2700 ANS DE CORRIDA - 1°Partie - Ch.1°à 2°

HISTOIRE: 2700 ANS DE CORRIDA ...

 (D’après le livre de Claude Pelletier: "L'heure de la Corrida")

CHAPITRE 1

1: ORIGINES DU TAUREAU

Il y a quelques deux millions d'années, apparait en Asie Centrale, l'ancêtre du taureau de combat: "l'aurochs" D'une taille colossale, deux mètres au garrot, il a forgé par sélection trois arguments de survie:

-sa masse,

-ses cornes dirigées pour tuer

-et cet instinct agressif appelé " bravoure"

C'est à partir des peintures rupestres de Lascaux que l'aurochs est découvert. Le male est corpulent sur l'avant, haut, long; son poil est noir, brun ou rougeâtre, son museau fin. Un halo clair entoure l'œil et une raie fauve court souvent le long de l'épine dorsale. De plus, il porte sur la tête, une redoutable paire de cornes aux pointes relevées et qui s'écartent légèrement.

Après plusieurs millénaires de vie sauvage, l'humanité fait un pas de géant vers 8000 avant J-C avec l'apparition de l'agriculture et de l'élevage. La cueillette est remplacée par la récolte et la chasse par la domestication animale. Bientôt la chasse se transforme en simple complément alimentaire, puis en loisir. Les rapports entre l'homme et la bête deviennent détendus et rassurants

 

2: LE TAUREAU DEVINT DIEU

Dans toutes les civilisations de la Méditerranée, aucun animal n'a été distingué autant que le taureau, aucun n'a fait l'objet d'un culte aussi constant et aussi fervent. Perçu comme l'animal le plus beau, mais aussi le plus redouté, le taureau est devenu le symbole de cette conquête majeure.

- En Egypte, le bœuf "Apis" devient le dieu de la fécondité, de la fertilité et de l'abondance

- Au proche orient, les hébreux cèdent également au "veau d'or" et cet égarement leur vaudra le châtiment de Dieu

- Dans la mythologie,

 Zeus s'absout d'avoir pris par amour la forme d'un taureau pour enlever la belle Europe

Thésée affronte et tue le "Minotaure "crétois, monstre né des amours coupables de Pasiphaé avec le taureau que Poséidon avait fait sortir de la mer.

- De Crète on découvre un témoignage énigmatique d'athlètes qui basculent en pirouette sur des cornes dressées…lutte ou jeu?

- En Europe, Hercule capture les taureaux que Gérion fait paître en " Bétique" actuelle Andalousie

- de Perse, le culte de "Mithra», rival du christianisme naissant. Le dieu Mithra, après une longue lutte capture et enferme le taureau sauvage. Mais le rebelle fuit. Allié de Mithra, le soleil envoie alors son messager, un corbeau, qui impose le sacrifice de l'insoumis. Tel Abraham, Mithra se résigne. Avec son chien, il retrouve le taureau, le maitrise et l'immole. Des chairs de l'animal surgissent alors des céréales, de son sang la vigne, et de sa semence toute la lignée des animaux utiles.

Au début de notre ère, on distingue trois grandes familles d'aurochs primitifs

- L'européen, parfois colossal aux cornes redoutables

- L'africain, moins corpulent aux cornes basses

- L'asiatique, souvent noir, aux cornes relevés, ancêtre possible de l'actuelle race "Camargue"

Ces trois souches vont se mêler au rythme lent des migrations des hommes, particulièrement en péninsule ibérique, point de rencontre des deux principaux axes de migration au nord et au sud du bassin méditerranéen. Des hardes d'aurochs y survivent à l'état sauvage, avec des bovidés domestiques, en fuite ou livrés à eux-mêmes.

Les refuges les plus profonds de la sauvagerie taurine seront pendant longtemps, les grandes forêts de l'Europe centrale, ou l'ultime aurochs disparaitra au XVIIe siècle, les deltas déserts des grands fleuves, le Rhône, l'Adour, le Guadalquivir, soit en général toutes les zones isolées.

On peut dire que l'acte taurin plonge ses racines dans cette résistance à la domestication.

3: ROME BERCEAU DE LA TAUROMACHIE

Il existe une indéniable parenté entre certaines formes de jeux romains et l'actuelle corrida. Au 1er siècle, Jules César, qui a chassé l'aurochs en "Thessalie" introduit le taureau sauvage dans les jeux du cirque.

