10°Archive EVENEMENT

Feria des souvenirs

Feria des souvenirs

Nous sommes des collectionneurs de souvenirs, nous les aficionados…

Aussi lorsque la Feria 2020, si réduite qu’elle fut, eut le mérite d’exister sur deux jours au lieu de quatre, outre les souvenirs mais aussi la joie, le manque engendré par un virus inconnu, fut comblée par une brassée d’instants particuliers. L’exaltation fut unanime pour les cœurs un rien désabusés, vidés de toute attente dans ces temps incertains, mortifères pour les esprits qui s’interrogent sans fin sur notre avenir.

Miracle de la passion, de l’union des volontés, du désir de braver tous les dangers de ce microbe et surtout l’amour que nous portons à cet art sublime qu’est la tauromachie, une des ferias qui restera dans les annales sera bien celle-là même si elle aura été brève. Tous les évènements festifs, culturels ou sportifs se virent annulés ou eurent lieu devant un public absent, le comble ! Envolés les espoirs d’anniversaires ! Les trente ans du Roi Enrique, inusable dans ses prestations élégantes toutes en savoir de l’Art Taurin, les vingt ans de notre bien aimé Sébastien, devenu une figura internationale et qui allait nous enchanter par ses prestations toutes en puissance et qui porta à bout de bras l’organisation de cette feria des souvenirs qui s’inscrira dans les annales des arènes du Plateau de Valras ! La raison aussi était de fêter dignement l’homme qui était aux manettes depuis trente deux ans. Sous la triple casquette d’Empresa, d’Eleveur et d’Apoderado, Robert Margé se devait d’être dignement honoré pour son action durant toutes ces années. Le passage de relai fut évoqué et l’on peut penser que la famille Margé sera encore présente dans les arènes biterroises…

La fête fut belle avec en point d’orgue l’indulto de Mogador, élevé aux Monteilles, par le grand Miguel Angel Perera dons le brio, la grâce et le  « poder » enchantèrent un public séduit. Et comme le dit avec bon sens Paul Hermé « pour les querelles bysantines, on repassera ».

Le final fut improvisé par tous les toreros heureux d’offrir un dernier toro en faisant montre de tout leur talent dans tous les domaines de la Lidia.

L’on vit la belle amazone Léa Vicens troquer ses chevaux contre un cheval de picador pour une pique qui était une première. Le ballet des « rehiletes » fut dansé par Sébastien Castella, Miguel Angel Perera et Manuel Escribano. La faena fut partagée par Paco Ureña, Carlos Olcina, Sébastien Castella alors que l’estoc était porté magnifiquement par Manuel torero de Gerena.

Toutes ces émotions font affluer les souvenirs…Ceux des premières ferias bon enfants, balbutiantes qu’avait instaurées Jules Faigt en 1968 pour palier aux manques de festivités à l’époque en août à Béziers. Joie, liberté, peu de contraintes, comment oublier ces instants bénis que nous ne retrouverons peut-être plus…Car la vie qu’on nous impose actuellement est celle qu’on veut laisser derrière nous.

« Est-ce ainsi qu’ira la vie jusqu’à la mort ? Voyagerons-nous à jamais à côté d’inconnus masqués ?

Ferons-nous toujours la queue sur les trottoirs même en hiver au risque là de tomber bel et bien malade ?

Et les petits enfants n’embrasseront plus leurs grands parents ?

Et les voisins ne se serreront plus les mains ?

Tu masques ton visage en lisant ton journal, tu marches tel un robot

dans les couloirs du métro, les gens ne te touchent pas il faut faire le premier pas.

Anti social tu perds ton sang- froid »  CharlElie Couture

De tout temps et dans tous les pays depuis longtemps nous subissons des dirigeants avides de garder leur électorat assez mouton pour se faire tondre…

Oui j’ai bien peur que nous perdions notre humanité et nos libertés.

Malgré tout mon cœur se réchauffe avec cette exceptionnelle Feria si différente. Pourvu que j’en vois d’autres sans trop attendre…

La Chicuelina  août 2020

LE SILENCE DES PIERRES

 Les arènes millénaires sont seules, désertées.

 Pas un pied, pas un postérieur ne vient contribuer à l’usure de leur matière.

 Les jours de grand beau temps, les pierres attendent paisiblement que le soleil, compagnon de toujours, les réchauffe à tour de rôle suivant sa course. Elles aiment ça, car elles peuvent apprécier les subtils changements d’éclat de chaque minuscule organisme qui fait la beauté de leur robe dilatée par la chaleur.

