par la Grande Porte. Oubliée la funeste tarde dans le même lieu en 2010.

La patience a porté ses fruits ? 2019 s’annonce sous les meilleurs hospices.

Les aficionados que nous sommes souvent dépités devant des corridas stéréotypées avec des toros qui ne le sont pas moins, nous gardons l’espoir (et c’est ce qui entretient nos illusions) de voir naître des artistes, faits de l’étoffe des héros qui nourrissent notre indéfectible passion.

J’ai entrevu chez Emilio de Justo (ceci n’engage que moi) cet abandon, cette élégance, cet oubli de l’instant, des passes soyeuses et envoutantes…Cela m’a fait penser à Talavante ou encore Jose Tomas…Rêvons qu’il y en ait d’autres encore pour nous faire courir aux arènes vers « las cinco de la tarde » !

Chicuelina 24 janvier 2019

DIALOGUE DE FIN D’ANNEE 2018

Question de Chicuelina  sam. 8 décembre 2018

Déjà Noël se profile à l'horizon, l'heure est venue de ranger les trastos sauf pour ceux qui traversent l'atlantique à la poursuite de leur quête de toros en Amérique latine. D'autres restent sur le vieux continent pour prendre le temps de réparer leur corps meurtri, de souffler un tantinet, c'est légitime. Certains en profitent pour se marier. ..D'autres raccrochent définitivement comme Padilla, guerrier au grand coeur qui a fait une tournée triomphale et finalement on ne peut cacher un certain soulagement tellement on a craint qu'il ne s'arrête à cause d'un coup du sort supplémentaire. Alberto Aguilar s'en est allé sous l'indifférence quasi générale et cela laisse un goût amer. Plus surprenant et inattendu le départ de Juan Bautista même si on le comprend et celui de Talavante. Ces deux vont nous manquer non? 

 

Zapopina   

C'est vrai, l'hiver est là et pour nous en Europe l'heure est au bilan. Comment ne pas être d'accord sur certains points comme par exemple le départ sur la pointe des zapatillas d’Alberto Aguilar qui aurait mérité beaucoup mieux, beaucoup plus de la part des empresas et des aficionados. Mais comment dire, ainsi va l'afición, hélas. Un jour adulé, le lendemain oublié.

Pour ce qui est des départs coups de tonnerre de Jean-Baptiste et Alejandro Talavante, c'est sûr qu'ils vont laisser un grand vide. Jean-Baptiste part au sommet de son art après une saison particulière où il a dit un au revoir définitif à son père... Nous savons que nous le retrouverons à la goyesque d'Arles l'an prochain et que nous devrons nous en contenter.

Pour Alejandro Talavante, j'ai l'espoir que dans ce milieu où rien n'est éternel, après quelques mois de repos qui lui auront permis de se ressourcer il reviendra nous enchanter tant par sa main gauche que par son côté atypique.

En attendant, il convient de se poser plusieurs questions cruciales pour le devenir de notre passion.

Les départs à la retraite de certains toreros vont-ils permettre à de nouveaux matadors d'émerger ou est-ce que les toreros du haut de l'escalafón vont continuer à truster les cartels? Pour ma part, il est certain que j'aimerais un mix des deux, un mélange des anciens et des nouveaux avec peut-être un 1/3 - 2/3. Cette année, j'ai eu la chance de voir tant à la télé que sur les gradins certains toreros surgissant de l'oubli comme Curro Díaz, Emilio de Justo ou Octavio Chacón qui méritent sans aucun doute d'obtenir des contrats. Ces toreros s'envoient tout type d'adversaires, alors pourquoi ne pas imaginer un cartel avec une figura, un de ces toreros sortant de l'oubli et un des toreros ayant reçu récemment, c'est à dire dans les 2 dernières années, l'alternative.

J'aimerais bien revoir un José Garrido, qui cette année a un peu marqué le pas, un Roman, un Toñete qui m'a fait forte impression lors de son alternative ou la valeur sûre montante, Gines Marin (même si son indulto de Dax me paraît surfait).

Reste à savoir le bétail qui leur serait opposé. Je ne suis pas une fanatique du toro toro qui ressemble plus à un cheval par sa taille et qui envoie valdinguer la cavalerie mais qui après s'arrête; mais hélas, je dois reconnaître que les invalides clonés de certains élevages pour vedettes me fatiguent également.

L'idée du bombo mise en place par Simon lors de la dernière feria « de Otoño » pourrait être un bon début, qu'en dis-tu?

 

Chicuelina  

Tout à fait d'accord! Grâce au Bombo j'ai vu le triomphe de Don Diego de la Rioja devant un bon lot de Fuente Ymbro. Son style classique, élégant, tout en douceur a réveillé mon envie de nouveauté. Paradoxal non? Car le garçon n'est pas nouveau sur le marché. Presque 20 ans d'alternative! Pourquoi ne voit- on pas Diego Urdiales plus souvent? Seulement 6 paseos et 12 oreilles avec des triomphes comme Bilbao et Madrid !

