CORRIDAS A THEMES - Mode ou Tradition ?

Corridas à thèmes - Mode ou tradition ?

Quelquefois pour célébrer un évènement ou un personnage on donne à la corrida un lustre particulier pour en faire une représentation exceptionnelle.

Lorsqu’on dit GOYESCA nos yeux s’ouvrent sur Ronda et Pedro Romero, créateur du toreo à pied. La dynastie fabuleuse des Ordoñez, en particulier Cayetano, frère du célèbre Antonio, est à l’origine de cette corrida goyesque, souvenir du XVIIIème siècle, du peintre Goya et de Pedro Romero. C’est pour commémorer le bicentenaire  de ce torero que naquit le rendez-vous incontournable des aficionados, début septembre, chaque année depuis 1954 à Ronda, berceau de la tauromachie. Les costumes rivalisent d’originalité et de beauté, s’inspirant de l’époque du génial peintre Francisco Goya (voir les rubriques « Tauromaquia Goya » et « Rondeña goyesca de Morante de la Puebla 2013 » sur ToroLibre).  Les toreros arrivent en calèche aux arènes sous les vivats de la foule. Le premier cartel vit Antonio Bienvenida, César Giron et Cayetano Ordoñez se mesurer dans une corrida concours. Deux ans s’écoulèrent sans goyesca et en 1957 Antonio Ordoñez au cartel va imprimer dans cette corrida le caractère légendaire et exclusif qu’on lui connaît.

Depuis, des goyescas vont fleurir dans d’autres villes taurines pour des raisons plus ou moins justifiées…

Cependant, en France, Arles depuis 2005 a imprimé sa marque. Son originalité est de donner à un artiste libre cours pour décorer le ruedo et les talanquères, le premier fut Christian Lacroix. De plus, la partie musicale est donnée à un grand orchestre qui accompagne des chanteurs lyriques dans un répertoire sortant des sentiers battus.  (voir la rubrique « Goyesca Arlésienne 2014  dans 3° Archives Evènem. » sur ToroLibre)
Cette année le 10 septembre 2016 sera un évènement, nous en parlerons en temps voulu. Mais sachez seulement que les arènes décorées par le torero-peintre Luis Francisco Espla, verront ce dernier reprendre l’épée pour seulement un après-midi. Œuvre éphémère s’il en est, un matador torée dans son propre décor une seule fois…

 A Malaga, patrie de Picasso, depuis 2009 on célèbre l’artiste par une corrida PICASSIANA. Premier cartel: Sébastien Castella, Francisco Rivera Ordoñez et Manuel Diaz El Cordobes. Le costume de notre maestro national était particulièrement original puisqu’il évoquait la période bleue du peintre et son Arlequin tandis que « Les Demoiselles d’Avignon » recouvraient le capote de paseo. Les toreros arrivèrent dans des voitures anciennes du plus bel effet, prêtées par le Musée des Voitures de Malaga. Les talanquères sont décorées depuis peu par le peintre Loren Pallatier.

Pour le 500ème anniversaire de Sainte Thérèse d’Avila, la ville organise une corrida TERESIANA le 11 juin 2015. El Fandi, Sébastien Castella et César Gimenez revêtent un costume quasi monacal, de couleur marron comme une robe de bure avec des manches à crevés, très beau.
Le 18 octobre à Alba de Tormes autre Teresiana avec Manuel Escribano, Daniel Luque et Juan del Alamo.

En juillet 2014 pour conforter les liens existants avec l’Amérique Latine où les toreros s’envolent chaque hiver, Chateaurenard organisa une corrida CHARRA avec des costumes introduits en Amérique Latine par les Conquistadors (Campo Charro = Région de Salamanque).

 Palos de La Frontera en 2010 présente la première PINZONIANA. Les frères Pinzón, navigateurs et explorateurs, accompagnèrent Christophe Colomb dans son premier voyage. Vincent fut le commandant de La Niña et son frère Martin celui de La Pinta, deux des trois bateaux qui partirent à la conquête du nouveau monde. Les costumes de cette corrida sont particulièrement originaux et tout le monde joue le jeu jusqu’au président de la course, tous vêtus à la mode du XVème siècle, les alguazils en côte de maille avec les casques en métal des conquistadors.

 

La dernière née de ces corridas originales est une première cette année. Elle est donnée en l’honneur de Miguel Cervantes pour le 400ème anniversaire de sa mort. Les toros au fer du A couronné (alias Victorino) seront combattus par Rafael Rubio « Rafaelillo », Manuel Escribano et Jose Ramon Garcia « Chechu ». La CERVANTINA aura lieu le 23 avril à Alcala de Henares, je vous en reparlerai ultérieurement.  

La Goyesca de Ronda est devenue une tradition après toutes ces années (début 1954). Arles est en train de le devenir, avec ses particularités propres et son existence depuis 2005 (goyesque de la Feria du Riz début septembre).
Les autres sont-elles un phénomène de mode pour faire connaître leur ville et leur histoire ?  Perdureront-elles dans le cadre d’une tradition recherchée ?
En tous cas, ce genre de manifestation ne peut qu’ancrer la tauromachie, actuellement souvent décriée, dans la culture.