 La nuit, compagne de toujours, les couvre de son voile de fraîcheur et de mystère, les obligeant à se contracter dans leur sommeil, et à entrer dans la méditation minérale de leur existence.

 La pluie, dans son débordement de trop plein, vient les rejoindre. Elle déverse toutes ses larmes de chagrin ou de colère ou de joie, elle seule le sait. Elle fouette, creuse, lave, essaie de se faufiler avec agilité et malice dans les moindres rainures. Elle court, roule, craille, chante, susurre, et ses clapotis écrivent une mélodie pour charmer les pierres ascètes.

 Les pierres millénaires sont seules, désertées.

 Le vent, compagnon de toujours, vient souvent leur rendre visite. Parfois, il les caresse d’une brise légère pour les bercer et les consoler dans leur solitude. Mais renforcé par des courants venus d’ailleurs, il devient plus puissant et veut suivre sa route sans aucune résistance. Les pierres doivent assumer leur origine et leur place. Elles ne cèdent pas, stoïques. Leur immobilité altière s’oppose au mistral, et oblige celui-ci à courir comme un fou dans la ronde des gradins. Alors, s’élève vers le ciel, le chant aigu de cet Éole s’insinuant dans les interstices. Puis décuplant son souffle, aussi obsédant que les roulements du tambour sur un champ de bataille, il emplit le vide du cercle inorganique.

 Toujours solides, les pierres millénaires sont seules, désertées.

 En tant que construction terrestre, elles acceptent avec philosophie la compagnie agréable ou déchaînée des éléments de la nature. Mais aujourd’hui, elles ressentent un petit quelque chose d’inhabituel… Elles ont été élevées pierre par pierre pour accueillir les divertissements d’une multitude. Les cris, les agitations, les colères, les soubresauts, les joies, les émotions de toute cette foule se sont tus… Rien…Plus rien…Plus rien ne vient peupler, animer le cercle des pierres millénaires.

Le cœur des pierres murmure un chant de nostalgie. Le cœur des pierres respire un parfum de nostalgie…

 Les pierres millénaires sont seules, désertées.

 Elles n’entendent plus les sabots sauvages du fauve labourer leur sable. Elles n’entendent plus la voix tonitruante du guerrier affrontant le taureau. Elles n’assistent plus à cette rencontre si mystérieuse, à cette danse de vie et de mort laquelle, par on ne sait quel sortilège, étreignait parfois leurs entrailles. Oui, cette rencontre tellurique, sibylline de l’homme et du taureau les fascine, et elles sont heureuses d’accueillir en leur sein ce peuple qui accepte, en voyant cette confrontation, d’intégrer consciemment ou inconsciemment l’histoire de leur destin éphémère d’Être terrestre…

 Les pierres millénaires sont seules, désertées.

 Les odeurs, les brouhahas, les couleurs, les chants, la musique, les énergies de tout un peuple sont cloîtrés dans l’absence… Le silence occupe la place… Le silence pénètre les moindres recoins de l’édifice… Le silence pénètre le cœur du peuple…

 Les pierres sont seules, désertées… Néanmoins, leur sagesse millénaire nous insuffle que le silence n’est pas le rien angoissant, la frustration de ne plus avoir, bien au contraire. Il est soupir, pause, intervalle, calme… Le silence est musique, une autre musique plus subtile, plus profonde comme l’est l’œuvre mouvante de ce duo improbable formé par un homme et un fauve. Le silence crée une respiration dans la partition pour mieux appréhender, saisir, ressentir les sentiments qui nous animent et qui nous donneront la force, l’énergie nécessaires de perpétuer cette passion énigmatique.

 Les pierres millénaires sont seules, désertées, aujourd’hui, dans le calme de la régénérescence.

 Demain, pierres millénaires, la passion renforcée par la solitude redeviendra votre compagne…

Picaflor -   Lundi de Pentecôte 2020, dans le silence des « OLES » …

RÊVE D'UN CONFINÉ

                                      RÊVE D'UN CONFINÉ

                         En ces temps confinés dans nos maison feutrées
                         notre besoin vital est d'aller promener,
                         et au hasard des pas, je me suis retrouvé
                         face à mes arènes aujourd'hui désertées.

                         Devant ce grand portail qui ne va pas rouvrir
                         silencieux, immobile, gardant les yeux fermés
                         je commence à rêver puis j'esquisse un sourire
                         en pensant aux clameurs derrière ces murs épais.