 Gines Marin s'est affirmé cette année, il prouve qu'il n'est pas là pour faire de la figuration. Que dis- tu d’Emilio de Justo? En voilà un qui ragaillardit le moindre aficionado engourdi par la routine. C'est un scientifique comme on disait de mon temps. Il connaît toutes les techniques pour s'adapter à tous les « encastes » et tout ça sans se départir de son temple, de son classicisme... A voir cette année. De plus il porte bien le costume de lumière et tu sais combien ce n'est pas facile… Mais trêve de plaisanterie. Un autre qui va compter cette année à mon avis c'est ce joli blond à l'air si doux qui s'envoie des spécimens pas possible avec un enthousiasme et une classe! Mais comment faire autrement quand ça ne fonctionne pas. Au début certains ironisaient sur son style vertical « à la Ojeda ». Il s'appelle Steeven Jean Groux, tu vois de qui je parle?

En bref  les vacances à la plage seront brèves. On n’entend plus trop parler d’Alberto Lopez Simon qui faisait se pâmer bon nombre d’aficionados il y a 2 ans. Après son  « burn out » il avait peine à refaire surface. Mais cette année il a été bien à la San Isidro le 25 mai où il a triomphé devant des Nuñez del Cuvillo. Il a répondu présent à tous ses rendez-vous importants et son poignet est toujours aussi soyeux.

Un qui me fait de la peine, c’est Paco Ureña. L’horrible coup du sort qui le laisse borgne va-t-il entraver sa carrière? Je revois son sourire à Istres lors de son triomphe, lui qui affiche toujours un air triste. Cette année semblait enfin lui donner sa place. J’espère qu’il va refaire surface même si la tâche est lourde ; on murmure qu’il pourrait être présent aux Fallas de Valencia…

Je te dirais bien dans le creux de l’oreille que je ne détesterais point aller voir le roi Enrique de Chivas surtout s’il nous sert un « crisol » dont il a le secret et que les caprices de diva du Genio de la Puebla ne m’empêcheraient pas d’avaler des kms pour admirer son capote. Surtout si c’est à Ronda, car là, à peu près certain, que l’on verra quelque chose. Et puis revoir pour la énième fois l’écrin de la placita et sa goyesca…. C’est mon incorrigible soif de spectacle et de sensations… Cependant le choix sera cornélien car j’aime aussi la goyesca d’Arles à la même époque et c’est moins loin… Cette année je crois que ce qui va faire pencher la balance c’est Jean-Baptiste qui fêtera ses 20 ans d’alternative et sa despedida… ou pas… car sais-tu ce qu’il a répondu à l’interview de Michèle Catala, rédactrice en chef de la très belle revue « Planète Corrida » ? En corrida goyesque on ne porte pas de coleta donc je ne pourrai pas la couper… Il a encore tellement de choses à dire…

 

Zapopina  11 déc. 2018

Ah ça, il est clair que les vacances à la plage, ça fait un moment que je n'en ai pas pris. Le seul sable que je vois depuis quelques années, c'est celui des arènes!

Pour ce qui est de Juan Leal, c'est vrai qu'il est à suivre et je me dis que la France est passée à côté d'un de ses fils qui lui a fait le chemin inverse à Emilio de Justo. Juan s'est fait un nom en Espagne à force de courage, car ses adversaires en feraient pâlir plus d'un. Et puis, tout comme l'ami Emilio il porte bien l'habit de lumière.
Emilio de Justo, lui c'est la France et le sud-ouest qui l'ont révélé. C'est vrai qu'il maîtrise toutes les techniques sur le bout des doigts. Il faut dire que durant ses années de galère il a eu le temps de perfectionner ses connaissances. Pour ma part je l'ai découvert cette année grâce à la télé espagnole, puis il y a eu cette après-midi mémorable à Nîmes où je le voyais en chair, en os et en or. J'aimerais bien le voir fouler le sable du plateau de Valras. Ca ferait un bien fou ce renouveau au public biterrois.

Bien évidemment, on parle des jeunes pousses, des renaissances que l'on aimerait voir mais il ne faut pas oublier que certains "vieux" toreros sont toujours présents et n'ont pas l'intention de ranger définitivement les trastos.

Comme toi et sûrement avec toi, je ne serais pas contre avaler des kilomètres pour voir et revoir encore celui qui pour moi est le maestro de los Maestros. Celui qui renouvelle la tauromachie, celui qui la réinvente lorsqu'il fait jouer la musique de "Mission" ou "L'aigle noir" à la place d'un pasodoble, celui qui se vêt d'un smoking à Istres pour toréer deux toros ou qui encore fait chanter Estrella Morente lors d'une corrida inoubliable à la Malagueta. Ah Enrique, jamais je crois que je m'en lasserai... Lui, il est « por encima de todos » !
Trois autres toreros ont mes faveurs, un peu plus que le reste de l'escalafon, mais moins que le maestro de Chivas.

Sébastien, lui, que veux-tu, c’est mon  « paisano » il est doué, d’un courage extraordinaire ! Comment faire pour ne pas envie de le voir en habit de lumière? J'y étais cette année lorsqu'il a ouvert la grande porte de Las Ventas, il m'a fait venir les larmes aux yeux, dresser les poils sur les bras. Ah qu'est-ce qu'il était majestueux, lorsque porté en triomphe et emporté par la foule, il est sorti de ce temple de la tauromachie! 

Après vient un torero madrilène qui n'a pas été épargné par les coups de cornes, une d'entre elle a même failli lui coûter la vie. Qu'est-ce que j'aime la douceur de sa main gauche et ses Véroniques. Quelle ne fût pas ma joie, lorsqu’ à la télé en 2016, j'ai pu le voir revenir dans le ruedo de la plaza de Vistalegre et triompher. David Mora mérite vraiment tout ce qui lui arrive de bon. Hélas, pour ma part, je ne le vois pas assez dans les plazas françaises.