 La Chicuelina - avril 2016

 

Je vous avais annoncé en avril 2016 une autre corrida particulière : La Cervantina en l’honneur du 400ème anniversaire de la mort du génial Miguel de Cervantes (auteur du Don Quijote de la Mancha).
Elle était prévue pour la première fois à Alcalá de Henares. Malheureusement les foudres du ciel ont envoyé des trombes d’eau rendant le ruedo impraticable et la corrida fut annulée… Des photos et films nous rendirent des témoignages de cet évènement pour nous montrer outre la piste inondée, les toreros en habits d’époque avec de superbes fraises autour du cou qu’ils avaient le droit d’enlever pour toréer, car en effet cet encombrant ornement aurait entrainer des désagréments pour les toreros. Peut-être l’an prochain verrons-nous une cervantina décriée par certains comme une mascarade (allons un peu de respect !) les mêmes sont capables d’envoyer des toros assassins comme hier à Madrid face à de jeunes valeureux qui n’ont que pour raison d’être : ne pas être figuras ! Pero es otra tema…

Il est une autre corrida emblématique, celle qui se déroule à Madrid fin juin, bouclant le cycle de la San Isidro : La BENEFICENCIA qui, comme son nom l’indique, est en faveur d’œuvres caritatives. Cette bienfaisance fut initiée par Felipe IV au XVII éme siècle en raison des difficultés financières de l’Hôpital Général d’Atocha : la recette des festivals taurins serait entièrement en  faveur des œuvres de charité. Plus tard ce fut seulement la corrida dite de « La Beneficencia » qui joua le rôle associatif. Ce jour-la la loge royale est particulièrement décorée, l’effervescence est à son comble pour recevoir les illustres invités. Le no hay billete est de rigueur. Le roi est sa famille sont là, je me souviens de la mère de Juan Carlos, la comtesse de Barcelone, présente jusqu’à un âge avancé et d’une afición débordante (la famille royale soutient les traditions taurines).

Je ne résiste pas à vous conter une anecdote que le grand torero Miguel Arroyo Joselito  nous fait partager dans son livre « Joselito le vrai » ayant des opinions aussi rouges que sa muleta, avait à plusieurs reprises préféré brinder son toros à ses amis plutôt qu’à Sa Majesté. Un jour, en effet, ses amis El Fundi et El Bote présents sur les gradins et affectés de blessures récentes se firent dédiés chacun un toro alors que le roi était présent. Un jour de Beneficencia, le roi absent de la plaza, d’aucun s’écrièrent que c’était à cause de Joselito. Ce dernier pensa seulement que le souverain avait des obligations plus importantes ce jour-lá et l’Infante Elena le représenta. Notre matador, ignorant le protocole et ne sachant comment s’adresser à la fille du roi, l’embrassa sur les deux joues, au lieu de lui donner du madame et tout le tralala… Elle prit ça avec naturel et beaucoup de sympathie au grand dam des politiciens qui levèrent les bras au ciel, surtout ceux de gauches, dixit Joselito. Comme quoi les politiques nous surprennent toujours…

Aujourd’hui 1er juin 2016 Las Ventas est remplie jusqu’aux étagères. Dans le Patio de Caballos les toreros se concentrent. L’enjeu est important, l’heure est grave… De sa loge royale le vieux souverain salue la foule qui l’acclame (quoi de meilleur pour le soutien à notre passion commune ?). L’hymne espagnol retentit.
Nous allons assister à une corrida historique ont écrit les chroniqueurs taurins. En effet, devant des Victorianos del Rio de qualité nos trois maestros vont nous régaler de leur art, avec chacun leur propre personnalité, ce qui est l’apanage des toreros de ce niveau.

D’abord Sébastien Castella qui, malgré son 4ème paseo à Las Ventas, ne parviendra pas à couper les oreilles de ses adversaires pour cause de conclusion inachevée… Décidément injuste après le traitement qu’on lui infligea devant les Adolfo Martin qu’il avait accepté de toréer (ce que ne font pas souvent les figuras).

Jose-Mari Manzanares va nous conduire dans des sentiers dont lui seul a les secrets et Madrid en transe va réclamer la queue ! Les deux oreilles rapidement accordées par la présidence conquise vont déclencher des larmes d’émotion.

Puis le jeune Alberto Lopez-Simon, complétant ce cartel de luxe, entre en scène. Après une puerta gayola et un capote prometteur il va nous entrainer dans une démonstration toute en lenteur et en douceur… Après ce chef d’œuvre il pourra s’adonner à des adornos car il sait qu’il va s’offrir la 4ème Grande Porte à Madrid…

Les deux jeunes hommes, sous les cris de  to re ro, to re ro, vont traverser une foule excitée jusqu’à leur coche qui paraît très lointain...

Voilà la Beneficencia à Las Ventas, il s’y passe toujours quelque chose et vous n’en sortez pas sans émotion.

La Chicuelina
2 juin 2016

Écrire un nouveau commentaire: (Cliquez ici)

123siteweb.fr
Caractères restants : 160
OK Envoi...

claudio | Réponse 23.04.2016 09.59

tres bien ce petit reportage sur ces divers types de corridas

Voir tous les commentaires

Commentaires

26.09 | 09:44

Merci de votre apport.

...
25.09 | 13:59

N'oubliez pas mon compatriote Nikko Norte, "El Holandès" novillero sans picadors jusqu'en 2005, qui va publier ses mémoires le mois prochain (octobre 2018)!

...
18.09 | 12:07

Une dernière précision : après le tirage des lots, chaque matador (ou son représentant) choisit l'ordre de sortie de ses toros

...
10.12 | 21:17

Bravo à Maurice Daussant ainsi qu'à toute son équipe de bénévoles pour son film sur Gabin Réhabi. Très beau film.

...
Vous aimez cette page