L'après midi le public assistait au "munus" vespéral; c'était les combats de gladiateurs, dont les affrontements sont bien connus contrairement aux jeux de la matinée, moins connus mais très prisés "les venationes". On y voyait des démonstrations d'athlètes, des combats d'animaux et des exhibitions qui s'apparentaient aux scènes de chasse transposées en champs clos.

C'est là l'origine de la tauromachie  les Romains ont inventé sa toute première forme. On pouvait y voir des hommes appelés "taurarii" ou "taurocentae" exciter le taureau à coup d'aiguillons, aidés en cela par des "successores" (peones aujourd'hui). On brulait la peau de la bête, avec des torches, on la confrontait avec un mannequin bourré de paille, on lui opposait des chiens.

Mais on a pu voir aussi certains hommes se livrant à des tours d'acrobatie tel que: sauter avec une perche, se glisser dans un panier sphérique, effectuer des feintes et razets, ou se réfugier dans des tourniquets à cloisons dressés au centre de la piste (cochlea)…..et sur un dyptique byzantin, on voit un de ces personnage se servir d'un morceau d'étoffe.( Francis Cantier Toros 1982)

…et autres similitudes, la cérémonie commençait par la "Pompa" défilé solennel des acteurs, comme aujourd'hui le "paseo" et les spectateurs agitaient des pièces d'étoffe pour marquer leur satisfaction, comme de nos jours à Séville on agite les mouchoirs.

Jules César, le chasseur, a donc suscité les premiers actes taurins. Ils ont surgit naturellement de la pratique grecque de pourchasser le taureau à pied ou à cheval avec des chiens.

"Venationes" a donné "vénerie" et "corrida" vient de l'acte cynégétique fondamental de" courre"(chasse a courre et corrida ou course)

…et le chasseur devint cible 

A un millénaire de distance, à Rome comme à Bayonne l'acte taurin, c'est-à-dire la situation de danger voulu, part donc de l'enfermement d'une action de chasse à la traque. La tauromachie, qui est combat, nait au moment précis du renversement des rôles traqueurs-traqués, à l'instant du basculement psychique, quand le gibier fait front et quand le chasseur devient cible. Ce passage de l'acte de chasse à la tauromachie est rendu inévitable par la réduction de l'espace au champ clos de l'arène ou restreint de la rue. L'instinct agressif déclenche alors sa réponse, la bête poursuivie se met à charger.

4: LES CONTRADICTEURS SE MANIFESTENT D'ENTREE DE JEU

Les jeux du cirque avaient à l'origine le sens religieux d'un hommage funèbre. Ils perdirent rapidement ce caractère sacré pour devenir un divertissement profane, ce qui leur valut très vite la réprobation des meilleurs esprits contemporains, notamment les derniers sages de la Grèce qui se détournaient avec horreur de cette " barbarie "

Cicéron imprégné d'hellénisme donna très tôt à Rome le signal de la censure. Ce qui choquait, c'était la gratuité de ces massacres dont la cruauté malsaine, de plus en plus voulue et accentuée, provoquait le dégout et la honte.

L'austère "Juvénal" auteur de la célèbre formule "panem et circenses" y voyait le symbole d'une décadence générale des mœurs dans une société malade.

Avec la vague de fond chrétienne, les premiers interdits vont apparaître, aux IIIe et IVe siècles. Rappelez-vous Blandine, épargnée par les carnassiers, torturée et finalement achevée par un taureau en 177 à Lyon.

C'est ainsi que les premiers empereurs baptisés prohibent les jeux du cirque, interdisant les combats de gladiateurs, mais épargnant les "venationes" qui se prolongeront bien après le déclin de Rome. Et pour des raisons théologiques évidentes, et d'abord pour leur appartenance fondamentale au paganisme, l'église ne pouvait que condamner les jeux du cirque.

Survivance des jeux qui ont essaimé partout sur le territoire de l'Empire Romain, les "venationes" vont se développer en Hispanie et dans le sud des Gaules.

 

 

CHAPITRE 2

1: DE LA FETE AU SPECTACLE

Aux environs de l'an mil, apparaissent les premières résurgences des jeux ou des combats du taureau, entre l'Ebre et la Garonne. Pas de documents pour établir une continuité entre les "venationes" de Rome et les premières "corridas" mais de nombreuses analogies.

Le plus ancien texte taurin connu date de 1135. A Varea, près de Logrono, on fait courir des taureaux pour le couronnement d'Alphonse VII de Castille

En 1263 Alphonse X le Sage devient le premier législateur de la tauromachie.

La tauromachie apparait dans la vieille Espagne médiévale et chrétienne sous la forme d'un divertissement populaire et spontané du lâcher de taureaux. A partir de là, deux fêtes vont se distinguer et s'organiser en spectacle:

- la joute aristocratique équestre de Castille

- la corrida à pied de Navarre.