Eh oui, j'ai gardé le meilleur pour la fin, le Genio, celui qui nous embarque pour des trajets improbables, celui pour lequel nos (vos) sifflets sont le prix de sa liberté. Il faut le reconnaître, il n'est pas rare de s'ennuyer lorsqu'on le voit toréer ou essayer de toréer car lorsque son adversaire ne lui plaît pas, ni une ni deux, voilà l'adversaire « ad patres ». Cependant lorsqu'il est « a gusto », comment vous dire... son capote est magique.

Pour voir tous ces toreros, je me dis qu'il me faudrait bien plus d'une temporada... mais d'ici là, de nouveaux toreros auront éclos (et j'espère que le novillero Kike en fera partie) et sûrement de nouvelles envies de découvertes auront jaillies!

 

Conclusion Chicuelina 18 déc. 2018

Je crois que nous allons mettre un terme à nos divagations et souhaiter que la nouvelle saison entretienne encore notre passion et soit à la hauteur de nos espérances! La menace animaliste est toujours présente et influence beaucoup les politiques qui sont prêts à tout pour le politiquement correct même si on en arrive à des aberrations… Aux dernières nouvelles la finca de Morante a été taguée avec des propos orduriers sous prétexte qu’il a apporté son soutien à Vox… qui défend la tauromachie car elle est menacée à Séville tout de même. Où vont nous conduire toutes ces dérives? A nous les aficionados de nous affirmer, ensemble, faisant fis de toutes les querelles dérisoires en regard de notre afición, aimons l’art taurin sous toutes ses formes car il faut le préserver et donner envie au plus de monde possible de venir s’asseoir sur les gradins, même pour assister à des « crisols » sans que certains gardiens du temple poussent des cries d’orfraies au nom de la vérité qu’ils pensent détenir. Au XVIIème siècle, on a assisté à la « querelle des Anciens et des Modernes ». Les anciens pensaient que le progrès dans le domaine artistique  n’existe pas, pour les modernes au contraire il reste beaucoup à améliorer, à trouver, à tenir compte de l’évolution historique et des leçons des évènements. Et pourtant certains se sont posés en médiateurs ce qui ne fut pas aisé…

Zapopina et moi vous souhaitons d’excellentes fêtes de fin d’années ! A l’année prochaine !

FERIA BEZIERS 2018 - Avis et opinions

Par Picaflor: 

« Monter sur les épaules des Géants… et voir au-delà… »

    Illa, illa, illa, PADILLA, MARAVILLA… !!!! (Saragosse, 2017)

Béziers, 12 août 2018, dernière corrida sur le sable occitan…

Adhésions, controverses: toreo, no toreo, faena, no faena, oreja, no oreja, puerta grande, no puerta grande… Positif, négatif… Encensé, critiqué… Cette dualité a toujours marqué son parcours de toréro… MAIS… dans  Illa, illa, illa, PADILLA, MARAVILLA… !!!!!  Il y a autre chose…

De Cyclone de Jerez à Pirate, les blessures du temps et des cornes ont écrit son histoire de torero.

Courage, témérité, audace, folie et foi chevillés au cœur, il embrasse avec fougue les arènes, il banderille avec enthousiasme les toros …et… le public. Il harangue ce dernier tel un tribun des arènes, l’emmenant, l’emportant dans sa vague festive pour en faire son partenaire. Il a toujours su que sa réussite ne dépendait pas seulement de son action sur et avec la Bête, mais également de l’alliance avec le Public. Tel l’artisan–boulanger qu’il a été, il sait que son devenir dépend de la satisfaction de la personne qui achète son pain ; il malaxe, pétrit, donne forme à son action sur le toro, met le feu pour offrir la fête, donner de la joie au spectateur, et bien sûr, au grand dam des puristes, des classicistes… Certes… Toutefois, pour remplir des arènes, seuls les aficionados ne suffisent pas. Les portes sont ouvertes à tous, et c’est ce qui en fait une fête populaire, d’autant plus que la Corrida, bien que sa présentation extérieure soit simple d’accès, est dans son essence, comme tout Art, difficile à appréhender, à comprendre…Rusé, ou simplement intuitif, PADILLA sent cela. Une empathie se crée entre lui et la foule, car n’étant pas arrivé là, dans ce cercle de sable, une cuillère en argent dans la bouche, ses succès, ses déboires, ses cornadas en font un être avec lequel l’identification est aisée.

Fatigué, borgne, scalpé, il accède aux appels intransigeants du public demandant les banderilles…Et il banderille, banderille, banderille soulevant les corps des sièges dans une joie indescriptible faite de cris et du crépitement assourdissant des mains. Il se donne corps et âme au Toro, au Public… Et les drapeaux du Pirate flottent contre vents et marées. Stratège, il accepte même cette incarnation de Pirate, incongrue dans une arène. Il s’en revêt de son originalité, dernière chiquenaude de ce torero défiant la camarde, amoureux du Toro, de sa Vie parmi les autres… Certains disent que c’est du cirque, mais la vie n’est-elle pas un cirque avec ses jeux obscurs et/ou lumineux ?…
La Corrida est la symbolisation de la vie quotidienne. La corrida me touche parce qu’elle m’apprend à toréer les composantes de ma propre vie, elle m’apprend le courage devant les difficultés, la joie dans le dépassement, l’émotion et le respect dans la création d’une rencontre improbable, ainsi que l’humilité devant la Vie et son indéfectible associée la Mort… et en cela PADILLA y contribue…

