4°ARCHIVES Réfl-An

Séquence nostalgie

Les années 1990 resteront une époque remarquable pour les nombreuses novilladas qui remplissaient les arènes alors. Pléthore de jeunes novilleros les plus doués faisaient courir l’afición. Et il fallait s’appeler Simon Casas pour faire couvrir d’une bulle les arènes de Nîmes et créer un engouement nouveau chez l’aficionado engourdi par l’hiver. Ce nouveau lieu connut un succès retentissant et une feria de novilladas naquit en février à la grande joie de l’afición, en sommeil habituellement à cette époque de l’année.

 Marcos Sanchez Mejías, Manuel Caballero, Antonio Manuel Punta, Erick Cortes, Denis Loré, Bernard Marsella, San Gilen, cette liste vous parle ? Trois noms se détachaient cependant dans un cartel sans cesse renouvelé : Finito de Cordoba, Jesulín de Ubrique et Chamaco. Finito revenu sur scène, a le vent en poupe en ce moment, avec des succès retentissants, il est l’heureuse doublure d’Enrique Ponce qui se trouve sur le banc de touche par un coup du sort malheureux. Jesulín de Ubrique revient prudemment mais sans éclat. Quant à Chamaco il fut l’évènement prometteur de la feria d’Arles à Pâques 2019 avec les toros de Jandilla et Vegahermosa. N’ayant plus toréé depuis vingt ans ce ne fut pas facile de revenir en piste…

Loin du jeune torero, bouillant, excentrique, à la mèche rebelle, aux gestes électriques qui avait séduit l’aficionado en mal de nouveauté, voilà un quasi quinquagénaire, un peu enrobé, certes malicieux et heureux de retrouver son public mais cherchant ses marques avec difficulté pour être « a gusto » avec son partenaire qui ne collabore pas particulièrement… Nous savons que la tauromachie est un art plutôt difficile qui exige une lourde discipline. Cependant à son second adversaire la confiance revenue, nous avons entrevu les facéties du novillero rocker d’il y a des années. Une voltereta enclencha les hostilités, réveillant les tendidos avec la gestuelle coléreuse de l’époque ! Le torero vétéran s’agenouilla pour une série qui fit lever les tendidos, déclencha les OLE et CHAMAACOOO... d’antan. Avec un humour pétillant il réveilla les émotions passées et la nostalgie qui firent jaillir les mouchoirs. Malgré les protestations des « toujours les mêmes empêcheurs de toréer en rond » un président indulgent obtempéra. L’oreille protestée fut vite escamotée par le maestro lucide mais heureux qui donna la vuelta sous les acclamations du public le fêtant très justement. Chamaco entré dans l’histoire dans les années 1990 y retourna pour rester définitivement dans nos mémoires.

Par ailleurs, le jeu intéressant des Jandilla-Vegahermosa donna une excellente Tarde pascale où le capote fut roi. Un mano à mano de quites entre Castella et Perera anima toutes les prestations. Sébastien traverse une période de plénitude où son toreo atteint des sommets. Les deux oreilles à son second toro auraient doublé avec un coup d’estoc réussi car la première faena était encore plus aboutie que la seconde. Miguel Angel Perera afficha une solide démonstration toute en grâce et fluidité devant ses adversaires, hélas sans aciers…

 

La Chicuelina 29 avril 2019

AH ! LES ARTISTES !

Badajoz…Jour de fête…Jour de corrida…Arrivée insolite…

Une R6 dans sa simplicité populaire, étincelante de sa blancheur du passé, s’ouvre un passage pour atteindre les arènes. A l’intérieur, trois silhouettes scintillantes de leur destin hors norme confèrent à cet aréopage un caractère surprenant, presque incongru…

Oh, non ! quand même ! un torero, qui dans nos esprits est à l’effigie d’un héros, un torero arrive dans un grand véhicule ou dans une voiture de luxe, ou dans une calèche…mais, pas dans une R6, même si elle peut être répertoriée voiture ancienne. La R6, vous savez, la petite berline des années 70, voiture basique, pratique, économique qui n’a jamais éveillé l’admiration ni l’envie par son manque d’esthétique !

Ce lundi 24 juin, à Badajoz, l’image fait sourire. Néanmoins, en la regardant, derrière mon amusement, j’ai ressenti une pointe d’étrangeté, de curiosité…La suggestivité des images n’est plus à démontrer. Dans notre monde de communication visuelle, la publicité l’exploite à tout va. Mais avant elle, grâce à la peinture, à la sculpture, à l’utilisation de la caméra et à bien d’autres expressions, les artistes se sont exprimés, ont parlé au Monde, ont parlé du Monde, réveillant des émotions, des rêves, des interrogations humaines, sociales, politiques…

Et là, cette image interpelle, ne laisse pas indifférent.

Pour comprendre, revenons en arrière. Antonio Ferrera a connu une carrière chaotique dessinée par des corridas dures. A Badajoz, le 14 mai, il se jette d’un pont. Il se jette dans les bras de la dame blanche qui desserre son étreinte. Ce n’est pas son heure. Et l’on peut se demander ce qu’elle a bien pu lui susurrer à l’oreille ou au cœur, car le torero est Autre ou bien reconnecté à son être le plus profond, le plus intime…Car, le 1er juin, seulement quinze jours suivant ce que l’on qualifie de drame, dans les arènes intransigeantes de Madrid, accouplé à « Bonito » de Zalduendo, il réalise la plus belle et la plus inspirée faena de sa carrière. Lui, le torero taxé de « pueblerino » (tout juste bon à charmer le public des villages), tel le phoenix, renaît de ses cendres, encensé, glorifié par la presse.