Fait remarquable, l'Espagne chrétienne coïncide avec l'Espagne taurine, l'autre musulmane, est silencieuse sur la tauromachie. Les chevaliers maures descendront dans l'arène, poussés par l'émulation, mais la tauromachie restera toujours étrangère aux structures mentales de l'Islam.

 

2: LES PREMIERES TAUROMACHIES  IBERES

L'origine de toute forme de tauromachie est un miracle écologique: le maintien naturel des caractères primitifs de l'aurochs préhistorique, et cette résistance à la domestication, peut s'expliquer par la géographie et l'histoire. Les troupeaux se sont toujours maintenus dans l'isolement farouche de régions difficiles d'accès ou de vie: delta du Guadalquivir, ainsi que ceux du Rhône et de l'Adour en France, les bardénes de Navarre et la steppe rude des plateaux castillans, ainsi que de grandes zones incontrôlées, conséquence des luttes entre la "croix" et le "croissant" entre 711 et 1492.

Et dans une nature libre et en réponse aux pressions d'un milieu hostile, s'est préservé l'agressivité de l'aurochs et de son descendant le "toro brave" c'est-à-dire sauvage, depuis la préhistoire  à nos jours. Et cet animal servi de matière à la plus ancienne et la plus simple des tauromachies: le lâcher de taureaux dans les rues et sur les places. Cette tradition naïve de jouer dangereusement avec le taureau farouche est commune à tous les peuples du taureau: de Gibraltar à la Gironde, de Lisbonne à la Camargue et même en Amérique Hispanique, les conquistadors ayant apporté avec eux ce nouveau jeu.

Une autre tauromachie très ancienne est l'enfermement d'un troupeau, qui traverse en trombe les rues d'une ville, précédé et accompagné par une foule (les corredores), coureurs volontaires et audacieux. Cette manœuvre est très pratiquée dans le nord de la péninsule Ibérique et porte le nom de "encierro"

appelé en France "abrivado".

 

3: A BAYONNE…..

La plus ancienne mention d'un divertissement taurin populaire date du XIIIe siècle, à Bayonne. En 1289, Hugues de Broc, envoyé par Edouard roi des Anglois, pour imposer à la ville un arbitrage supérieur, suite à des dissensions, réglemente la puissante corporation des "carnassers" les bouchers. Ce texte  établit la preuve que cette forme de tauromachie primitive, toujours vivante à Bayonne a au moins sept siècles d'existence. Il est défendu aux bouchers de lâcher  taureau, bœuf vache, pour les faire courir en ville, avec des chiens ou autrement, sans autorisation préalable du maire ou d'un de ses lieutenants.

4: DEUX ECOLES: L'ESPAGNOLE  ET LA NAVARRAISE.

Sur la base de ces jeux populaires vont se détacher des rameaux distincts de tauromachies organisées en spectacle.

Les premières mentions de ces fêtes royales du taureau remontent au très haut moyen âge en Castille, où il est rapporté qu'à l'occasion de la réunion des "cortes" sorte d'états généraux, de 815, il se combattit chaque jour des taureaux.

Il est difficile de l'affirmer, car cette donnée fut consigné quatre siècles plus tard par Alphonse X le Sage dans le "Codigo de las siete Partidas"  qui ne donne pas sa source, ni la tradition orale qui la soutient. Cependant, entre autres dispositions, il est porté condamnation à trois reprises contre les gens qui perçoivent de l'argent pour combattre les taureaux. Il faut voir dans cet interdit la preuve irréfutable, semble-t-il, qu'un embryon de tauromachie professionnelle et populaire, existait déjà, et que le phénomène n'avait rien d'exceptionnel.

Le code engage l'histoire de la corrida pour quatre siècles, fondant une sorte de schisme taurin fondamental. Jusqu'au XVIIIe siècle, deux tauromachies parallèles vont s'ignorer:

- l'espagnole équestre et aristocratique permise par le code castillan, lequel confisque la pratique taurine au profit  d'une caste servie par des valets (peones), reléguant…

- la tauromachie populaire toujours très vivace, au rang d'un divertissement sommaire, populacier et sans perspective: la Navarraise, piétonne et populaire.

Du XIIe au XVIIe siècle, entre deux empoignades avec les Maures et deux expéditions aux Nouvelles Indes, la Castille, face au taureau, cultive sa bravoure cavalière, son efficacité militaire et, bientôt son élégance de première cour européenne. Ainsi, à l'occasion de tout évènement heureux, naissance, noces, couronnement, victoires, traités avantageux, se donne en place publique, la noble et royale fête de taureau.