Guerrier parmi les guerriers, torero parmi les toreros, PADILLA démontre également du cœur, de la solidarité, valeurs qui lui confèrent les barrettes humaines d’un grand torero. Ce 12 août 2018, réclamée à corps et à cris par le public contrevenant au règlement, la deuxième oreille qui aurait dû lui ouvrir la grande porte, lui est refusée légitimement par la présidence. Mais, PADILLA, peut-être blessé, n’a d’yeux et d’oreilles que pour son public. Et à sa sortie des arènes, PADILLA, magnanime, ne va pas garder pour lui seul l’ovation EXTRAORDINAIRE que lui offre le public. Il invite les deux autres toreros, FERRERA et BAUTISTA, à sortir avec lui, partageant avec eux la pluie bienheureuse d’applaudissements. Merveilleusement bien, avec grandeur, il passe le relais…

Me vient alors en mémoire, la despedida de MANZANARES (père) à Séville. Le maestro déçu ne coupe pas les oreilles escomptées pour sortir par la Puerta del Principe. Alors, PADILLA contacte par téléphone les toreros présents sur les gradins. Il les invite à descendre dans l’arène pour porter en triomphe le grand Maestro. Ce dernier n’a pas droit à la Puerta del Principe. Qu’à cela ne tienne, celui qui a déjà un cœur de Pirate n’a que faire du règlement, et allègrement avec ses compagnons de combat, le transgresse. Ensemble, d’un même élan de cœur et de reconnaissance, ils font franchir la Puerta del Principe à celui qui a tant apporté à la tauromachie par son toréo de splendeur. Reconnu, honoré par ses pairs et le public...cela vaut bien des trophées…

Tel un personnage de roman d’aventures, PADILLA n’a pas tissé son histoire, c’est l’Histoire qui s’est emparée de lui… Son toréo n’est pas un toréo de Légende, en revanche, lui, PADILLA, restera dans les mémoires un torero de Légende : le torero Pirate…

« Monter sur les épaules des Géants… et voir au-delà… »

Picaflor   - 21 août 2018

Par La Chicuelina

C’était la cinquantième Feria à Béziers, son créateur, Jules Faigt, aurait-il été content de ce cru ? Je n’en sais trop rien…
Cinq jours, c’est long et c’est cher. D’abord pour l’aficionado et puis pour l’empresa.
Comme ce dernier ne veut pas manger la grenouille, il faut bien trouver le moyen. Alors on intercale entre trois corridas une novillada piquée et une corrida à cheval, le rythme s’en trouve un peu cassé… (Regardez du côté du nombre d’entrées)
Le Mano à Mano, c’est à la mode mais un peu frustrant. Car si le cartel du 1° jour était luxueux, j’aurais bien vu un troisième garçon « par de chez nous » pourquoi pas, ça aurait changé la donne… Vu que les figuras (Ponce et Castella) n’ont pas eu le brio escompté, malgré l’excuse d’un bétail insipide (Garcigrande).

Le second jour, El Pirata faisait ses adieux. Le torero exubérant qu’est Padilla connecta parfaitement avec le public acquis à sa cause. Il faut dire que l’homme a payé un lourd tribu devant les toros. Le pire : la terrible cornade de Saragosse qui l’a rendu borgne.
Même si on n’est pas des inconditionnels de son toreo certes peu académique, on s’incline devant son courage, sa volonté, son impact sur le public débordant d’affection pour ce belluaire. C’était la moindre des choses que de lui rendre les honneurs en lui  ouvrant la Grande Porte des arènes du plateau de Valras où il s’est coltiné de nombreuses fois des Miuras, Palha et autres os d’envergure. Le seul laissez-passer pour la Grande Porte à Béziers est de couper 2 oreilles à un toro. Mais une présidence un peu rigide, à cheval sur le règlement, manquant peut-être d’indulgence par crainte d’être jugée trop laxiste… mais par qui ce jour là ? La majorité du public avait les yeux de Chimène pour son Pirata.
Il faut savoir que Séville ouvre la Porte du Prince pour trois oreilles, même exigence pour la Porte des Consuls de Nîmes. Deux oreilles sur le même toro sont exigées à Bilbao pour ouvrir la Grande Porte. Depuis peu, Béziers qui semble avoir beaucoup d’ambition, s’est mise à la hauteur de Bilbao. Il est d’ailleurs regrettable que le règlement taurin ne donne pas le même critère pour toutes les arènes.
Mais cet évènement ne doit pas occulter les deux autres protagonistes de l’après-midi.
Si Antonio Ferrera a laissé quelques détails, Jean-Baptiste s’est montré très professionnel, en particulier devant son second toro affligé d’une mansedumbre indiscutable. A force de technique, de professionnalisme et de talent, il toréa devant le toril, de manière efficace, sans fioriture, concluant d’un recibir mettant fin à ce labeur très méritoire.
Absente à la novillada piquée et à la corrida à cheval. Je ne donnerai pas d’avis.
Le 15 août innovait en remplaçant les Miuras très décevants l’an dernier, par les toros de Pedraza de Yeltes très attendus. Beaux spécimens, sérieux, allant aux piques mais baissant d’intensité au 3° tiers pour certains.
Manuel Escribano ne fut pas bien servi car ses deux adversaires se sont rapidement éteints.
Il nous reste ses poses de banderilles toujours aussi puissantes, donnant de l’émotion.
Roman, satisfaisant à son 1° toro, se laissa déborder par le dernier de l’après-midi.

