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Un nom d’alexandrin...

« Il porte un nom d’alexandrin » vous dis-je : Jose Antonio Morante de La Puebla !

Jacques Durand raconte encore que le petit garçon rêvait chaque année que les Rois Mages lui apportent un habit de torero et se désespérait car ça n’arrivait pas, si bien que sa maman un jour l’amena au "Corte Ingles" et lui en offrit un. C’était en 1982. A 6 ans, amené à une tienta pour voir toréer Manolo Vasquez, le petit garçon cria « je veux toréer ». On a fini par le mettre devant une vachette qui le renversa à la deuxième passe.

Le garçonnet grandit toujours habité par le désir d’être torero…

Il débuta sans picador en 1988 puis en 1994 il poursuivit avec les hommes « du castoreño », « Déjà Napoléon perçait sous Bonaparte » (Victor Hugo).

L’alternative eut lieu à Burgos le 20 juin 1997 devant des « Juanpedro », son parrain était César Rincón. Confirmation à Madrid l’année suivante avec des toros de Sepúlveda et Julio Aparicio pour parrain.

Jose Antonio Morante Camacho naquit dans une bourgade La Puebla del Rio (d’où son surnom) près de Séville le 2 octobre 1979.

Son toreo pur et classique s’inspire des anciens comme Joselito El Gallo. Il a remis au goût du jour des passes anciennes comme le Kikiriqui, le galleo del bù, la passe de la chaise réalisée à Nîmes le 23 mai 2010 à la surprise générale ( il a fallu trouver la chaise car ce n’était pas prévu). Il renouvela la passe à Ronda en 2013 pour son solo, il posa assis des courtes banderilles en forme de fleur. « Morante étudie et assimile les tauromachies du passé comme quelqu’un qui boit l’eau dans une cruche ancienne ».

Il est baroque et original dans son comportement, ses costumes, sa coleta naturelle. Il fume des cohibas même dans le  callejón. Il a fait l’acquisition d’un bureau ayant appartenu à Joselito El Gallo qu’il admire infiniment.

Pourtant sa simplicité et son abord facile lui gardent l’affection de son village natal et ses parents et ses copains font toujours partie de sons entourage. Il fait le pèlerinage du Rocío à Pentecôte et défile incognito en costume de nazareño pour accompagner la Macarena.

Il dut un temps faire face à ses démons en s’éloignant des toros, en 2004 il partit à Miami soigner une grave dépression… Il restera fragile psychologiquement. Ceci expliquant cela on le vit souvent bâcler des faenas, refuser de voir des toros qui ne lui plaisaient pas, abréger sans concession déclanchant des broncas majuscules ! Morante est ainsi ; Marc Lavie déclare « il joue avec le temps, avec les genres, avec les styles, capable de faenas magiques où il enlace le toro et les spectateurs. Sans avoir bu la moindre goutte d’alcool on sent l’ivresse à voir toréer ainsi ».

Cette année est exceptionnelle pour le cigarero malgré une saison étouffée par un infâme virus. Le Ministère de la Culture lui a décerné le Prix National de la Tauromachie reconnaissant « la singulière personnalité créatrice d’un artiste qui crée et renouvelle le toreo classique pour le public actuel ». Le jury remarqua la difficulté de ces temps de crise due au Covid et la responsabilité assumée par la figura del toreo en toréant divers encastes. Il a été le leader de l’Escalafón » en réalisant des faenas mémorables dans les principales arènes espagnoles. Morante a offert les 30 000 €  du prix à la Casa de Misericordia de Pamplona.

En début de temporada il avait déclaré être las des Domecq et voulait essayer autre chose. Pour la première fois il se retrouve en tête de l’Escalafón 2021 pour 49 corridas lidiées, 51 oreilles et un rabo pour 104 toros combattus. Des triomphes importants dans les plazas de 1e et 2e catégorie (Madrid, Séville, Jerez, Salamanque)...

Il s’était annoncé avec les Miuras pour la San Miguel à Séville. A ses détracteurs qui ne croyaient qu’en un caprice de Diva, le torero fit un pied de nez en affrontant les pensionnaires de Zahariche en compagnie de spécialistes que sont Manuel Escribano et Pepe Moral.