 

5: EN CASTILLE…DE  LA  LANCE  AU  REJON

Au long de son histoire, on peut distinguer deux formes de combat résultant de l'évolution des techniques guerrières, dont de l'art de monter à cheval.

Au temps de l'armure, quand la cavalerie constituait la principale force d'assaut, on chaussait l'étrier long pour recevoir le choc frontal à la lance. Debout en selle, le cavalier faisait passer l'essentiel de ses indications par le mors et les éperons.

C'était l'équitation à "la brida" …et comme le Cid Campeador, la noblesse castillane a donné la "lanzada" le coup de lance au taureau sur la Plaza Mayor, sous le regard satisfait du souverain, et celui attendri des belles dames.

Mais arrive la poudre à canon, dorénavant on se tue à distance, et les cavaliers changent leur façon de combattre. Aussi, la monte s'allège, s'affine, se raccourcit.

Elle doit être plus précise pour permettre d'aller plus vite et de tourner plus court sans que les brusques changements de direction fassent perdre l'assiette. Il faut  donc remonter, serrer les jambes plus fort et chausser plus court. Ainsi les indications du cavalier à sa monture passent de plus en plus par les genoux.

C'est l'équitation à la "Jineta". Dés lors, on ne va plus affronter le taureau à lalance face-à-face, (rostro à rostro) au trot, hampe bloquée sous l'aisselle, mais on va tauréer au galop, tenant à bout de bras, le coude levé, une sorte de javeline: le "rejón". C'est la tauromachie équestre propre au XVIIe siècle.

Le passage de la lance au rejón a complètement changé le rôle des serviteurs des cavaliers, laquais, valets, péons.

A la lance, ils étaient simplement commis au mors du cheval d'assaut pour le placer et attirer sur lui l'attention du taureau par diverses provocations.

Au rejón, ils prennent de l'importance, car cette course est plus subtile et plus technique, car c'est le taureau qu'il s'agit de placer.

De plus, l'étiquette pointue de Castille impose à ces gens qu'en cas de chute du cavalier, blessure du cheval, perte du chapeau ou d'un gant, ils ont l'obligation d'honneur de venger l'affront à l'épée. C'est pour cette raison qu'au début du XVIIIe siècle, on voit les aristocrates de Séville ou de Cordoue s'entourer pour le combat, non plus des gens de maisons, mais d'un personnel beaucoup plus qualifié et spécialisé.

Ainsi les familles des "Costillares" tripiers à l'abattoir de Séville et des "Romero" charpentiers à Ronda, ont fourni des lignées d'armes attachées aux Reales Maestranzas de Caballeria, académie d'équitation où on pratiquait couramment l'entrainement au combat du taureau.

De ce creuset de formation très concrète sortiront les premiers toreros professionnels andalous.

6: LA TAUROMACHIE A PIED DE NAVARRE.

La Navarre est un pays de petites et moyennes propriétés qui ignore le poids écrasant d'une noblesse militaire de conquête. En Castille puis en Espagne, la tauromachie sera équestre jusqu'au XVIIIe siècle. En Navarre elle restera toujours piétonne et populaire. La corrida y est professionnelle. En Navarre, dés le XIIIe siècle, il était d'usage de payer des mata-toros des tueurs de taureaux à gages.

Au XVIe siècle la corrida de Navarre se distingue par la richesse naïve de son répertoire.

- On affronte le taureau de pied ferme, seul ou en groupe serré appelé "palenque" sorte de rempart humain armé de triques et d'épieux.

- Autre figure, celle d'un "trompe la mort" qui provoque la charge du taureau, et se laisse tomber au dernier moment dans une énorme jarre enterrée dans le sol de l'arène: " la tinaja"

- mais l'exploit le plus prisé était celui de la "lanzada de a pié"  l'arme fichée en terre le mata-toros attend seul la sortie du fauve qui vient s'enferrer sur la lance…dans le meilleur des cas.

La corrida navarraise est la toute première version de l'actuelle corrida.

Le professionnel navarrais ne conçoit pas de risquer dans l'arène un outil de travail aussi précieux que le cheval. La surveillance du bétail se fait traditionnellement à pied car les espaces restreints et accidentés n'imposent pas le recours au cheval. Le "pastor" bouvier du adapter des gestes obligatoires dans l'exercice d'une  profession risquée.