 

Le grand vainqueur fut Juan Leal, jeune torero fin et artiste, ayant opté depuis peu pour les corridas plus dures, montra un métier, des qualités techniques qui en font un des toreros français à suivre… Le président, plus indulgent pour le dernier jour de la Feria (la fatigue peut-être), laissa tomber les mouchoirs, passeport pour la Grande Porte que franchit le torero arlésien.
N’oublions pas la novillada non piquée du matin où la jeune Anaïs, élève assidue et volontaire de l’Ecole Taurine Biterroise, triompha à la grande joie de ses admirateurs en montrant son talent et son courage.

La Chicuelina  - Août 2018

Par La Zapopina 

Hier, pour le 2ème jour de la feria, nous accueillions au paseo 3 figuras, dont une, faisait ses adieux aux aficionadados biterrois et français.
Vous l'aurez compris, je veux parler du maestro Juan José Padilla, el Ciclón de Jerez, à ses débuts ou el Pirata aujourd'hui.
Ce torero, je l'avoue, ne m'émeut pas par son toreo que parfois je pourrais trouver vulgaire mais je dois reconnaître que cet homme a un courage immense, une afición à nulle autre pareille et un cœur gros comme ça. Cet homme qui plus que tout autre a payé sa passion à coup de cornes et de cicatrices et qui doit son surnom actuel à une cornada qui lui a emporté un œil, ne foule jamais le sable d'une arène pour faire semblant. Il se donne à fond, il ne triche pas.
Et nous biterrois, qui sommes nous ? Une parodie de taurins qui pour certains se croient "por encima de todo", nous qui nous pensons supérieurs à Las Ventas (La Mecque de la tauromachie, s'il vous plaît !), à Bilbao où à d'autres arènes de 1ère catégorie où il n'est pas nécessaire de couper deux oreilles au même toro pour espérer sortir "a hombros".
Hier avec ce règlement digne des meilleures heures de l'Inquisition, des Torquemada du Palco, ont empêché un homme de bien d'avoir une sortie à la hauteur du torero qu'il a été. Certes les deux oreilles sur son second n'étaient pas méritées (et je suis la 1ère à ne pas les avoir demandées), mais diantre, ne peut-on parfois faire une entorse au règlement ? Sûrement que les sieurs en place au palco n'ont jamais connu le besoin de tout donner au risque de se faire embrocher, trop bien nés qu'ils sont. Priver Juan José Padilla d'une sortie par la grande porte l'année de sa despedida, permettra peut-être à ces ayatollahs du mouchoir blanc de rester quelques jours dans l'histoire comme les ravis de la crèche biterrois.
Un homme, un maestro qui a tout donné, et c'est un euphémisme que d'écrire cela, nous a, vous a messieurs du palco, encore donné une leçon de fraternité, de camaraderie, de savoir-vivre et de savoir-être, lorsqu'au moment de rejoindre le patio de cuadrilla il est parti en tenant ses compagnons de cartel par les épaules sous les applaudissements nourris du public biterrois. Il a voulu partager ce moment là avec ses coreligionnaires puisque vous messieurs l'avez empêché de le partager avec le public biterrois à la grande porte de nos arènes.
Faveur, que vous avez accordée ce même jour, mais le matin, lors de la novillada sin caballos, à un jeune élève de l'école taurine locale au titre de l'encouragement...
Soyons, soyez cohérents !
#Padilla #Padilla #Padilla #Maravilla!

La Zapopina  - Août 2018

De MONTOYA

Circulez ! Il n'y a rien à voir !
 1° course. Temps beau et chaud. 2/3 d'arène !
Toros de Garcigrande, bien présentés, poussant au cheval mais manquant de moteur, sauf le 3°.
Cette course se voulait de "competencia" entre deux toreros, l'un de 28 ans d’alternative, l'autre de 18 !, bref un non sens !
Ponce reste un maître. Il accueille le 1° par des véroniques de grande allure mais le toro ne transmet rien et le public ne connecte pas. C'est du pasteurisé, sans piquant, sans saveur..... Avec son 2° adversaire on va retrouver un peu du grand monsieur d’autrefois. Les séries sont superbes, bien enchainées, élégantes; l'estocade est plongée : 1 oreille.
Avec le dernier il arrachera des passes mais que sont nos belles années devenues ?
Sébastien n'a pas le droit de décevoir dans une arène où il a tant appris et tant rêvé sans doute. Il va faire beaucoup d’efforts. Véroniques allurées, chicuelinas merveilleuses et surtout une leçon de "temple", cet accord parfait entre le geste de l'homme et la course de l’animal. Mais il ne réussit pas ses estocades et surtout les toros sont fades, sans moteur, sans danger, sans émotion.
Avec le dernier de la tarde il va chercher le succès : début par "cambiadas" ; on veut y croire mais le moteur cale ; coups de tête à l'aveugle malgré des "doblones" de réglage en début. Un "temple" superbe mais pas grand chose à tirer de cet adversaire sans classe. Pinchazo et on s'en va ; demain peut-être ......
Avec cette petite entrée il faut quand même réfléchir et se poser de vraies questions et d'abord où va-t-on avec ce type de toros soi disant pour figuras ?
Autre interrogation : comment compose-t-on un cartel ?
Et enfin : qui sont aujourd'hui les "lidiadors" ?
Un ténor qui chante Carmen au paseo cela prête à sourire s'il n'y a rien d'émouvant ensuite. L’époque "Castelbon" c'était il y a si longtemps ....