Son premier Miura lui permit une prestation artistique de haut niveau. Malheureusement son second fut renvoyé au corral remplacé par un Virgen Maria qui ne se monta pas très commode. Le maestro a su améliorer sa charge, toréant avec le chapeau que lui envoie Rafael Peralta enthousiaste. Morante tua le toro « a recibir » mais l’épée trop basse à son goût lui fait refuser l’oreille demandée à grands cris par les aficionados, démontrant encore son honnêteté.

N’a-t-il pas fait taire, à une autre occasion, la musique, préférant « la musica callada del toreo» si chère à Bergamín que Morante affectionne particulièrement.

Par le passé il a cependant affronté des Victorinos à trois reprises : en 2000 à Olivenza, en 2009 à Séville « en mano a mano » avec El Cid et en 2019 avec Sébastien Castella en « mano a mano » aussi, à Dax. C’est au cours de cette corrida que Morante « donna une véritable leçon de lidia, dans toute sa beauté épurée, face à "Matemáticas" » nous confie Marc Lavie. C’était le 8 septembre 2019, le Victorino était important, poussant le cheval jusqu’au centre de la piste, blessant le banderillero Lili. Très difficile à gauche, l’animal se laissait faire plus facilement à droite. Morante se la joua comme le grand torero qu’il est, lui imposant sa loi et le soumettant peu à peu ne baissant jamais la garde. Il imposa sa suavité à la violence de l’animal. Seul moment de défaillance à la mort mais le Genio reçut une ovation de gala.

2021 Séville : Ruben Amón nous conte comment ce vendredi-là Morante est tombé en transe. Pourquoi pas car le Juanpedro collaborait comme il n’est pas possible. Le diestro sevillano fut capable de trouver un débit là où il n’y avait qu’une flaque. Morante puisa dans l’animal des muletazos invraisemblables de profondeur, de beauté et d’abandon…Sans ça il n’aurait pas été envoyé en l’air par le toro qui sûrement voulait lui faire payer cet état d’abandon. Cette inspiration d’une faena expressionniste, exubérante qui concéda à la lidia une terrible émotion. Les passes sortaient de Morante et les "ole" des entrailles des spectateurs comme dans une cérémonie idolâtre. Les Morantistes et ceux qui l’étaient devenus s’embrassèrent sans se connaîtrent. Le Genio de la Puebla a transformé la Maestranza en un véritable asile de fous en coupant deux oreilles.

A diverses occasions cette année le maestro a fait vibrer de bonheur ses admirateurs.

Une anecdote qui prouve que cette année il a franchi le Rubicon. Dans la plaza de Arenas de San Pedro le sévillan coupait trois oreilles non sans provoquer un incident qui lui aurait valu en d’autres temps une grosse amande ou pire un détour par le cachot pour rébellion et provocation au désordre public. Le premier toro de San Pelayo, invalide, est rentré. Le second manso et fléchissant fait réagir le public qui demande un nouveau changement. Le président sort le mouchoir vert. C’était sans compter sur l’impossibilité de rentrer le « burraco » au toril. Morante fait signe au président qu’on ne change pas un toro parce qu’il est manso (ce qui est vrai). Le torero sort agitant le mouchoir blanc qu’il avait dans sa pochette indiquant au palco qu’il s’est trompé de couleur. Du coup le président obtempère et demande de garder le toro. Et quelques instants plus tard ce président accorde l’oreille à celui qui lui a fait affront, le public faisant pression, conquis et convaincu après une faena à un manso.

Voilà comment est ce torero, à part, unique et qui je l’espère le restera et nous donnera encore beaucoup de plaisir.

 

La Chicuelina - novembre 2021

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Commentaires

14.02 | 19:02

Bonsoir, Un petit mot pour vous remerciez, Vous, le club taurin, le proprièraire des lieux, pour votre accueil, votre gentillesse votre passion, abrazo.

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28.03 | 23:44

Très intéressant à lire. Beau portrait.

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27.03 | 00:03

Merci pour l’histoire, celle qui me renforce dans mon aficion

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28.08 | 17:56

bonjour
ou trouve ton les autres noms de toreros il y a les A et les B mais ou trouver les autres merci

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