Trois gestuelles de base s'imposent quand un homme à pied approche, de près et sans la cape castillane, du bétail agressif:

la course, l'écart ou la feinte et le saut dans une situation d'urgence: c'est là le fond éminemment athlétique de la tauromachie nordique.

 

En 1701, Bayonne importe une course de ce genre pour fêter le passage de Philippe d'Anjou, petit fils de Louis XIV désigné comme nouveau roi d'Espagne par le testament de Charles II.

Du récit des jurats bayonnais, on peut tirer de multiples enseignements et notamment que le cérémonial toujours en vigueur de nos jours est déjà  nettement élaboré.

Paséo, salut aux autorités, train de mules pour tirer les taureaux morts, clarines De plus les navarrais ont jetés les bases techniques des jeux de cape. Ils furent de remarquables exécutants d'un répertoire déjà riche, ou l'on reconnaitra les formes premières de la "véronique" "du frente por detrás" des "galleos" et de la célèbre "navarra" première version de l'actuelle "chicuelina".

De plus, toutes les techniques de la pose des banderilles, spécialité qu'ils ont dominé de toute leurs facultés physiques sont mises au point.

Dés 1701, on pose les banderilles à deux mains, au quiebro et à la course.

Plus d'un demi-siècle avant l'apparition du spectacle moderne, son économie générale est donc fixée par les espagnols du Nord.

 

7: L'EGLISE REPROUVE LES PRATIQUES TAURINES

L'exposition gratuite de l'homme au péril de sa vie, voulue par les uns face au taureau, et admirée par les autres en spectateurs, est incompatible avec la morale chrétienne et le droit canonique car elle offense le Créateur, maitre de toute vie.

C'est en Espagne que le débat s'est d'abord élevé. Il faut dire que le combat du taureau coïncidait souvent avec une fête religieuse, et ses bénéfices étaient versés à des œuvres charitables, des paroisses, des communautés pieuses et même… certaines maisons de tolérance.

La passion populaire pour le spectacle mettait l'interdiction en grand danger d'être bafouée ou contournée. En 1489, une voix forte se fait entendre: celle du grand Inquisiteur : Tomas Torquemada.  C'est lui et son frère Juan qui ont donné le signal de la lutte anti taurine et antisémite. De plus, ils n'appréciaient pas le type social marginal du torero qui menait une vie souvent dissolue.

Les rois catholiques ont d'autres soucis avec Grenade qui reste à prendre. Mais sous la pression de l'évêque Tomás de Villanueva, la reine Isabel émue par la mort de deux hommes sous ses yeux, fera embouler les taureaux. Faut dire aussi que la tauromachie était particulièrement meurtrière.

- en 1567, le pape Pie V interdit la tauromachie par la bulle "de salute gregis"

Philippe II sachant ce qu'il peut lui en couter en privant son peuple et surtout sa noblesse, du combat du taureau, ne publie pas la bulle, attend et… négocie

- en 1575, Grégoire XIII successeur de Pie V libère les laïcs de l'interdiction.

-en 1583 Sixte V rétablit l'interdiction

- en 1596 Clément VII lève la sanction.

En France, au milieu de XVIIe siècle Gilles Boutault dans son diocèse d'Aire sur Adour mènera lui aussi un combat perdu d'avance. Il dénonce les excès et les horreurs de la promiscuité des sexes opposés sur les gradins. L'église ne pourra jamais extirper une pratique où elle sent quelques relents de paganisme.

Le costume des toreros est d'abord celui des jeunes élégants madrilènes de la moitié du XVIIIème siècle: les majos et les chisperos équivalents de nos gandins et mirliflores. Le vaste chapeau d'origine le chambergo et la longue cape castillane seront interdits en 1766 par le ministre  "Esquilache " qui les trouve trop "espagnols" pour son gout.

Enrichi et stylisé, ce costume deviendra:  El Traje de Luces

 

 

 

 

 

 

Ci dessous un ex-voto rappelant que les victimes des "capeas" se comptaient par centaines chaque année dans l'arène.  Voilà qui justifiait les foudres pontificales.

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Commentaires

26.09 | 09:44

Merci de votre apport.

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25.09 | 13:59

N'oubliez pas mon compatriote Nikko Norte, "El Holandès" novillero sans picadors jusqu'en 2005, qui va publier ses mémoires le mois prochain (octobre 2018)!

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18.09 | 12:07

Une dernière précision : après le tirage des lots, chaque matador (ou son représentant) choisit l'ordre de sortie de ses toros

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10.12 | 21:17

Bravo à Maurice Daussant ainsi qu'à toute son équipe de bénévoles pour son film sur Gabin Réhabi. Très beau film.

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