ENFIN !
2° tarde. Temps beau puis orageux. Belle entrée.
Toros de Nuñez del Cuvillo, bien présentés, nerveux, avec du moteur, sauf le 5° .Le dernier mansote .
Beaucoup d'alegria pour les adieux biterrois de Padilla qui salue au centre avant la course.. Trois toreros à des périodes différentes de leur carrière et, enfin, des toros !
Padilla a chauffé les gradins par sa tauromachie baroque, un rien populiste. Pas une seule véronique pour commencer et mise en suerte par un péon ! mais le public est prêt à tout accepter. La faena est engagée, l'épée concluante : 1 oreille et 5 min. de folie !!!
Avec son second c'est encore mieux car il pose les banderilles et là il est inégalable ! Après c'est courageux avec un "desplante de pueblo" pour terminer et estocade foudroyante : le public est aux anges.... mais pas le président. 1 oreille et 2 vueltas dans le délire !
Antonio Ferrera aura une tauromachie douce et délicate avec un capotazo de classe puis des gestes magnifiques, de belles naturelles citées de face. Belle estocade : 1 oreille.
Il aura du mal avec le 5° auquel il devra arracher les passes. Salut au tiers !
Enfin Juan Bautista aura été le grand monsieur de la tarde. Super capéador, construisant ses 2 faenas avec une maîtrise jamais défaillante.
Et le point d'orgue : estocade "a recibir" ; la dernière étant d'effet immédiat : 1 oreille à chaque toro !
Les premières gouttes de pluie sont tombées quand nous quittions les tendidos mais quelle importance ......

Le rideau est tombé, les clarines se sont tues, le ténor est revenu à ses vocalises !
En résumé :
La corrida de "rejon " a été un succès populaire, grâce surtout à Léa Vicens dont la féminité détonne dans cet exercice tellement viril. Le public qui avait quitté les plages en a eu pour son argent.
Le dernier jour les "Pedraza de Yeltes " ont servi ! mais personne n'est sorti vraiment emballé. On est encore loin de la légende "Miura " .Juan Leal semble sortir du "bache " dans lequel il se morfondait depuis environ 2 ans. Il a été magnifique et déjà l'aficion locale le porte aux nues ; il faudra un jour remplacer les figuras .....Autre révélation : Diego San Roman, mexicain je crois, qui a illuminé la novillada de sa classe et qui est apparu comme un futur grand. Hélas les tendidos étaient vides mais aussi quelle idée d'intercaler une novillada entre deux corridas ?
Et cela m'amène à parler de la programmation : un échec majuscule !
Peu de figuras, peu de toros ! donc peu de public !
Les Garcigrande sous Lexomil. Un triste spectacle, un de plus. Jusqu'où descendra-t-on ?
Le lendemain la course fut médiocrement belle. Grosse présence de Padilla mais Raimu n'était pas Gérard Philippe ! Juan Bautista a prouvé son professionnalisme, surtout avec le "manso" de service qu'il a foudroyé par un "recibir" d'école ! 
Et c'est tout .....
Je repense avec mélancolie à nos belles tardes avec Richard (tiens il n'y a presque plus de "banderilleros ), Victor, Espartaco, Christian qui ne trichait jamais, El Fundi .....
Et pour rester dans la réalité force est de constater que l'empresa récolte ce qu'elle a semé depuis des années avec une politique tarifaire incompréhensible .Du changement est annoncé pour l'an prochain, ne sera-t-il pas trop tard ?

MONTOYA  - Août  2018

Feria d’Arles 2018 endeuillée

2015 ultime paseo de Luc - (Aplausos)

Luc Jalabert n’est plus…

Cette année, la Feria pascale d’Arles sera attristée. Un de ses fils les plus prestigieux n’est plus, emporté par une longue maladie comme on dit pour ne pas la nommer.

La Camargue entière est en deuil

Né en Arles en 1951, Luc Jalabert devient rejoneador, prend son alternative au Portugal en 1980, ce qui entraina une affection sans bornes des portugais.

Je revois encore sa silhouette élégante dans le costume Louis XV avec le tricorne lors des touradasqui étaient fréquentes dans les années 80. Pas de mise à mort et les forcados oh combien spectaculaires.

Aujourd’hui la corrida à cheval, avec mise à mort, à l’espagnole, est devenue incontournable des grandes ferias.

Luc Jalabert remporta le Rejon d’Or 1986 face au grand Angel Peralta, ce qui n’est pas rien. La Feria du Cheval à Méjanes naquit en 1981 sous la houlette de Luc.

Mais sa carrière ne se résume pas au rejon puisqu’il fut, avec son frère Marc, éleveur de toros de combat. Il fut également apoderado et empresa d’arènes. C’est en Arles, sa ville natale, qu’il exerça ce métier d’impresario et fut à l’origine de la Goyesca prestigieuse de septembre qui donna un luxe incontestable à cette Feria du Riz.

Depuis deux ans, ses enfants ont pris le relais.  Son fils, le grand matador français connu dans le mundillo sous l’apodo de Juan-Bautista et dont il était très fier naturellement, lui succéda avec sa sœur Lola dans cette lourde et magnifique tâche. La Camargue entière, lui dira adieu vendredi matin.