                         Plongé dans mes pensées, j'imagine fort bien
                         que dans quelques instants la course commencera
                         trois hommes courageux, croyant en leur destin,
                         défileront sur l' air très connu de Carmen

                         Je les sens près de moi, qui déposent leurs capes
                         avec ce regard noir d'hommes allant au combat
                         cachant comme toujours cette peur impalpable
                         qui vite disparaitra quand Toril s'ouvrira.

                         Et voila le taureau, noir luisant, tête haute,
                         cet animal puissant aux cornes acérées
                         immobile au milieu, surveillant ce capote
                         qui déclenchera charges vives et serrées.

                         L'homme fait son combat ,souriant, appliqué
                         il enchaine les passes avec art et beauté
                         termine sa faena par un grand volapié
                         qui fait coucher la bête et lever les "olé".

                         Je vois le torero franchir la Puerta Grande
                         acclamé par ses fans, adulé comme un dieu
                         il passe devant moi, j'applaudis et je pense
                         que ce soir entre amis, les hommes seront heureux.

                         Mais voila que d'un coup, une voix m'interpelle
                         coupant ma rêverie et toutes mes illusions
                         en voyant le képi, soudain je me rappelle
                         qu'il  faut sans plus tarder montrer l'attestation

                         Je repris mon chemin, le cœur remplie de joie
                         enivré de bonheur, redoublant de passion,
                         pensant qu'un jour prochain on se retrouvera
                          pour vivre encore plus fort ces moments d'AFICION

El MAYORAL - Avril 2020

FERIAS CONFINÉES

Avril 2020 Pâques en Arles

Ce Corona et son confinement nous font perdre la tête jusqu’à l’hallucination. Je suis en plein rêve : Enrique Ponce le premier emprunte le couloir de cet amphithéâtre séculaire suivi de Jean Baptiste et de Jose Mari Manzanares. Le paseo dans des arènes vides ! Et puis des capotes, des muletas, des faenas, les plus belles, des piques comme on voudrait toujours les voir, un indulto, la musique d’un magnifique orchestre et la voix d’une soprano…

Les visions se poursuivent : le roi Enrique enchaine ses Poncinas au ralenti, Jean Baptiste nous déroule des faenas sans fin, l’une terminée par un recibir et à l’issue de l’autre, il accompagne son adversaire et ami vers la vie et le campo se profile pour le bel animal…C’est la goyesca de ses adieux. Jose Mari Manzanares avec son style particulier nous embarque dans une faena aussi belle qu’il est beau. Son recibir devenu sa marque déposée, fait rouler le toro sur le sable. Les oreilles et les queues sont distribuées dans une corrida improbable. Tout à coup le réveil est brutal, cette corrida était un rêve, trop beau pour être vrai, et pourtant nous avons vécu ces moments à Arles la provençale…Merci pour ce bonheur dans notre malheur.

Demain je retournerai en Provence pour poursuivre mon rêve… 

Aujourd’hui Christ est ressuscité Alleluia ! Pâques 2020 on s’en souviendra : le pape seul devant la basilique St Pierre de Rome et pas d’agapes en famille autour du traditionnel gigot après que les enfants aient fait la chasse aux œufs. A Arles point de bruit dans les rues, personne dans les bars ni les restaurants, les festaîres en mal de feria…Pourtant dans le couloir antique arrive notre Sébastien national (Castella) suivi de Miguel Angel Perera mais une surprise nous attend ..

D’abord un « Vegahermoso » pour Sébastien en 2019. Belles séries de véroniques terminées par une revolera. Derechazo en avançant la jambe, du travail d’orfèvre toujours un peu froid et sérieux. Et le voilà Alexandre le Grand, j’ai la berlue ? J’avais mes places pour voir son retour ! La lenteur et la douceur avec lesquelles ils déclinent ses véroniques me laissent sans voix. A la muleta l’entame se fait à genoux, changement de main et le toro passe dans tous les sens. Les naturelles « templées » dont il a le secret, à nouveau « cambio de mano » comme ce qu’il a fait  genou en terre, après avoir jeté l’épée factice. Manoletinas pour finir ? Non, les passes dans le dos reprennent et se concluent dans un « recibir » bienvenu et il « desoreja el toro » comme disent nos amis espagnols dans leur langue évocatrice et précise. Pour l’instant Alejandro Talavante n’est pas revenu de son confinement, au début volontaire et par la suite imposé. C’était encore un songe, sa prestation eut lieu en 2017 devant un Domecq.

 2019 Miguel Angel Perera coupa les oreilles d’un « Vegahermosa », il s’est agenouillé lui aussi pour recevoir la charge de l’animal par le dos, alterné par devant puis s’est levé pour des naturelles. Tout cela paraît tellement facile : « arruzina, martinete » et j’en passe…Deux oreilles dans l’escarcelle du talentueux maestro.