« Pueblerino », mot-clé que va symboliser la superbe R6. Antonio Ferrera assume son destin et le clame !

Le samedi 22 juin, Antonio Ferrera arrive aux arènes de Badajoz dans son carrosse, la R6. Avec des passes longues, expressives et très liées, ponctuant une faena éblouissante d’improvisation, il gracie « Jilguero » de Victoriano del Rio. Triomphe !

Le lundi 24 juin, dans cette même place, il est au programme avec l’élevage de Zalduendo. Superstition respectée… Il réitère et se déplace dans sa R6. Magnanime, le torero aguerri emmène avec lui les deux autres jeunes toreros, Ginés Marín et David de Miranda, les plaçant ainsi sous les auspices de la petite berline. On croirait un début de film à la Walt Disney ou à la Steven Spielberg. Et la petite R6 jette son dévolu magique sur les trois diestros. Antonio Ferrera répète ses prouesses dans une faena des plus inspirées, pleine d’émotions, et gracie « Juguete », Ginés Marín coupe deux oreilles, et David de Miranda reçoit une ovation et une oreille. Le trio de lumière s’en retourne les bras chargés de trophées et chose peu courante voire très rare, deux toros graciés dans une feria de trois jours.

Alors oui, ce lundi 24 juin, dans le véhicule de la modestie de leur cœur, le trio rutilant de ses prouesses fait le buzz ! Désir de rompre avec la pesanteur des codes, avec les préjugés, avec la superficialité sociale…Désir de défier ceux qui n’ont pas cru en eux…Désir de défier les injustices…Désir de montrer ce qu’ils sont réellement, sans artifice dans la vie quotidienne comme devant les toros... L’instigateur–conducteur de la très dorénavant célèbre R6, Antonio Ferrera, chef de lidia, pourrait nous en conter un peu plus, ou non, car parfois, le sens de nos actions dépasse notre première intention, de surface, révélant ainsi les coulisses de notre inconscient.

En effet, la situation expose un contraste détonnant entre la simplicité du véhicule et ses passagers vêtus d’un habit chargé d’or, d’un habit d’un autre ailleurs. Situation métaphorique grâce à laquelle ces hommes, dont le destin est lié à celui des fauves, nous révèlent les différentes facettes du prisme de leur vie si particulière, voire extraordinaire : simplicité, vulnérabilité, humilité, force et grandeur d’âme…

Enfin, on ne saura jamais qui de la R6 ou du talent des matadors ou de la noblesse des élevages a permis la victoire, peut-être est-ce un mélange des trois ? …Ah ! Les Artistes !

Et la légende peut s’écrire…

Picaflor  - Juin 2019

...jeter le blé à l'espèrance

« Il faut jeter le blé à l’espérance »

(Les mots en italique sont de la chanson occitane « Lo dia, Maria » (Le jour, Marie) de NADAU)

          « Le jour, Marie, s’est mangé la nuit. »
         
Et la voiture file avalant les derniers kilomètres.
          Le silence des restes de nuit hante l’habitacle.
          Et peu à peu, dans le cœur des hommes, s’installe le silence de demain.

          « Il faut jeter le blé à l’espérance. »
         
Espérer que tout se passe bien.
          Espérer que les toros soient beaux et nobles.
          Espérer que le Maestro soit en forme, inspiré.
          Espérer que sa muleta accueille avec aguante et temple la charge du fauve.

          « Le jour, Marie, s’est mangé la nuit.»
         
Le rituel de l’habillage impose les mots rares, murmurés.
          Le geste de toujours essaie de conjurer la peur.
          Les murs de la chambre abritent une cérémonie du corps et de l’esprit.

          « Il faut jeter le blé à l’espérance »
         
A Marie, le torero confie son cœur et son âme.
          Dans la fraîcheur du patio, empli de l’odeur âcre des chevaux,
          Il se vide de toutes choses, il se vide du passé et du futur,
          Pour n’être que Celui du présent qui va au combat.

          « Le jour, Marie, s’est mangé la nuit.»
         
La lumière est blanche, l’air brûle et le sable crisse…
          Au premier cercle du destin, un arrêt, un arrêt pour tracer le signe de l’espérance.
          Calme, les pas habillés de rose, brodés de l’épi de blé, il avance.

          « Il faut jeter le blé à l’espérance.»
          Observer la bête, chercher à la comprendre…
          L’affronter avec sincérité, crainte et respect,
          Sans jamais oublier, pas même un seul instant,
          Que cette rencontre mystérieuse est toujours dans l’ombre de la mort…

          « Il faut jeter le blé à l’espérance.»

Picaflor - 11 août 2019

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Commentaires

28.03 | 23:44

Très intéressant à lire. Beau portrait.

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27.03 | 00:03

Merci pour l’histoire, celle qui me renforce dans mon aficion

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28.08 | 17:56

bonjour
ou trouve ton les autres noms de toreros il y a les A et les B mais ou trouver les autres merci

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01.01 | 11:51

Très belle image pour le changement d'année. Que 2019 nous régale de belles faenas et de bons toros.

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