Oui, cette année, pendant la Feria d’Arles, on entendra, peut-être, dans les roubines, gémir le Mistral

CRISOL ( le creuset )

Avez-vous entendu parler de la corrida CRISOL qui se déroula le 17 août 2017 à Malaga et qui a fait couler beaucoup d’encre ?

Le grand maestro Enrique PONCE, qui est un artiste dans tous les sens du terme, a voulu donner à la corrida un plus artistique et émotionnel en imaginant cette corrida particulière et non coutumière évidemment. Le crisol en espagnol se traduit par le creuset où différents métaux en fusion vont donner une nouvelle matière. Les arènes, creuset taurin, font fusionner l’art taurin, la musique, la peinture pour donner une œuvre d’art qui inspira Enrique Ponce pour créer la « Corrida Crisol » déjà « Picassiana » en l’honneur de Picasso, natif de Malaga, depuis plusieurs années déjà. Les costumes, lors de cet évènement, s’apparentent au costume goyesque. Souvenez-vous du traje de Sébastien Castella en arlequin avec la cape de paseo ornée des « Demoiselles d’Avignon » meilleure évocation du génial peintre. Mais revenons au Crisol. Cette idée de mêler peinture et musique n’est pas nouvelle puisque chaque année lors des goyesques d’Arles nous avons assisté à ce genre de corrida (j’ai évoqué le sujet des corridas à thème particulier dans un article précédent).

Le maestro de Chivas qui dit que « la tauromachie est l’art des arts » est le concepteur de Crisol et le directeur artistique est Guillaume François, avocat et président de la commission taurine de Mont de Marsan. En 2015 dans cette ville, Ponce avait aimé que l’orchestre montois, lors de sa faena, joue l’air du film de Ennio Morricone : « La Mission » à la place d’un traditionnel paso doble. Certaines arènes font jouer des airs de musique classique ou de variétés sortant des sentiers battus. Istres a donné l’exemple, faisant jouer l’Hymne à L’Amour à Joselito pour son retour unique dans les arènes. Lors de l’encerrona de Ponce, un orchestre et des chanteurs accompagnèrent le maestro dans ses prestations, qui toréa même en smoking, heurtant certains gardiens du temple (qui n’étaient pas sur les gradins comme par hasard …).

Certes on peut prétendre que banaliser les Crisols peut édulcorer la corrida et ôter ce qui en fait son essence. Mais la corrida n’est-elle pas déjà un spectacle à paillettes avec des costumes rutilants et des musiques parfois magnétiques (je pense à la Concha Flamenca jouée à Séville ou Ronda…).

Je ne crois pas qu’il soit question de banaliser la « Crisol » qui doit rester un évènement particulier. Mais il faut bien admettre que les gradins des arènes n’affichent plus aussi souvent le « no hay billete » hélas. Ce genre de corridas peut attirer un public neuf qui ne vient pas aux corridas traditionnelles mais qui pourra y venir par la suite, une fois séduit par le spectacle.

Le maestro Enrique, surement conscient du fait, artiste complet qu’il est, pense renouveler et faire progresser la tauromachie par ce biais. Qui pourrait lui en tenir rigueur ? Je crois en la sincérité et à la passion de ce torero inusable qui affronte des toros de divers genres, affiche une aisance et un savoir qui perdure et fait de lui le meilleur et le plus constant dans son art.

J’ai vu souvent des aficionados, pourtant toristas, apprécier et s’émouvoir lors de ces corridas. Ce qui prouve bien que nous sommes tous amoureux de l’art de Cuchares et que nous vibrons autant à Vic devant de belles piques où on fait sonner la musique, à Ceret et ses sardanes, quand de valeureux guerriers se battent comme des beaux diables devant des toros qui ne leur en content pas et aussi nous admirons Morante, Talavante ou Manzanares dans leur duende lorsque la grâce les visite ce jour-là.

On ne peut pas plaire à tout le monde et tant pis pour ceux qui n’aiment pas car souvent ils n’aiment pas grand-chose et on se demande ce qu’ils font sur les gradins…

Cette année, en juin, nous irons à Istres, voir la Crisol du dernier jour avec le maestro de Chivas qui, l’avant-veille, se confrontera aux Adolfo Martin, ce qui n’est pas pour nous déplaire.

Bonne temporada à toutes les sensibilités, prenez du plaisir où que vous soyez car tout aficionado convaincu n’hésite pas à avaler des centaines de kilomètres pour assouvir sa passion et voir des corridas forcément différentes.

 La Chicuelina - Mars 2018

Ils rendent les TRASTOS

2018 sera le dernier paseo pour deux matadors : Juan Jose Padilla et Alberto Aguillar.

Juan Jose Padilla dit « le cyclone de Jerez » puis « le pirate » ou « le gladiateur » après sa terrible blessure de Saragosse, s’en va avec “l’émotion et le plaisir d’avoir obtenu bien plus que ce dont j’avais pu rêver“ confit-il. A 44 ans son parcours fut particulièrement accidenté mais c’est sans compter avec l’énergie, le courage et un mental sans faille du valeureux combattant !