Un « Jandilla » en 2018 est réservé au jeune torero arlésien Andy Younes, qui comme ses pairs, fait passer le toro dans son dos avec des « luquecinas » et autres passes du répertoire.

Il assure le gamin ! Avec une « planta torera » incontestable, l’indulto termine avec bonheur cette jolie prestation.

Toujours en 2018 devant un « Jandilla » Miguel Angel Perera paré d’un costume rouge à gros carrés dorés ressemblant à si méprendre à celui de Jose Tomas pour son « encerrona » inoubliable de Nîmes mais le » traje » était  chocolat . Brindis à Jean Baptiste Jalabert. Le toro vient de loin, la faena est créative et originale, deux appendices à la clé.

Voilà une goyesca arlésienne avec des « Victoriano del Rio » en 2018, jolie faena,,estocade de bonne facture concluante pour 2 oreilles . Je me souviens que, impatients, nous attendions le paseo qui avait du retard…Et pour cause ! L’artiste qui avait décoré les arènes, Domingo Zapata, décora aussi les costumes des matadors juste avant le paseo : surprise. Cela donna des graffiti improbables sur les beaux costumes de Jean Baptiste, Sébastien et J.M. Manzanares.

C’est déjà fini pour aujourd’hui, demain j’y retourne...

Lundi de Pâques est réservé aux gladiateurs des corridas dites dures grâce à ces élevages de toros encastés donnant du jeu mais se montrant collaborateurs aujourd’hui et nous allons voir de belles piques, souvent prises de loin. Le premier à entrer en scène est le jeune arlésien Thomas Joubert face à un « torrestrella » en 2019. La rencontre à la pique est si puissante qu’elle désarçonne l’homme au castoreno. Après un début en statuaires, le jeune matador enchaines des passes originales. Souvent comparé à Manolete pour son allure rectiligne et son visage triste, le maestro fait preuve d’une tauromachie personnelle qui devrait être montrée plus souvent.

Magie de cette feria particulière, Ivan Fandino est là bien vivant pour affronter un  « Pedraza de Yeltes » plein de fougue, le toro se retourne vite mais ne parvient pas à surprendre la virile attitude du torero qui le domine par sa tauromachie experte, sûre, artistique néanmoins. L’estocade engagée offre l’oreille. Le drame était pour plus tard hélas, là nous étions encore en 2017.

En 2019 des piques spectaculaires infligées à un « Palha » par la mise en suerte parfaite de Pepe Moral, commençent les hostilités. Plusieurs rencontres et la dernière en « picotazo » pour le plaisir d’admirer la bravoure du toro. Puis les naturelles s’enchainent avec puissance et l’oreille tombe dans l’escarcelle de Pepe Moral, magnifique !

 Encore en 2019, face à un « Pedraza de Yeltes » c’est Thomas Joubert qui s’y colle. Le toro, veleto, s’engouffre dans la muleta, d’abord avec prudence avant de se laisser séduire par le jeu subtil de l’étoffe. Mais attention, malgré sa noblesse, le toro n’en est pas moins dangereux. Une oreille pour le vaillant Thomas qui n’a pas démérité devant un animal sérieux.

Toujours en 2019 belle prestation de Pepe Moral devant un toro portugais de « Palha » puissant dans le type de la maison mais se prêtant au jeu de l’espada. Mais ici pas de fioritures mais de l’efficacité et de la domination.

Le dernier toro, appartenant à la ganaderia Pedraza de Yeltes sera abordé avec courage par Thomas Joubert en 2016. Le jeune torero affronte un toro sérieux alors qu’on pourrait le croire destiné plutôt à des corridas plus faciles en regard de sa tauromachie empreinte de douceur.

Cette feria s’achève par des sorties à « hombros » !

C’était Arles 2020, chez soi, confinement oblige, sur le petit écran…On s’en souviendra et nos mercis vont à Jean Baptiste et son équipe pour nous avoir offert du bonheur, en savourant ces instants.

La Chicuelina en casa - avril 2020

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Commentaires

28.03 | 23:44

Très intéressant à lire. Beau portrait.

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27.03 | 00:03

Merci pour l’histoire, celle qui me renforce dans mon aficion

...
28.08 | 17:56

bonjour
ou trouve ton les autres noms de toreros il y a les A et les B mais ou trouver les autres merci

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01.01 | 11:51

Très belle image pour le changement d'année. Que 2019 nous régale de belles faenas et de bons toros.

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