Son alternative le 18 juin 1994 dans sa ville de Jerez de la Frontera lui ouvrit une carrière face à des toros dangereux qui lui infligèrent plus d’un stigmate dans son corps. Le 7 octobre 2012, lors des fêtes du Pilar à Saragosse, il est encorné au visage, perd la vision de l’œil gauche. Mais c’est sans compter avec ce superman qui, après une longue et douloureuse rééducation, reprend l’épée plusieurs mois après, à la stupéfaction des aficionados. On lui permet alors d’affronter des toros  de figuras, dit plus faciles et de partager les cartels avec les figuras en question. Mais un toro reste un toro et Padilla reste Padilla…

En octobre 2016, il revient à Saragosse pour les fêtes du Pilar, lorsqu’il s’apprête pour une « Puerta Gayola », le toro le prend sur son œil disparu et l’envoie à l’infirmerie… Ses deux compagnons vont-ils faire un mano a mano ? Mais au dernier toro notre gladiateur réapparaît pour un récital au bout duquel, malgré la demande du public, il se voit refuser la seconde oreille par un président obtus qui recevra une bronca de gala. Je me souviens de l’émotion ressentie lors de la sortie à pieds des trois compagnons, Morante et Talavante entourant Padilla, souriants tous les trois comme pour défier ce président d’une rigueur un peu ridicule.

Souhaitons à ce Pirate au grand cœur une tournée d’adieux remplie de succès et de satisfaction. Et parions le, avec du regret tout de même et beaucoup d’émotion. Car ces hommes d’exception ont beaucoup de mal à quitter ce qui fut toute leur vie…

Plus jeune mais tout aussi vaillant, Alberto Aguilar Carabaña, va lui aussi tirer sa révérence à l’issue de cette temporada, contraint et forcé par de sérieuses blessures qui l’empêchent de continuer avec opération prévue à la clé. On s’interroge : comment va-t-il passer cette saison vu les spécimens que s’envoie le jeune homme …du haut de ses 1m et 61cm (il  tient au 1 d’après un ami… !) mais trêve de plaisanteries. Né le 23 avril 1986 à Madrid, il prit son alternative le 13 août 2006 à Miraflores de la Sierra (comunidad de Madrid) avec 3 oreilles. Il confirma le 3 octobre 2010 à Madrid et le 3 juin 2011 à Nîmes.

Brillant novillero, matador prometteur, son élan fut freiné par une blessure au genou en 2009.

Longtemps apodéré  par Stéphane Fernandez Meca (ancien matador français) il a poursuivi avec Simon Casas et Denis Loré deux professionnels confirmés, le premier ayant depuis, pris les rennes des arènes de Madrid.

De blessures en blessures dont la dernière au pied des plus handicapantes, l’ont contraint à mettre un terme à sa carrière, après une lourde décision qui l’affecte beaucoup évidemment (il nous le confiait avec beaucoup d’émotion lors d’une visite à notre club). Trop jeune pour quitter définitivement la scène il compte rester dans le milieu taurin en conseillant les jeunes futurs toreros. Actuellement il a pris sous sa houlette Jorge Isiegas que nous avons eu le plaisir de découvrir en sa compagnie lors de la tienta qui a eut lieu en février à Boujan/Libron. Alberto porte une affection particulière à la France qui lui a souvent ouvert les portes de ses arènes dites  toristes  comme Vic Fezansac, Ceret, Alès… Il ne regrette pas ce choix difficile qui lui a permis d’assouvir sa passion, en se mesurant à des bêtes, certes difficiles, qui le dépassent souvent par la taille en comparaison de la sienne, en particulier lors de la mise à mort. Ce n’est pas un problème, dit-il, pourvu que le toro baisse la tête, ce qui a lieu le plus souvent; mais bon quand ce n’est pas le cas, c’est une autre affaire…

Pour ma part, je constate que souvent devant ces aurochs, tels David devant Goliath, on donne leur chance à ces petits et courageux fantassins. Pensez à Fernando Robleño, Marc Serrano, Julien Lescaret et d’autres encore. Je dirai, encore une fois, que ce système est vraiment injuste et donne trop le pas aux vedettes et aux toros formatés pour elles. Ces toreros dits de seconde catégorie, se voit contraints d’accepter ce qu’on leur propose tout en étant moins payés et en ayant moins de contrats, il mériterait d’avoir de temps en temps l’égalité avec les vedettes car ils sont artistes eux aussi, on le voit lorsqu’il ont la chance de tomber sur un toro noble. Mais là je m’aventure sur un terrain glissant qu’est l’opposition torista ou torerista, c’est encore un autre sujet…

Une lueur d’espoir ? J’ai vu au cartel des Fallas de Valencia Paco Ureña aux côtés de Ponce et Talavante avec des Domingo Hernandez-Garcigrande.

A Istres le trio annoncé : Ponce, Diaz et Paco Ureña face à des Adolfo Martín. Le roi Enrique se frotte à des toros différents malgré son statut de vedette, accepte de toréer avec les deux compagnons qui n’ont pas toujours mangé du caviar.

En attendant souhaitons succès et récompenses à nos deux gladiateurs que sont Padilla et Aguilar pour leur dernière temporada !

Chicuelina mars 2018

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Commentaires

28.08 | 17:56

bonjour
ou trouve ton les autres noms de toreros il y a les A et les B mais ou trouver les autres merci

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01.01 | 11:51

Très belle image pour le changement d'année. Que 2019 nous régale de belles faenas et de bons toros.

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26.09 | 09:44

Merci de votre apport.

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25.09 | 13:59

N'oubliez pas mon compatriote Nikko Norte, "El Holandès" novillero sans picadors jusqu'en 2005, qui va publier ses mémoires le mois prochain (octobre 2018)!

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